E.S.S.E.U.R

Hier, je vous parlais de mes pires expériences en tant qu’élève.

Mais bon, j’ai aussi eu de bons profs.

Une prof d’éducation civique, en 6°, qui arrivait à rendre sa matière (des plus austères) vivante et passionnante. Elle s’appelait Mademoiselle, mais devait avoir facilement 75 ans. Elle avait un air sévère, elle faisait un peu peur, et pourtant, ça devait être la femme la plus douce du monde.

En CM2, notre enseignante était vive et rigolote. Sa matière de prédilection était le français. Je me démenais comme une folle pour rendre la meilleure dissertation, pour avoir des 10/10 en dictée et pour l’impressionner à chaque heure de cette matière que j’adorais.
Elle avait su voir mes facilités pour cette matière, et elle m’encourageait (elle encourageait sans doute aussi les autres, mais bon, on s’en fiche!) comme personne.

En maternelle, certainement 2° section. (Après les cacahuètes et la balançoire)
La maîtresse avait écrit « LE CHAT EST SUR LE TOIT » au tableau.
Et nous avait demandé d’épeler les lettres, sans doute pour vérifier notre connaissance de l’alphabet.
Après que les 3 ou 4 élèves devant moi aient dit « L », « E », « C », etc, ça a été mon tour. Et évidemment, je n’ai pas compris la question, donc au lieu d’épeler les lettres, j’ai dit: « Le chat est sur le toit ».
Je ne me souviens pas bien des conséquences de cette phrase, je me souviens juste de la scène, moi lisant la phrase, l’enseignante croyant avoir trouvé le Saint Graal (j’avais 4 ans), et cette infinie tendresse dans ses yeux. Tous les souvenirs de cette année sont un cocon tout moelleux!

En 4°, la prof de Français soupçonnait que j’avais des dons pour l’écriture, et me faisait souvent des petites remarques sympathiques.
Un jour, nous avions dû lire « Le Cid », et la prof nous avait demandé de compléter la fameuse tirade de Rodrigo.
J’avais fait la dissertation en alexandrins, parce que je voyais mal comment faire autrement.
J’avais été la seule. Les autres élèves, je ne sais pas comment ils réfléchissaient, n’avaient pas eu cette idée, que la prof a trouvé brillante au point de lire ma dissert’ à tout le monde (elle était très sympa, mais elle avait dû oublier ce qu’était une ado de 13 ans mal dans sa peau!!!)
Après elle, j’ai eu « Barbare », dont je parlais hier. Mai aucun prof de français après elle, aussi pourri soit il, n’a pu m’enlever cette confiance qu’elle m’a donnée, ni l’amour que j’ai pour la lecture, l’écriture, etc…

En terminale, l’année du bourreau des coeurs, à la base, nous avions une prof de philo normale (vieille et moche, donc), sauf qu’elle s’est cassé le nez au bout d’un mois, et pendant le reste du trimestre, nous avons eu Mr Lamoureux (qui sortait avec son élève APRES avoir été son prof, pas pendant, quand même).
Après, mme Filonormale est revenue.
Je me souviens d’un cours particulièrement savoureux, où j’étais d’humeur provocatrice malgré mes 19 ans révolus.
Il s’agissait de la nature humaine, de l’instinct, et de l’instinct maternel, précisément.
Dans la classe, tout le monde ignorait mon « statut particulier ».
La prof avait dit qu’elle ne croyait pas en l’instinct maternel.
Moi, j’y croyais.
J’avais donné mon avis, de manière assez tranché pour qu’elle me rétorque, mi agacée, mi amusée: « Quand vous aurez un enfant, vous saurez à quel point vous vous trompez! »
Ce à quoi j’ai insolemment répondu : »Mais, je SAIS ce que c’est! »

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette prof est ensuite devenue comme une meilleure amie.
Elle a tout fait pour que mon niveau pitoyable en philo atteigne la normalité, et je m’en suis tirée avec un 12 au bac (en L, ça compte beaucoup, et ça a contribué largement à l’obtention de ma mention).
Avant de passer l’examen, elle m’a dit qu’elle croyait en moi, et que je méritais ce diplôme plus que n’importe quel élève dans ce lycée.
Et quand j’ai eu mon résultat, j’ai été le lui dire, car je savais qu’elle partagerait ma joie.

Et enfin, parce qu’il faut que ça devienne un peu drôle, j’ai eu un professeur d’université assez cocasse.
Il enseignait l’histoire du droit (et croyez moi, y’a plus fascinant!).
Mais au lieu de lire son cours, comme la plupart des autres profs, derrière son pupitre, sans vie, sans entrain, sans joie.
Lui nous faisait un véritable spectacle.
Nous ne séchions pas son cours, c’était impossible.
Car il racontait l’Histoire comme on raconte des histoires. Il rendait ça passionnant, il nous entrainait avec lui comme on peut être happé à la lecture d’un romant captivant. Il était fantastique, et ses effets de manche, sa volubilité, son enthousiasme étaient communicatif.

Je n’ai pas été fichue d’avoir une bonne note dans sa matière, parce que je n’ai retenu que ses histoires, si bien racontées, et je n’ai absolument pas pu me résoudre à réduire son cours à des dates, des noms et des endroits fastidieux.

Une anecdote rigolote à son sujet.

Pour mon DEUG, j’étais à la fac de Poitiers, mais dans son antenne d’Angoulême.
Et la minuscule petite fac d’Angoulême était à une centaine de mètres d’une maison de repos, on va dire ça comme ça…
Un hôpital psychiatrique, mais uniquement l’aile réservée aux spécimens les plus atteints.
Souvent, dans les couloirs de la fac, on croisait un « étudiant » pas comme les autres, vieux, dégingandé, qui hurlait, chantait ou peu importe.
Parfois, ils poussaient le vice à se rendre en cours.

Je me souviens d’un épisode particulier (avec un autre prof) ou l’aliéné en question s’était pris de passion pour le cours d’un prof à l’humour peu développé, et nous en étions au droit léonin.
Et il avait cru bon de poser des question:
– Léonin? Pourquoi léonin? Ca a un rapport avec Léo le lion?

Le prof avait d’abord répondu calmement, puis, rapidement, ne comprenant pas à qui il avait à faire, s’était emporté et avait carrément quitté le cours, vexé (oui oui, le prof, pas le débile).

En revanche, le prof d’histoire (celui d’avant était un prof de droit constitutionnel, ceci expliquant sans doute cela!), quand il avait eu à faire avec l’un de nos charmants protégés de la maison d’à côté, il avait pris le temps de dire bonjour à la nana qui s’était levée en plein milieu du cours pour exprimer sa joie à son idôle, et qui était venue jusqu’à la chaire, un bouquet de fleurs à la main, et lui avait offert, il l’avait chaudement remercié, l’avait écouté, avait répondu à ses questions, et l’avait invité à rejoindre sa place dans les rangs.
Une fois celle-ci partie (les rangs, ça lui convenait 5 minutes seulement), il nous avait expliqué, en riant, qu’elle faisait ça chaque année, qu’il avait des fans peu ordinaires, et que les fleurs sentaient un peu bon.

Bref, les excellents profs existent aussi. De ceux qui marquent un enfant, qui lui font prendre le bon chemin.
Entre ceux là et ceux d’hier, ce sont ceux là qui ont gardé une place de choix dans ma vie, dans mon cheminement. J’ai apporté peu d’attention à ceux qui me traitent d’idiote ou qui mettaient en doute mes capacités parce que je ne les appréciaient pas, je me fichais donc de leur avis.
Les autres en revanche, il m’était important de garder leur reconnaissance, et la confiance qu’ils ont tenté de me donner est encore présente, quelque part.

A mon avis, donc, un mauvais prof donne un souvenir à l’enfant qui sera sujet à blague quand il aura grandi.
Alors qu’un bon prof laisse une sorte de marque indélébile.

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6 Commentaires sur
“E.S.S.E.U.R”
  • J'aime beaucoup la conclusion de ton article… c'est tellement vrai !
    J'ai eu pour ma part un prof d'histoire/géo fantastique, en première… Il était passionnant, et il savait nous faire partager son amour pour sa matière. C'est si rare !

  • Je suis tout à fait d'accord avec toi. J'ai quelques souvenirs de profs, d'instits bien mais c'est très peu 3 ou 4. Les autres ne m'ont pas marqué

  • quatre profs (français et histoire ) m'ont encouragé, et eux, contrairement aux autres, je ne les ai pas oublié ! Eux aussi ils lisaient mes disserts à voix haute devant toute la classe, je ressentais autant de gêne que de fierté à l'époque, j'étais timide… je ne suis pas devenue écrivain ou journaliste comme ils le disaient, mais bon…on va dire qu'un blog, c'est déjà quelque chose : )

  • Bel hommage!
    J'adore ta conclusion!!

    Quand tu parlais de ton prof d'histoire, je me suis dis "j'ai eu le même"!
    Je me rappelle qu'il montait sur la chaise et qu'il racontait les croisades comme s'il y avait passé le week end! Et vas-y que je te coupe les têtes des Sarasins à grands renforts de gestes! Il ne lui manquait que l'épée à la main!

    J'espère être un prof de la seconde catégorie! 😉

  • Et bien c'est un beau billet. Nous avons tous des professeurs et/ou intsits qui nous ont marqué, pour des bons ou moins bons souvenirs … mais pour rien au monde je ne ferai ce métier, trop dur et je leur tire mon chapeau !!

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