Je ne trouve même pas de titre adéquat pour ce post. Qui ne servira pas à grand chose si ce n’est poser des mots et essayer de comprendre, un peu…

Mon père est décédé.

Je l’ai appris aujourd’hui, alors qu’il est décédé depuis le 29 avril. Mais l’hôpital n’a réussi à joindre un « proche » qu’ajourd’hui. Le « proche », c’est ma mère, divorcée depuis 27 ans, et qui n’a plus jamais eu de nouvelles ensuite, quasiment.

Moi-même, je n’ai jamais eu de contacts avec mon père depuis le départ de ma mère, j’avais 2 ans.

En tout et pour tout, depuis cet âge, j’ai dû le voir 10 fois. A chaque fois, ça s’est très mal passé, soit il a essayé de m’enlever, soit il m’a menacé violement, soit il m’a reproché de l’avoir abandonné…

Les conséquences étaient mitigées, je me suis toujours convaincue qu’avoir un père ne me servirait à rien. JE n’en avais pas, c’était comme ça, tant pis.

Quand ma mère m’a appellé ce matin, elle a pris des gants pour m’annoncer la nouvelle, et à son « Ton père est mort », ma première réaction a été « Ha, ben c’est pas grave CA! »
2 secondes après, je fondais en larmes…

Je ne sais même pas pourquoi. Ma première réaction me semblant si naturelle et raisonnable. Pourquoi serait-ce grave de perdre quelqu’un qu’on a jamais connu, fusse t’il un père?

J’ai mis mes sanglots sur le coup des hormonnes. Hier, j’ai vu un petit oiseau venir manger des graines sur ma fenêtre, et j’ai pleuré aussi.
Et puis être confrontée à la mort d’un parent alors qu’on attend un enfant, ça ébranlerait n’importe qui!

Sauf que c’est un peu plus profond. Depuis 2 heures, je n’arrive pas à reprendre un état normal.
Cet homme est mort seul, suite à une maladie combinée à une infection grave. PErsonne à contacter, aucun effet personnel, juste un homme, sa maladie et son décès…

Ca serait le voisin, ça me ferait très mal au coeur. Mais il s’agit de mon père. Cet homme qui s’est isolé à un point tel que son corps repose dans un frigo depuis x jours, faute de savoir quoi en faire.

Je ne pleure pas mon père, cet homme violent et vraiment bizarre, mais la relation que nous n’avons jamais eu, et que nous n’aurons plus jamais la possibilité d’avoir.
Lui vivant, je pouvais fantasmer une rencontre, un changement, des retrouvailles…
Même sachat que c’était de la pure fiction, c’était du domaine du vaguement réalisable.

Maintenant, ça n’est plus possible.

Il y a aussi le fait qu’un maillon entre la mort et moi vient de sauter… JE n’ai plus de grand-parents, maintenant, je n’ai plus de père. La suivante, c’est moi, et à 29 ans, ça fait un peu peur.

J’ai contacté l’hôpital pour savoir de quoi il était mort. Et quand la dame au téléphone a évoqué une grave maladie du foie, ma question a immédiatement porté sur le côté héréditaire de la maladie. Egoïstement.
J’ai justifié ça dans ma tête en me disant « J’attends un bébé, c’est légitime de vouloir connaître les antécédents médicaux de mes parents! »
En vrai, j’ai peur pour moi.
Il avait 55 ans, et j’ai fait le calcul, il me reste 26 ans à vivre, ce n’est pas beaucoup…

Je dois maintenant réflechir à quoi faire.
Je ne peux pas me déplacer au Chesnay, là où son corps repose momentanément. Pas dans mon état. PAs pour lui.
JE ne sais pas quelle décision prendre vis à vis de ses obsèques. Probablement celle de m’en décharger auprès de l’hôpital, je ne sais même pas de quelle confession il est, ni ce qu’il aurait souhaité, s’il souhaitait quelque chose.

Je sais simplement que sans lui, même s’il n’a pas été un père, même si, globalement, c’était un pauvre con, je ne serais pas là.

Il m’a offert de vivre. Grâce à lui, j’ai pu faire une Mouflette et je peux attendre une Cacahuète.
Il m’a donné de jolies origines asiatiques, de beaux yeux en amande, une peau tannée, et la possibilité de jouir de la vie.
Il n’était personne, et pourtant, il était quelqu’un de nécessaire pour moi.

Son décès me déstabilise.

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16 Commentaires sur
“…”
  • Oula, quel choc… Je comprends ton questionnement sur la réaction que tu dois avoir ou pas, pas évident… D'ailleurs, je ne peux pas vraiment te conseiller là-dessus, je te souhaite donc juste beaucoup de courage pour surmonter cette épreuve…

  • ma pauvre, je comprend que tu sois chamboulée, c'est normal car c'est soudain et une nouvelle comme cela, sans prévenir, ça ne peut pas "faire plaisir" ou laisser indifférent…
    Maintenant, je pense qu'il faut qu'en ton âme et conscience, tu fasses ce que tu penses bien POUR TOI, pour ne pas avoir de regrets, ou de remords… ne te sent pas obligée de faire quoi que ce soit, mais si tu en as envie, tu peux aussi lui "rendre ce dernier service"… peut être un moyen de lui dire que malgré tout ce qu'il t'a fait, tu es heureuse d'être arrivée sur cette Terre?
    Ta mère peut elle t'aider à prendre cette décision? N'a t'il aucune autre famille ou ami proche?
    Bon courage pour la suite, en espérant que tu trouves réponses à tes questions…
    Bises

  • Ne te focalise pas sur les fantasmes des "on aurait pu" et autres "on aurait dû".

    C'est comme ça.

    Optimise ton énergie pour ta petite famille.

  • Bonjour !

    Je fais partie des lectrices de l'ombre depuis un moment parce que j'aime ton style, tes anecdotes, tes interrogations et ton humour. Et puis, parce qu'en te lisant j'ai découvert plusieurs points communs à nos vies : j'attends un bébé pour dans sept semaines, j'habite Toulouse, j'ai été moi aussi bouleversée par cette agression dans ta rue … Et là, aujourd'hui, je me sens encore plus proche de toi, d'où ma sortie de l'ombre, car moi aussi, j'ai 29 ans et plus de contact avec mon père depuis des années. Moi aussi, je ne le connais pas et je me reconnais dans tout ce que tu décris : pas de père mais pas grave, cette possibilité de renouer le contact… c'est donc les larmes aux yeux que j'ai lu cet article car cette situation que tu vis actuellement je pourrais moi aussi la vivre.
    Je sais que ce commentaire ne va pas t'aider à aller mieux mais je voulais que tu saches que je pense te comprendre.

  • Coucou,
    Je te lis régulièrement, dans l'ombre aussi(j'ai peut-être écrit 1 fois, je suis instit…). On a des points communs: le même age, la ville rose (même si je n'y suis plus), des envies de petite fille…

    Mais là, je suis émue particulièrement par cette nouvelle parce que moi, c'est ma maman que j'ai perdue il y a 3 mois. Je ne m'en remets pas: c'était ma famille,mon amie; on était très proches.Avec mon mari, c'était vraiment mon tout, ma petite vie quoi…

    Et maintenant, je me retrouve avec un père (qui est "mieux" que le tien si on peut dire: ni violence, ni rien) que je connais peu parce que c'est ma mère qui a eu le courage de s'occuper de mon frère et moi. Alors, voilà, ce qui me reste de ma famille…

    Tout ça pour dire que je te comprends (moi aussi, je n'ai plus de grands-parents, j'ai l'impression idiote d'être la prochaine): laisse-toi entourer par ton mari, préserve-toi… Et organise les choses pour lui si tu penses que c'est le mieux, pour ta maman ou pour toi plus tard, pour expliquer à tes enfants ou ne rien regretter… Courage!

  • Je trouve toutes tes interrogations parfaitement normales. C'est l'irruption brutale dans le concret de cet espèce de mélange ambivalent avec lequel tu jonglais depuis si longtemps qui te déstabilise, et cela me semble tout à fait normal, on le serait à moins.
    Ce n'est pas anodin d'apprendre ça pendant une grossesse, c'est ton histoire, et aussi celle de tes filles, ne te prive pas de leur en parler.
    Pour le reste, fais ce qu'il te semble bien, sans remord, sans regret, sans te sentir coupable.

  • Si je peux me permettre… Ne te mets pas de compteur dans la tête. Il t'a permis de vivre, tu as quelques traits physiques mais tu ne partages en rien la date limite avec lui. Tu as ta vie, tes choix. Non, ne te laisse pas envahir avec des "il me reste X tant parcequ'il est mort à cet âge là". Tu es différente et c'est ce qui est fantastique !

    C'est normal de se poser la question des antécédants, mais là aussi, ça dépend à la fois de la génétique ET du style de vie !

    tu as du chagrin, c'est la fin de tout un tas d'espoir, c'est normal, laisse venir tes larmes.

    Mais crois-moi sur parole, profite à fond de ta vie, elle est devant toi, pour un bon bout de temps encore :)
    Et perdre un parent jeune fait réaliser à quel point la vie est belle, fragile et qu'il faut la vivre pleinement !

    et puis, avoir un bébé, c'est la vie qui continue de plus belle !

  • Je crois qu'au delà de pleurer un père, ton père… tu pleures plutôt la relation que vous auriez dû avoir, la complicité, l'amour, la tendresse…
    C'est bien normal que ça te déstabilise, te trouble. Alors laisse-toi le droit d'être envahie par ces sentiments ambivalents.
    Parles-en à ta maman, à ton mari…
    Et surtout ma belle, ne te mets pas une date de "péremption" ! Il n'y a aucun rapport entre l'âge auquel ton père est mort, et la vie que tu vivras TOI…
    Gros bisous, je pense bien à toi,
    Karen

  • Pas de compteur, effectivement, ton père a mené sa vie, la tienne est totalement différente et tu ne peux anticiper une fin précoce.
    Cela dit, je comprends l'angoisse et les questionnements qu'une telle situation peut générer, qui plus est à un moment de ta vie où tu es (hormonalement!) plus vulnérable… Je pense bien à toi, courage!

  • Merci à tous pour vos commentaires et votre soutien. Ainsi que vos expériences.

    Anne-Sotte: Merci. Mais là ça va bien mieux :-)

    Lorele: J4ai eu l'hôpital hier au téléphone, le service de l'état civil, et ils ont retrouvé son fils, finalement. Et il va s'occuper des formalités et des obsèques. Il avait l'air plus proche de notre père que moi, ça me paraît légitime qu'il s'en occupe, je n'ai pas mon mot à dire. Je n'en ai pas envie de toutes façons.

    Heidi: Oh non, ça fait longtemps que j'ai dépassé le stade des "on aurait pu ou dû"…
    LE choc étant passé, ma vie va continuer comme avant. JE n'ai perdu personne.

    FLeur: Merci pour ton témoignage et ton soutien.
    Ca fait un véritable choc, sur le coup. Et puis rapidement, on relativise… Cette personne n'interferait pas plus dans ma vie quand elle était vivante que depuis qu'elle est morte!
    C'est tout de même spéciale de voir revenir une personne "disparue" de cette façon… Surtout quand on n'y pense plus depuis des années et qu'on ne s'y attend absolument pas (pas à cet âge!)
    Mais ça passe…

    Anonyme: Je te présente toutes mes condoléances… Mais ce que nous vivons n'a rien à voir. Tu as perdu un être cher, une personne que tu aimes et qui faisait partie de ton quotidien.
    Ta douleur, je ne peux que l'imaginer…
    Je ne vis pas un drame aujourd'hui, simplement une réalité qui devient concrête: je n'ai plus de père… Mais comme je n'en ai jamais eu.
    La Terre qui s'éffondre sous toi, le déchirement, la sensation de vide, la détresse et le malheur de perdre un être cher, je ne les connais pas. Du moins, pas avec lui.
    Je suis vraiment désolée pour ta maman, et j'imagine à quel point ta douleur doit être insurmontable. Je te souhaite beaucoup de courage.

    Snana: Merci pour ton soutien! En effet, à partir de maintenant, je ne jonglerai plus avec rien. Ca a le mérite de fixer les choses. JE ne dirai pas que c'est positif, parce que je ne souhaitais pas son décès. Mais en ce qui me concerne, ça n'est pas négatif non plus.

    Cema156: Merci de ton conseil. A vrai dire, ça m'a fait un choc sur le coup, me dire qu'une partie de ce qui m'a fabriqué n'était pas viable plus de 55 ans (c'est stupide mais bon)
    Mais j'ai appris de quoi il est décédé, et ça m'a rassuré sur ce point. Je ne bois pas, ni ne fume, il y a de fortes chances que "biologiquement", je sois programmée pour durer assez longtemps. (Sa mère est encore en vie, elle a plus de 90 ans. Et mes grand-parents sont décédés assez vieux aussi)

    Karen: Merci aussi! :-)
    Non, je ne me mets pas de date de péremption. Mais la mort m'a toujours fait peur. Et on (un médecin, quand j'avais 10 ans) m'a prédit la mort à 30 ans, donc finalement, 55, ça me laisse pas mal de rab!
    Et oui, j'ai pleuré hier la relation que je n'ai jamais eu, le père que je n'ai jamais connu… Mais il n'y a finalement rien à pleurer!

    La Mouette: Merci! En effet, je suis plus vulnérable. Apprendre la mort d'un père (même inconnu) alors qu'on attend la vie, ça destabilise tout de même pas mal…

  • C'est clair que c'est vraiment déstabilisant que ça arrive maintenant et de cette façon.

    pour ce qui est de l'hérédité, c'est normal aussi que tu te poses des questions sur ce qu'il t'a transmis et ce que tu vas transmettre à tes filles.
    mais il ne faut pas non plus paniquer. ce n'est pas parce qu'il a une maladie, même à composante héréditaire, que tu en hérites forcément. la génétique est bien plus complexe que ça. et puis les 2 parents transmettent leur hérédité.
    (j'ai moi aussi pas mal cogité sur ce thème ces temps ci)

    gros bisous.

  • Ma mite, je suis désolée de cette histoire, désolée que tu l'apprennes ainsi, en ce moment, désolée de cette porte, certes déjà fermée à double tour, mais à présent condamnée définitivement.

    Je t'embrasse très fort.

  • Ma douce, Mon Orange, ma Nannerl… je suis si triste de ton désarroi. L'Absent qui resurgit pour tirer définitivement sa révérence avec tous les regrets, les attentes déçues…
    J'ai perdu mon père quand j'attendais LeFils, un père aimant et aimé, tant pleuré que pendant quatre jours j'ai presque oublié que je portais la vie !
    Je trouve que tu sais magnifiquement replacer les choses : ce qu'il t'a donné, en effet, c'est la Vie et la possibilité de la transmettre à ton tour et de faire d'autres choix que les siens et de vivre autrement que lui.
    Il est dur en effet de renoncer au "père Idéal" toujours réalisable et transformable tant qu'il existe encore… Aussi, concentre toi sur la petite vie qui frappe à la porte et rêve à tout ce que tu lui donneras : une belle famille, une sœurette espiègle, un père tendre…
    Je t'embrasse très fort.

  • C'est plutôt normal d'être destabilisée..et ça fait un peu comme la pub volvic, un être s'éteint et un autre s'éveille. Bon j'arrete mon humour noir pourris.
    La situation est d'autant plus destabilisante que tu es en train de donner la vie.
    C'est une épreuve difficile mais tu le sais mieux que moi ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort
    des bises
    Clarita

  • Quand on a vécu ce genre d'histoire on a peut-être des remords? un sentiment double! c'est normal. Je crois qu'on ne déteste jamais complètement qq'un. Prends soin de toi

  • A lire les nouvelles parutions Les Relations perverses, par Claire Lucie Cziffra. Eyrolles, 18 euros. Pourquoi m’as tu abandonné(e) ? par Jean Charles Bouchoux. Payot, 15,50 euros. De l’adulte roi à l’adulte tyran, par Didier Pleux. Odile Jacob, 22,90 euros. Et toujours Les Perversions narcissiques, par Paul Claude Racamier. Payot, 13,50 euros. Les Pervers narcissiques, par Jean Charles Bouchoux. Eyrolles, 18 euros.

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