Le conflit, la femme et la mère


Le livre de la semaine, à la base, c’était « Ravage », de Barjavel, mais comme c’était écrit trop petit pour lire dans la nuit, j’ai abandonné l’idée.

Donc, mercredi, j’ai été chercher « Le conflit, la femme et la mère » d’Elizabeth Badinter.
Comme j’allaite, quand je cherche des renseignements sur internet, je tombe sur des articles clouant l’allaitement au pilori, et faisant partie des détracteurs, il y a Badinter.
Comme j’aime bien m’énerver en pleine nuit, j’ai emprunté ce livre, voulant me faire ma propre opinion sur ce bouquin qui défraie la chronique et qui fait tant débat.

Badinter écrit très bien, ça se lit comme on boit du petit lait (la preuve, avec mes 3 neuronnes qui ne se connectent même pas, j’ai dû mettre 4 heures pour le finir), et pour être tout à fait franche, j’ai apprécié de le lire.

Dans les premières pages, elle exprime son mécontentement au sujet de l’inégalité entre homme et femme. Elle donne des chiffres, c’est accablant, les femmes sont sous-rémunérées, elles occupent des postes moins importants en entreprise, et elles doivent, en moyenne, effectuer 80% des tâches ménagères, aucun progrès depuis les années 70, époque révolue du règne du féminisme.
C’est très intéressant, documenté, et ça fait réflechir.

Dans les dernières pages, elle parle de l’ambiguité des désirs de la femme, les multiples facettes de la féminité, et comment la femme doit se scinder en 3, la femme, la mère, l’amante. Pourquoi certaines femmes refusent de faire le choix, comment d’autres font des choix par défaut, pourquoi la Française a ce recul face à la maternité que n’ont pas forcément les femmes des autres pays (elle donne l’exemple du Japon et de l’Allemagne, la comparaison est forcément biaisée mais bon). Elle donne des statistiques, qu’elle analyse un peu selon son bon vouloir et son intérêt, mais ça reste relativement factuel, c’est donc très enrichissant, qu’on partage l’avis qu’on sent émerger chez elle ou non.

Par contre, elle se trompe de cheval de bataille, et elle consacre ainsi 1/5 de son livre à fustiger les « nouvelles » mères. Les « naturalistes » comme elle les appelle, c’est à dire celle qui ont décidé de se rapprocher de la nature, particulièrement une fois qu’elles sont mère.
Là, elle balance, et pas de manière très constructive.
Cette femme là est la honte du féminisme, c’est un retour en arrière inconcevable, cette femme qui allaite, qui lave les couches de son bébé, qui le porte, qui dort avec lui, tout cela est scandaleux et signe l’irrémédiable retour de la femme à la maison.

Dans cette partie là, Badinter est péremptoire et particulièrement agaçante. Elle admet que le lait maternel est « correct », qu’allaiter peut être sympa quelques temps, et pour une minorité de femme, mais cloue au pilori toutes les associations et les organisations (l’OMS comprise) qui prône l’allaitement comme étant ce qu’il y a de mieux.

L’allaitement, c’est le mal, c’est l’asservissement de la femme. Le biberon, c’est l’avenir, comment les femmes ont elles pu l’oublier?
Donner tout à son enfant, c’est idiot, c’est s’oublier en route. Le père n’a forcément plus sa place dans la diade mère-enfant, donc il peut allègrement profiter de la débilité temporaire de sa femme pour en faire ce qu’il veut et retourner à ses penchants machos

La nature, c’est sympa, mais faut pas pousser mémé dans les orties, la Femme, c’est quand même vachement plus important que la forêt amazonienne, la Femme avec un grand « F », parce qu’on se contrefiche pas mal des désirs individuels hein!!

En ce qui me concerne, si la lecture du livre m’a semblé très intéressante au début et à la fin, j’ai trouvé cette partie crispante.
J’allaite ma fille, pour des raisons diverses, et c’est mon droit le plus strict. Lire que je pourrais donner des biberons, je retrouverais ma liberté me fait doucement rigoler.
Lire que l’allaitement, c’est de l’esclavagisme, que le « peau à peau » à la naissance du bébé est d’un ridicule sans nom (j’admets que le nom de la pratique est un peu rédhibitoire), que les couches lavables est un retour en arrière, et que les hommes font peanuts dans ces foyers où la femme choisit ces modes de « maternage » me font penser que l’auteure n’a pas dû rencontrer beaucoup de ces familles là.
Car, à mon avis, ces choix ne sont pas l’apanage de la mère mais du couple, dans la majorité des cas, et une mère qui allaite (je prends cet exemple, parce que je n’utilise pas de couche lavable, donc j’y connais rien) peut parfaitement tirer son lait afin de laisser la possibilité à son mari de partager aussi ce moment avec son bébé, ou, mieux, laisser le biberon à une mère/une tante/ une baby sitter pour aller se faire un cinoche et un restau tranquillou.
Bref, l’allaitement, dans mon expérience, présente bien plus d’avantages que d’inconvénients et n’entrave nullement pas liberté de femme.

BAdinter donne des chiffres qu’elle estime élogieux, seules 60% des françaises allaitent, c’est bien, ça prouve qu’elles sont encore rebelles face à cette ambiance de la « bonne mère parfaite » qu’elle dénigre. Ces chiffres peuvent être intérprétés autrement (m’est avis que les Suédoises ne sont pas bien plus crétines que les Françaises, pourtant, elles affichent un taux d’allaitement de plus de 90%), si seulement 60% des françaises allaitent à la naissance, c’est peut être à cause du manque flagrant d’informations et de l’idée largement répandue que le lait artificiel remplace parfaitement le lait maternel.
Ensuite, elle évoque le fait que seuls 15% des mères allaitantes à la maternité allaitent encore 1 mois plus tard. Si ça n’est pas la preuve flagrante que les 85% restant ont subit des pressions insoutenables à la maternité en faveur de l’allaitement, auxquelles elles n’ont pas pu résister, et, de retour à la maison, abandonne ce procédé nourricier pour le biberon, avec grand soulagement!
Là encore, s’il est indiscutable que l’expérience a pu être désagréable à certaines femmes et que ce soit la raison de leur arrêt d’allaiter, la raison principale n’est elle pas, là encore, la désinformation du personnel qui suit les mères, de leur entourage, qui va induire que le lait de la mère n’est pas suffisant? Allaiter n’est pas facile au début, sans soutien, sans information convenable, il est assez normal que la plupart abandonnent (moi compris, pour Mouflette!)

Elle appuie sur le fait que la pression aujourd’hui est en faveur de l’allaitement, que la femme qui n’allaite pas subit des remarques désagréables et la réprobation générale.
Là dessus, je ne suis pas du tout d’accord. Je ne sais pas trop où elle a été chercher ça, mais c’est plutôt l’inverse!
Même si ça remonte à longtemps, je n’ai jamais eu aucune reflexion désagréable quand je donnais un biberon à Mouflette, et jamais on m’a dit que mon choix était le mauvais. Je n’ai d’ailleurs jamais eu aucune reflexion, tout court, que ce soit en faveur ou en défaveur du biberon.
Par contre, depuis bientôt 8 semaines, j’ai eu de nombreuses questions au sujet de mon allaitement, et pas (encore) de remarque désagréable, quoique. Est ce que j’ai assez de lait? Est ce que le bébé grossit bien? Mon lait est il suffisament riche? Et si je dis que je suis fatiguée, hop hop, c’est l’allaitement qui est mis en cause. Rien de méchant, juste, à mon avis, un manque d’information sur le sujet. L’idée que le lait de la mère n’est pas assez bon pour le bébé est tenace.
Et je fais peut être des plans sur la comète, mais si j’allaite encore dans 6 mois, je pense que les remarques désagréables, j’y aurais droit, alors que le biberon semble si « naturel ».

Donc bon, l’idée que la femme allaitante le fait contrainte et forcée sous la pression grandissante des lobbies (!!!) pro-allaitement, c’est infondé et un poil ridicule. D’autant que je ne vois pas où est l’intérêtt pour l’auteur (je ne reléverais pas qu’elle est actionnaire majoritaire chez Publicis, ce serait vulgaire) de fustiger ainsi cette pratique.

Elle écirt aussi une diatribe bien comme il faut sur la Leche League (à mon avis, elle doit avoir une ennemie jurée chez eux, ou une de ses filles y est tombée et c’est sa manière à elle d’exprimer son opprobre!), qu’elle définit globalement comme une secte.

Elle fait partie de ces féministes qui estiment que l’égalité, c’est l’égalité dans le sens le plus strict du terme, c’est à dire en omettant les différence entre l’homme et la femme.
A mon sens, l’égalité homme/femme doit prendre en compte les différences inhérentes aux deux sexe. Un homme ne pourra jamais donner la vie (du moins c’est souhaitable), une femme peut porter un bébé, le nourrir, il faut, à mon avis, en tenir compte dans la lutte pour l’égalité des sexes.

Bref, ce livre a le mérite de faire réflechir, et rien que pour ça, je lui mets une bonne note. Outre le fait que l’auteur s’exprime avec fluidité, ses propos, pour la plupart (sauf ceux sur l’allaitement et le « maternage ») sont documentés, ce qui représente une étude sociologique agréable à lire et enrichissante.

Je mets donc la note de 7/10, elle perd des points en étant bien trop péremptoire dans sa partie centrale, ce qui fait perdre en crédibilité tout son propos, c’est bien dommage!

Voilà, j’aurais pu écrire pendant des heures et des heures sur le sujet, donc je recommande la lecture de ce bouquin, qui permet de se poser des questions, à défaut d’y répondre.

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5 Commentaires sur
“Le conflit, la femme et la mère”
  • Bonsoir,
    J'aime bien ton résumé de ce livre, j'avais entendu du bien et du mal de ce livre et ton analyse résume à mon avis bien les choses.
    Par contre, je me permets une remarque sur cette partie de ton article "Elle appuie sur le fait que la pression aujourd'hui est en faveur de l'allaitement, que la femme qui n'allaite pas subit des remarques désagréables et la réprobation générale." S'il est vrai que dans ma famille le fait que je n'allaite pas n'a choqué personne et je n'ai eu aucune pression, mais j'ai certaines amies très "le lait maternel ya que ça de vrai" et surtout une pression pas croyable de la maternité avant l'accouchement puis le jour de l'accouchement (il y a 5 mois). Et heureusement que je n'avais pas prévu d'allaiter coûte que coûte car vue la catastrophe pour mon accouchement : morphine à fond, soins intensifs et tout, je n'aurais pas pu allaiter.
    Moi je pense qu'il faut accepter le besoin de chaque mère tout simplement.

  • Ton article me donne bien envie de lire ce livre, mais surement pas de l'acheter, vu ce qui est dit sur l'allaitement (entre autre!). Je n'ai plus qu'à trouver une bibliothèque avec ce livre disponible…
    Concernant mon choix d'allaiter, c'est vrai que j'ai eu plusieurs remarques de collègues qui insistaient bien en disant qu'elles n'auraient pas pu, que c'était trop contraignant…(j'ai allaité 10 mois, je tirais mon lait sur mon lieu de travail, et j'ai bien l'intention de recommencer avec ma deuxième!) Dans ce cas je crois que le mieux est de ne pas faire attention à ce genre de commentaires, de répondre simplement (non, ce n'est pas compliqué ni contraignant) et de passer à autre chose… C'est à chacune de faire son choix, et à chacun d'entre nous de le respecter!

  • Hello miss, je vois que Miss couette grandit vite:-) Bon alors concernant ton post je suis d'accord avec toi c'est à chacun de choisir ce qu'il veut. Mais pour ce qui est de l'allaitement j'ai plusieurs copines qui ont accouchées dans différents hopitaux de la région parisiennes et TOUTES sans exception, ont subi une immense pression de la part des médecins, infirmières … pour qu'elles allaitent. Ils ont même dit à une de mes copines que celles qui refusaient l'allaitement étaient des mères qui ne souhaitaient pas le meilleur pr leurs bébés.
    Et je trouve cela scandaleux.

    Encore une fois chacun fait ce qu'il veut, mais en ce qui me concerne il est hors de question que j'allaite. Je n'ai pas d'enfants mais si un jour je devais en avoir, la première infirmière qui se permettra de me faire ce type de remarque va passer un très très mauvais 1/4 d'heure.

  • "l'idée largement répandue que le lait artificiel remplace parfaitement le lait maternel."

    cette seule phrase est une pression et un jugement sur les mères qui ne veulent pas allaiter.Le lait artificiel remplace parfaitement le lait maternel,à savoir qu'il nourrit aussi bien les bébés.
    Il n'y a aucune différence notable entre les 2 à part le choix de la mère.POINT

    Et les mamams "maternantes" (terme totalement ridicule!!) pas spécialement à cause de leurs pratiques (cododo,écharpe,couches lavables,etc) mais par leur discours bien et bel sectaire (comme la leche league).La femme réinvestit (surinvestit) à nouveau le foyer étant donné le peu de satisfaction au boulot et fustige les autres qui ne souhaitent pas ce retour en arrière.La femme est l'ennemie de la femme.

    Audrey

  • Sophie, je n'ai pas moi même été confrontée à une quelconque pression vu qu'à chaque fois que je me suis retrouvée à la maternité, j'ai allaité.
    Mais il me paraît évident que le respect des mères, quelque soit leur choix, est primordial.
    Culpabiliser une mère qui n'allaite pas, qq soit la raison, ou à l'inverse, culpabiliser une mère qui allaite, c'est idiot.
    Déjà qu'en tant que mère, on culpabilise naturellement de plein de trucs, ça ne sert à rien d'en rajouter.

    Steff: Moi non plus, je ne l'ai pas acheté 😉
    Pour ce qui est des réprobations, pour le moment, je ne les perçois pas trop, ma fille va avoir 3 mois, je reste "dans les clous". Mais bon, quand j'allaite en public, j'ai parfois droit à des regards désaprobateurs, et c'est désagréable…

    Badalexa: Euh, oui, en effet, les remarques de ce genre sont particulièrement déplacées à l'encontre d'une jeune accouchée!!!
    M'enfin, on a des remarques quoi qu'on fasse, à la maternité, j'ai l'impression!

    Audrey: Au sujet du lait maternel vs lait artificiel, je ne suis pas vraiment d'accord… Le lait artificiel est bon pour nourrir les bébés, mais il n'égale pas le lait maternel, c'est un fait, c'est comme ça. Et ce n'est pas moi qui le dit, c'est l'OMS.
    Maintenant, les mères qui choisissent de donner le biberon ne sont pas de mauvaises mères pour autant, ni des mères "moins bonne", elles font un choix, c'est tout.
    J'ai très peu allaité Mouflette, elle s'en porte très bien quand même, et je ne culpabilise pas du tout.

    Concernant les mères "maternantes" (je trouve aussi le terme ridicule), je ne comprends pas la généralité que vous faites.
    J'utilise une écharpe, j'ai "pratiqué" le "cododo" (plus par obligation que par choix, mais tout de même), je me suis questionné sur les couches lavables, et j'allaite mon bébé, pourtant, je n'ai pas l'impression d'être sectaire, loin de là.
    Je respecte les choix qui ne sont pas les miens. D'ailleurs, mes propres choix aujourd'hui sont différents de ceux fait pour Mouflette il y a 9 ans, et je constate une différence, une autre façon de chérir un bébé, mais aucune des deux méthodes ne me paraît "mieux", c'est simplement plus adapté à ce que j'ai envie de vivre aujourd'hui.
    Je ne suis pas militante.

    Il y a bien entendu des femmes pour fustiger les autres de ne pas faire leurs choix, mais c'est valable dans les deux "camps".
    Dire qu'une femme qui choisi de rester au foyer fait un "retour en arrière", c'est super culpabilisateur aussi.
    Alors qu'à mon sens, le plus important, c'est le choix, et le respect de celui ci.
    Une femme qui choisi de porter son bébé n'a pas à être jugée comme une extrêmiste, pas plus que celle qui décide de prendre sa poussette d'être jugée comme une mère insuffisante (soit dit en passant, selon le moment, je suis l'une ou l'autre, donc bon…)

    Enfin, votre dernière phrase me semble par contre assez juste!

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