L’or blanc

J’y ai pensé toute la nuit, à mon article du jour.
J’y ai pensé parce que j’ai eu le temps. Grâce à Miss Couettes, mes journées font 19 heures au lieu de 15, j’ai donc 4 heures de plus pour réflechir à plein de trucs, c’est génial. J’ai aussi 4 heures de moins pour me reposer, mais là n’est pas la question!

Quand j’ai eu Mouflette, j’ai voulu l’allaiter. Je ne sais pas d’où ça m’est venu. J’avais 19 ans, je n’y connaissais absolument rien, mais ça me semblait naturel.

Au bout de 10 jours, Mouflette avait pris 300 grammes, c’était un beau bébé, mais qui pleurait souvent. Bien sûr, elle se calmait au sein, et elle y passait des heures, à téter, comme une morfale, avec vigueur, comme si sa vie en dépendait.
J’avais été voir un pédiatre, je m’inquiétais, elle tétait souvent, bien plus souvent que ce qui m’avait été expliqué à la maternité. 8 fois par jour, Mademoiselle, et pas plus d’un quart d’heure à chaque fois, sinon, ça n’est pas normal!
Le pédiatre m’avait alors dit que je ne produisais pas assez de lait, qu’il fallait que je donne 3 biberons de lait artificiel, et 3 têtées, pas plus.

J’étais alors rentrée chez moi, un peu retournée, un peu choquée, totalement démunie. Je ne suffisais plus à ma fille. Je souhaitais la nourrir par moi même, et je n’en étais pas capable.
La nouvelle avait été brutale, et je m’étais sentie inutile. Très longtemps, je me suis sentie insuffisante, et j’ai détesté ce corps qui m’avait permis de donner la vie, mais pas de la faire perdurer par moi-même, comme n’importe quelle autre femme.

Inutilde de dire qu’à 3 semaines, Mouflette était nourrie exclusivement au biberon, mon lait s’étant définitivement tarrie.

Certains me diront que c’est idiot, mais je suis sortie de cet épisode meurtrie.

Pour Miss Couettes, je n’étais pas certaine de vouloir l’allaiter.
Je disais « oui oui! » Mais dans le fond, je n’en étais pas sûre. La première expérience malheureuse m’était restée en travers de la gorge, je n’avais pas envie de me sentir inutile à nouveau. Donner directement le biberon, c’était ne pas savoir.
Et puis comment savoir à l’avance si on a envie d’allaiter ou non?
On ne devrait pas poser la question aux femmes. On devrait les laisser choisir quand elles découvrent leur bébé.

Comment peut on savoir à l’avance si on va avoir envie d’offrir une partie de son corps à un être qu’on ne connaît pas? Comment savoir si l’acte va nous rebuter, nous attendrir, nous dégoûter?

J’ai quand même dit, dans la salle d’accouchement « Oui oui, je veux l’allaiter ». Me disant que c’était plus facile de revenir en arrière dans ce sens là que dans l’autre.
Comme pour Mouflette, je n’avais aucun renseignement valable. J’ai refusé de m’informer, je ne voulais pas lire que mon cas était désespéré, que je ne pourrais pas donner mon lait à ma seconde fille, pas plus qu’à la première.

Miss Couettes est née, j’ai entendu son cri, sa petite voix si jolie. J’ai vu son si petit corps, tout violet, tout rouge, tout plein de substances dont j’ignore le nom. J’ai vu son cordon, et je l’ai vu coupé devant moi.
Et puis je l’ai sentie aussi. Son odeur âcre et douce. Son petit poids sur mon ventre, sa peau si chaude. Et enfin, je l’ai vue avoir faim, et chercher mon sein.
Et je le lui ai donné.

Et j’ai eu cette impression très forte qu’elle était sortie, mais que nous ne faisions tout de même qu’un, comme 10 minutes avant.

Dès le lendemain, j’ai connu les douleurs. Des douleurs qui se sont intensifiées, ça faisait de plus en plus mal, ça a même saigné. Castoro Equi, lanoline, coussinnets d’allaitement, changements de positions, rien à faire, ça douillait grave.
J’en pleurais, je priais pour qu’elle ne se réveille pas pour manger. Quand elle se réveillait, elle pleurait, elle pleurait, et je pleurais aussi, de douleur, quand enfin, je me décidais à la laisser faire.
J’ai essayé les embouts en silicone, mais ça faisait tout aussi mal.

Le personnel de la maternité était à l’écoute. Les sage-femmes m’encourageait, ça ne va pas faire mal longtemps, il faut tenir le coup!

A la maternité, je n’avais pas le choix. Soit je donnais le sein, soit je laissais ma fille mourir de faim. C’était vite vu!

Quand je suis rentrée à la maison, ça s’est corsé. Et je n’ai pas tenu plus de 2 heures avant d’aller m’acheter un tire-lait. Et j’ai donné son premier biberon de mon lait à Miss Couettes. Je ne lui ai redonné le sein que le lendemain, protégé par un embout en silicone, et j’ai eu très mal, mais beaucoup moins.

On a continué comme ça.

A 15 jours, j’ai été la faire peser à la PMI. Elle n’avait pas pris de poids.
Le drame, j’ai failli pleurer quand j’ai vu ça. Encore, mon lait ne suffisait pas, j’allais devoir donner des biberons de lait artificiel à mon bébé, ne plus lui suffire… A cause de moi, ma fille n’était pas en bonne santé.
En fait non, la puéricultrice m’a expliqué la marche à suivre, et m’a dit de revenir 3 jours plus tard.. Que les débuts étaient parfois difficiles, mais que ça ne voulait pas dire que mon lait était insuffisant, et puis ma fille était en bonne santé, il fallait juste surveiller ça de près.

3 jours après, Miss Couettes avait bien grossi. J’étais bluffée, mais je suis rentrée chez moi avec cette peur, à nouveau, de ne pas suffire.
Pendant 3 semaines, j’ai fait peser Miss Couettes 2 fois par semaine, attendant le verdict de sa prise de poids comme on attend les résultats du bac. Avait elle grossit? étais je une mère suffisante?

Je me suis renseignée, au sujet de l’allaitement, je suis même allée à une réunion LLL, et je compte y retourner à la rentrée, si j’allaite encore. J’ai pris confiance, peu à peu.
J’ai admis que je ne suis ni plus ni moins qu’un mammifère. A t’on déjà vu une lionne ou une baleine ne pas avoir assez de lait? Non. Il n’y a donc pas de raison!

J’ai compris que le pédiatre de Mouflette m’avait raconté n’importe quoi. Bien sûr, j’avais du lait! Et bien sûr, je suffisais à ma fille.

Miss Couettes a un mois et demi. Et chaque jour passé à l’allaiter, je le considère comme une mini-victoire. J’utilise encore mon tire-lait, et je fais des réserves, dans le doute.
Je ne sais pas combien de temps je l’allaiterais, peut être une semaine encore, peut être un mois, je n’en sais rien.

En attendant, je savoure cette expérience unique.
Je profite de cette symbiose pluri-quotidienne qui nous est offerte, à ma fille et moi. Laisser perdurer un peu ce lien unique qui nous a uni pendant 9 mois, et qui nous unira encore, de manière charnelle, pendant plusieurs semaines j’espère.
Ce lien intime. Cette toute petite fille qui vit grâce à moi, qui s’applique à têter, car sa vie en dépend. Qui me jette des coups d’oeil, et qui me fait parfois un petit sourire, comme ça, et qui reprend sa tâche nutritive avec énergie et méticulosité.
C’est galvanisant, finalement, la nature!

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9 Commentaires sur
“L’or blanc”
  • C'est fou dans quel état ça te plonge o_O

    d'amour et d'eau fraîche (et un peu de lait en poudre) Miss Couette ne t'en aurait pas voulu.

    La preuve, Mouflette t'en veut-elle ?

  • C'est très beau ce que tu écris…
    C'est sûrement une des raisons pour lesquelles l'allaitement ne me branchait pas… Peur de ne pas "suffire" comme tu le dis très bien.
    Et puis le biberon finalement m'a rassurée !
    Tant que vous êtes bien ainsi, toutes les 2, profitez bien de votre bonheur ! (et combien pèse t'elle ta miss Couette ?)
    Bisous

  • Ma belle sœur a vécu la même chose : elle voulait absolument allaiter mon neveu mais son lait ne suffisait pas, il maigrissait. Elle a mal vécu de lui donner le biberon et a persisté à côté avec le sein. Ça a payé

  • l'allaitement, c'est pas facile, c'est technique, ça fait mal au début, ce n'est pas régulier, mais quand on trouve le bon équilibre, c'est génial, pratique, gratifiant, fusionnel …

  • Très joli. Et très douloureux aussi. C'est sur que l'allaitement parait complique dans notre société où tout est carré, réglementé, à heures fixes. Oui un bébé peut téter facilement 10 fois par jour et ça ne veut pas dire que tu ne lui suffit pas. Les tétées peuvent durer 3 minutes ou 45. Difficile de s'y retrouver. Comment s'y retrouver ?en allaitant a l'instinct, sans balance et sans chrono. Bon courage !!

  • @Heidi: Bien sûr, elle n m'en voudrait pas, pas plus que Mouflette ne m'en veut.
    Mais quand on fait un choix, on aime s'y tenir et persévérer. Et les désagréments sont très largement comnlés par les bénéfices, crois moi!

    @Karen: Je te comprends! Souvent, quand je doute, je me dis "Au biberon, je ne me poserais pas de question!"
    Mais bon, je suis heureuse d'avoir fait ce choix là :-)

    @Papillote: Pour Mouflette, je n'ai pas pu persévérer, je n'étais pas documentée, j'ai laissé tomber, croyant le pédiatre.
    Là j'ai fait l'inverse. Mais je crois que les professionnels sont mieux informés eux aussi, j'ai été bien conseillée à la maternité, puis à la PMI. Pour Mouflette, j'ai rencontré une puéricultrice très chouette, qui m'aurait sans doute soutenu, mais trop tard, Mouflette avait déjà 6 mois.

    @Madame H: En plus, c'est diététique!!! J'ai déjà retrouvé mon poids de début de grossesse! 😀

    @Cali: Comme tu dis, notre société laisse peu de place à la surprise, à la spontanéité, au tâtonnement.
    Il faut s'accrocher un peu. J'espère que ça continuera de bien fonctionner pour moi!

  • C'est une des choses qui me posera le plus de questions lorsque j'aurais des enfants. Je veux leur donner mon lait car c'est mieux pour eux, mais je suis tellement sensible de la poitrine (beaucoup de femmes ne me comprennent pas, je suis vraiment méga sensible) que je sais d'avance que ça sera très désagréable pour moi. Donc je pense tirer mon lait si c'est possible car si je me force, ça ne sera, je pense, pas un moment agréable ni pour le bébé, ni pour moi. Compliqué…

  • Salut LMO,
    Je lis ce post en direct d’une tétée et je te remercie de l’avoir écrit. Je suis effarée par ce que t’avait dit la pediatre pour Mouflette et suis impressionnée que tu aies réussi malgré tout avec miss couette! Je n’ai pas encore lu toutes tes archives mais sache qu’ elles occupent les très nombreuses tétées du moment. Même si je ne te connais pas, entre mamans (et toulousaines ;-)) on se comprend!
    Bises

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