Ma lutte contre le poids [parte ouane]

Hier, je discutais sur Twitter avec des cops virtuelles, Mamans Testent, Maman sur Terre et Petit Trésor pour ne pas les citer. On discutait vaguement gros popotin et poids en trop, difficultés de savoir pourquoi on a grossi et comment entamer la lutte anti-capitons. Et elle m’ont encouragé à rédiger un billet sur le « comment » de ma prise de poids, me disant que ça pourrait peut être en aider certaines…
Je suis pas sûre, mais ça me donne une occasion de raconter ma vie, et j’aime bien ça, t’as dû remarquer à quel point ce blog est nombriliste.

J’ai, comme tu le sais peut être, une bonne quarantaine de kilos à perdre. J’ai une histoire assez banale pour en être arrivé là. Mais ce qui l’est peut être moins, c’est que j’ai suivi (et suis encore) une longue et douloureuse thérapie avec un professionnel de la santé mentale (un psychiatre si t’as envie de te moquer). A la base pour traiter une dépression. Et ça va faire 7 ans que je le vois régulièrement pour traiter la source de la dépression, à savoir une enfance pourrie (ouais, ça aide pas à avancer sereinement), et grâce aux nombreuses séances j’ai pu guérir de la dépression, durablement, j’ai pu mettre des mots sur mes douleurs passées, prendre des décisions très importantes dans ma vie ET savoir pourquoi je prenais tant de poids. Pourquoi j’ai un tel rapport conflictuel avec la bouffe.

Je vais te raconter ça en plusieurs parties parce que ça va être long (si ça t’ennuie, tu le dis, j’aime bien m’épancher mais j’aime pas trop saouler les gens).
Aujourd’hui, la genèse. Ca va rien t’apprendre à toi, là tout de suite, mais peut être te reconnaitras tu, ou pas, et puis bon, sans l’historique, c’est difficile d’aller de l’avant.

Mon rapport conflictuel avec la nourriture a commencé très tôt.
Petite fille, je refusais de manger.
Un peu plus grande fille, je faisais des réserves de bouffe dans ma chambre, que je me sifflais en douce. La peur de manquer, la peur d’être vue et jugée, le besoin de me remplir… Déjà, à 8/10 ans.
Adolescente, dès l’entrée au collège, j’ai compris le pouvoir que me donnait la bouffe. Ne pas manger, c’était m’attirer tous les regards, toutes les attentions. Et de l’attention, même négative, j’en avais besoin. Je ne pouvais pas exprimer avec des mots la terreur que je vivais, alors j’attirais l’attention en ne mangeant rien à la cantine. Et en jurant à tous que j’allais bien, que j’avais juste pas faim. Avec l’espoir qu’on me dirait « mais enfin, mange, ça fait plusieurs jours que tu ne manges pas, tu vas tomber malade! ». J’avais aussi l’espoir de tomber malade pour de vrai. Et de maigrir aussi, de disparaître…
Et en rentrant à la maison le soir, je dévorais comme 12. J’avais très faim, fatalement.

Dès le collège, la balance est devenue ma pire ennemie. Je me pesais plusieurs fois par jour, je jubilais quand je perdais 100 grammes, j’étais au bord du suicide quand j’en avais pris 100 (genre, après un verre d’eau).

Dès le lycée, quand ma mère rentrait « chez eux » le week end, je passais plusieurs jours sans manger, la sensation de toute puissance qui en découlait devenait comme une drogue. Et puis, irrémédiablement, je « flanchais » et mangeais comme douze, allant me baffrer au Burger King d’à côté.

J’ai toujours été gourmande, j’ai toujours aimé les bonnes choses. Mais très tôt, les pulsions alimentaires que j’avais n’étaient pas de l’ordre de la gourmandise mais de la boulimie. Je mangeais, mangeais, mangeais jusqu’à en avoir mal. Puis je me détestais d’avoir été si faible, de m’être laissée aller ainsi. Alors je ne mangeais plus, jusqu’à la crise d’après.

Du coup, j’étais mince. J’ai toujours été mince/normale. Je prenais du poids, j’en perdais, je prenais, je perdais. Toujours un tout petit peu. Et mon moral jouait aussi aux montagnes russes…

Les « vrais » soucis (si tant est qu’avant je n’en avais pas… Au lycée, à côté des phases boulimiques, je m’auto-mutilais, en espérant que quelqu’un me dirait que, quand même, faut pas se faire du mal comme ça!) ont commencé quand je me suis « mise en ménage » (je mets des guillemets parce que la situation ne justifie pas une telle expression!). A 17 ans et demi.

Je me suis retrouvée seule avec un garçon de mon âge. On jouait aux grands, on faisait tout comme des grands. Se hurler dessus, se faire la gueule… Et il a rapidement pris le pas sur moi parce que « l’homme » c’était lui. Et j’ai appris dès toute petite à respecter celui qui gueulait le plus fort, à le craindre, à m’éteindre et la fermer parce que les insultes sont forcément vraies. Quand il me disait que je n’étais bonne à rien, je le croyais et j’allais m’enfiler un sandwich au saucisson pour oublier. Pour compenser le manque affectif, pour me punir, pour lui donner raison

Et puis j’ai grossi, j’ai pris une vingtaine de kilos, à 19 ans à peine.

Puis je suis tombée enceinte, et malgré les réflexions qui continuaient, les méchancetés, la violence, j’ai réussi à ne prendre que « peu » de poids. Parce que je me sentais « pleine », parce que je n’avais pas besoin de combler un manque, j’étais comblée de mon futur bébé. Et aussi parce que je ne vivais plus « que pour moi ». Parce que j’étais responsable d’une vie et que je ne pouvais pas me détruire sans la détruire aussi. Alors j’ai arrêté de me détruire, temporairement.

J’ai accouché, je l’ai quitté, et j’ai perdu les 20 kilos.

J’avais un joli corps de femme, que je n’apprivoisais pas du tout. Je me trouvais encore trop grosse et j’ai essayé de maigrir et de maigrir encore. Des aides amincissantes, des cachetons, des sachets protéinés, j’ai tout essayé. J’ai beaucoup maigri, beaucoup repris, mais je restais « mince/normale ».
Je ne pouvais pas sortir sans me faire siffler, j’étais abordée par des hommes plusieurs fois par jour. J’étais belle, je ne m’en rendais pas compte mais j’étais jolie. Moi, ce que je ressentais, c’était du dégoût pour ce corps qui attirait les hommes. Et du dégoût pour les hommes aussi, qui étaient attirés par moi.

Ensuite j’ai commencé cette psychothérapie. Et j’ai fait une énorme dépression nerveuse, une vraie, une qui m’empêchait de me lever le matin pour aller en cours, une qui me forçait à me recoucher après avoir emmené ma fille à l’école, une qui me donnait des idées très noires… Une dépression qui m’a terrassée mais qui était nécessaire. Un mal pour un bien. Toucher le fond pour enfin se relever. J’ai pris 30 kilos en moins de 6 mois.

J’ai ensuite essayé de maigrir, j’ai réussi, puis repris, puis reperdu, puis repris. Jusqu’à ce que je décide d’arrêter les régimes et d’essayer de m’accepter telle que je suis. Arrêter de me rendre malade. Arrêter de penser que tous les regards sont malveillants.

Alors, là encore, j’ai essuyé pas mal de remarques. Je pense à la copine d’un bon ami à moi, en week end chez moi, qui a passé les 2 jours à me demander si je comptais maigrir (elle m’avait connu mince), et comment je comptais faire, et quand même, maigrir c’est bien, et je ne peux pas rester grosse comme ça, et y’a des centres pour les gros, faudrait que j’y pense. Pas eu la force de lui dire de fermer sa gueule… Elle n’a pas été la seule.
Il faut dire qu’être gros rend un peu susceptible. A moins que je sois susceptible de base, peu importe.

Ca fait deux ans que j’ai un poids stable. Beaucoup trop élevé mais stable. Ha non, ce n’est pas vrai, j’ai perdu 10 kilos pendant ma grossesse (pendant laquelle on m’a promis plein d’horreurs dues à mon surpoids, diabète, gros bébé, hypertension… Je n’ai rien eu de tout ça mais c’était gentil de me faire flipper bêtement.) Que j’ai repris après l’allaitement. Bon…

Bon, je vais arrêter là pour aujourd’hui, tu as mon historique pondéral, youpi, tu es trop content!
Si t’es arrivé jusque là t’es très fort quand même parce qu’il y a une sacrée tartine d’états d’âme chiant!

Je pense que le prochain billet sera, peut être, un peu plus intéressant sachant qu’il s’agira de déterminer les causes qui m’ont fait avoir ce parcours chaotique. Et en cela, je pense que toutes les personnes ayant des soucis de poids, quels qu’ils soient d’ailleurs, pourront se reconnaître dans divers points…
Mais dis le si t’as envie que je continue, que je parle pas dans le vide en gonflant tout le monde! (Ou que je perde la totalité de mon lectorat en trois billets)

Alors je précise que je n’écris pas ce billet pour qu’on ait pitié de moi, hein, je ne suis pas triste de ce parcours. C’est juste factuel, il est comme ça. Il y a deux ans, j’aurais été incapable d’écrire un texte tel que celui ci sans chialer, sans me mettre en colère ou avoir envie de hurler. Aujourd’hui, ça n’est pas le cas. Je ne suis pas satisfaite de mon état physique mais je ne me considère plus comme un monstre hideux. Je suis juste une femme « plus que ronde ». (Mais y’a eu du boulot pour en arriver là, ce dont je te parlerai un autre jour si t’es d’accord)(oui, je me répète)(oui, j’ai un peu honte de ce billet, t’inquiète!)

Sinon, si t’es trop chaud bouillant, tu peux lire un témoignage que j’ai écris il y a quelques mois chez Madame Parle.

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