Comment devenir avocat?

Je ne sais pas si cet article va intéresser grand monde, mais ça fait un petit moment que j’ai envie de l’écrire. Je suis loin d’être une experte en orientation, hein, mais je vais juste donner mes maigres connaissances en matière d’accession au métier d’avocat.

Tout d’abord, il faut savoir que pour rentrer à l’école des Avocats, le CRFPA (Centre Régional de Formation des Avocats), il faut passer un examen d’entrée. Il est coutume de dire qu’il s’agit d’un concours, mais c’est faux. En théorie du moins (je ne sais pas ce qu’il en est en pratique), il n’y a pas de numérus clausus et pour obtenir l’examen, il suffit d’avoir la moyenne générale. Il n’y a pas de note éliminatoire, pas même le éro (enfin, accroche toi pour rattraper un zéro quand même…).
Il n’empêche qu’il s’agit d’un examen sélectif de pas sa difficulté. Le pourcentage de réussite est d’environ 25 à 30% suivant les IEJ (Institut d’Etudes Judiciaires).

Pour qui veut embrasser la carrière d’avocat, il faut d’abord obtenir un bac+4 en droit (soit un master 1) ou un diplôme jugé équivalent par une commission. (Je vais donner la voie classique, sinon mon article va faire 92000 mots et je ne vais pas m’en sortir. Pour résumer, sachez qu’il y a des voix parallèles pour devenir avocat, pour les doctorants, notamment, ou les juristes en exercice depuis plusieurs années)

Le master 1 en poche, il faut s’inscrire à l’IEJ de son choix afin de suivre une prépa d’environ 8 mois. Durant cette année de prépa (qui est obligatoire), on s’inscrit à l’examen.
Il faut savoir que l’inscription ne vaut pas « passage effectif ». L’examen d’entrée au CRFPA peut être passé 3 fois en tout, si à l’issue du troisième essai, l’étudiant se plante, il retourne gentiment d’où il vient sans pouvoir jamais repasser l’examen offrant le précieux sésame.
Bref, l’inscription à l’IEJ ne grille pas une chance, pas plus que l’inscription à l’examen. C’est le passage effectif (avec émargement des listes de présence) qui détermine si l’étudiant a grillé une de ses chances ou non.

La préparation diffère selon les IEJ, elle propose en général des actualisations en droit et plusieurs sessions d’examens blancs, notamment d’entrainements aux grands oraux. C’est plutôt important d’y assister car les épreuves diffèrent aussi d’un IEJ à l’autre, et les examens blancs sont un indicateur fiable de ce qui attend le candidat « en vrai ».

Une fois qu’on est inscrit (et qu’on a déboursé une somme non négligeable en frais d’inscription – 700€ à Toulouse)(Et qui donne droit au statut étudiant, ce qui rend la dépense hyper rentable. En allant profiter de sa réduc au Gaumont par exemple, ou en mangeant au RU à tous les repas), qu’on a bien assisté à plein de cours très sérieux et qu’on a passé brillamment (ou pas) tous les examens blancs, que se passe t’il? Ben on passe l’examen. Ouais, dingue!

L’examen se scinde en deux partie: les épreuves écrites qui débouchent, si le candidat est admissible (c’est à dire s’il a obtenu la moyenne aux examens écrits) aux épreuves orales.

Il y a 3 épreuves écrites:
– La note de synthèse (coef 2)
– L’épreuve de raisonnement juridique (coef 2)
– L’épreuve pratique (coef 2)

En cas d’admissibilité, les épreuves orales sont les suivantes:
– Le grand oral (coef 3)
– L’épreuve juridique (coef 2)
– La procédure (coef 1)
– La comptabilité (ou finances publiques) (coef 1)
– Langue (coef 1)

#La note de synthèse est une épreuve qui consiste à synthétiser (d’où son nom) un pavé d’environ 50 pages de documents divers (en rapport avec l’actualité juridique, en général) traitant d’un sujet précis. Il s’agit de retirer la substance essentielle de tous ces documents et d’en faire une sorte de résumé de 4 pages (5 grand max).
C’est une épreuve qui ne demande aucune connaissance d’aucune sorte. Il suffit d’avoir un esprit synthétique (ou d’acquérir une bonne méthode). Le tout est d’être assez rapide car l’épreuve ne dure que 5 heures, et ça file vite.
Pour moi c’est de loin l’épreuve la plus facile.

#L’épreuve juridique est une épreuve combinée. On se voit recevoir deux sujets à traiter en 5 heures.
Un sujet de droit des obligations et un sujet de procédure (civile, pénale ou administrative selon le choix du candidat). Il peut s’agir de cas pratiques, de commentaires d’arrêts ou autres suivant les habitudes des IEJ.

#L’épreuve pratique est une épreuve de 3h dans laquelle il s’agit de composer dans une matière de spécialité juridique choisie par le candidat. Il y a onze matières au choix.
Je ne vais pas toutes les énumérer parce que ça me gonfle.
Moi j’ai choisi DIP par exemple (Droit International Privé, parce que c’est un peu ma spécialité à moi)(mais alors juste un peu…). Il y a aussi droit patrimonial, droit du travail, droit de la famille, droit administratif, droit communautaire et européen et des trucs vachement chiants genre droit fiscal (désolée).

Pour les oraux:
#L’épreuve juridique est au choix du candidat parmi l’une des matières qu’il n’a pas choisi à l’écrit (les onze que je n’ai pas voulu citer de manière exhaustive. Moi par exemple, j’ai choisi le droit communautaire et européen), il s’agit d’un exposé oral de quinze minutes suivant une préparation de quinze minutes.

#L’épreuve de procédure (au choix entre procédure civile d’exécution et procédure communautaire et européenne) peut faire l’objet d’une dispense.

#L’épreuve de compta privée ou finances publiques (au choix aussi) peut aussi faire l’objet d’une dispense.

#La langue est au choix du candidat itou, parmi une longue liste que je ne citerai pas non plus, parce que je ne la connais pas, cette fois-ci. Mais il y a les classiques anglais, espagnol…

#Le Grand Oral (ou Grand O pour les intimes).
Le grand oral porte sur une matière extrêmement vaste du droit: les libertés et droits fondamentaux… On retrouve cette matière dans toutes les branches du droit, c’est un peu la raison d’être du droit, d’ailleurs, ce qui en fait une matière dense et totalement inaccessible, bien que passionnante.
L’épreuve consiste en un document donné au candidat, dont il doit retirer un sujet ayant trait aux libertés et droits fondamentaux (même si le document est un dessin de Cabu -ça arrive-, il se débrouille, l’étudiant!). Il a une heure pour préparer son exposé.
Ensuite, la partie orale dure 30 minutes. Le candidat doit exposer son sujet (avec plan, et tout ça) pendant 15 minutes (minimum 12, dans l’idéal). Ensuite, le jury, constitué de 3 à 7 personnes (des magistrats, avocats et autres professionnels de la justice) dont un président du jury, pose des questions à l’étudiant qui se doit d’y répondre avec le plus de cohérence possible.

Le grand oral est une épreuve redoutée car très impressionnante et plutôt difficile tant intellectuellement qu’émotionnellement!

Voilà. Concernant l’examen d’entrée au CRFPA, il me semble avoir tout dit.

Après il y a les années au CRFPA, les divers stages et l’examen final qui permet d’obtenir le CAPA (Certificat d’aptitude à la profession d’Avocat) ainsi que la cérémonie du serment. Mais j’en parlerai un autre jour. Genre quand ça me concernera…

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25 Discussions on
“Comment devenir avocat?”
  • Oh, ben, ici, en Belgique, c’est pas aussi compliqué.

    On doit avoir un Master (donc, Bac +5, pour vous). (Nos masters sont tous en deux ans, ou à peu près).

    Et puis, tu trouves un maître de stage et tu fais un stage de trois ans. Durant le stage, tu as des cours à présenter qu’on appelle CAPA (Certificat d’aptitude à la profession d’avocat). Tu dois réussir ces cours, mais ça n’a pas l’air d’être la mort (je dis ça, mais je n’ai pas choisi cette orientation, donc je n’ai jamais présenté ces cours, mais plusieurs de mes copines bien). Et voilà quoi.

    Un temps, il fallait aussi faire un minimum de pro déo (avocat gratuits), mais il me semble que c’est révolu.

  • un sacré parcours, mais je trouve que, même si c’est parfois logn et compliqué, que cela demande beaucoup de travail personnel, c’est complètement normal pour un métier pareil, la justice, on ne rgiole pas avec ca!c’est un métier que je n’aurais pas pu faire, je ne pourrais pas défendre tout le monde, il faut savoir être impartial et pas certaine que je le sois dans chaque cas de figure!

    • Je suis d’accord avec toi. C’est un métier difficile qui demande beaucoup de compétences. Je trouve normal que la voie d’accès ne soit pas facile (un peu comme les médecins, par exemple).

      Pour la défense, je me suis posé beaucoup de questions avant de décider de me réinscrire. Suis-je prête à défendre n’importe qui? Et une réponse positive s’est imposée. Je ne sais pas si j’arriverai à être avocat un jour mais la passion et les convictions de justice sont présentes, c’est sûr! 🙂

  • Je trouve ça très intéressant au contraire de nous décrire le parcours que tu as choisi de suivre pour devenir avocat. Ca a l’ air compliqué, difficile et dense, mais passionnant

  • Bon courage à vous ! C’est ma profession. Elle est effectivement passionnante, et très diverses. Vous pouvez passer votre vie à ne faire que du conseil, sans jamais aller dans une salle d’audience ou au contraire être un grand pénaliste (mais dans ce cas, c’est difficile à concilier avec une vie de famille….). J’ai fait le choix d’être généraliste, dans un barreau de taille moyenne, et cela me convient très bien !
    Les premières années de collaboration sont difficiles et demandent beaucoup de sacrifice. Elles sont aussi difficiles à concilier avec la maternité…
    mais cela donne aussi plein d’énergie parfois.
    Ma deuxième grossesse n’est pas passée du tout, et j’ai dû chercher des locaux et m’installer en catastrophe toute seule, alors que mon deuxième n’avait que trois mois, mais je ne regrette pas !

  • Comme toi, je ne suis pas une experte en orientation, mais a priori – d’après tous mes amis en droit – la préparation n’est pas obligatoire bien que conseillée…

  • Je suis tombé sur votre blog par hasard. C´est très intéressant, et concernant votre projet professionnel, je vous souhaite une bonne réussite.

    Juste deux remarques quant à vos explications sur l´accès à l´Ecole des Avocats: ni l´inscription à l´IEJ, ni l´année de práparation ne sont obligatoires (on peut passer le CRFPA en « candidat libre »). Par ailleurs, au risque de vous décevoir, les IEJ affirment qu´il s´agit d´un examen (admission si on a la moyenne sur l´ensemble des épreuves), mais, comme j´ai pu le constater, il s´agit d´un concours, dans la mesure où le nombre de places disponibles dans les Ecoles des Avocats est forcément limité. De sorte que la sélection s´opère généralement en notant par le bas, et souvent selon l´humeur et le ressenti du correcteur (voir les annotations sur les copies du CRFPA après-coup) en particulier l´épreuve de la note de synthèse, et celle de droit des obligations / procédure.

    Pour ne pas vous flinguer le moral, je peux vous faire part de mon expérience: je me suis inscrit à l´IEJ de ma ville après 5 ans d´activité professionnelle dans un autre domaine (après avoir fait un Master 2 en droit, initialement), à 29 ans. J´ai échoué de peu une première fois, et j´ai finalement intégré l´Ecole à 31 ans. Alors certes, les autres étudiants étaient beaucoup plus jeunes que moi (et mon échec a encore accru cette différence), mais pour finir mon expérience passée est devenue un atout par rapport à des « petits jeunes ». Tout ça pour vous dire qu´il n´y a pas de moule, ni d´itinéraire parfait ou modèle pour réussir le CRFPA et intégrer une Ecole. C´est chacun selon son itinéraire.

    Bon courage et bonne continuation!

    • Pour l’inscription à l’IEJ, à Toulouse il semble que ce soit obligatoire, c’est du moins ce qu’on m’a laissé entendre. Mais ça n’est peut-être pas le cas partout.
      Pour le côté concours, je sais qu’il existe officieusement, même si officiellement, c’est un examen…
      Bravo pour votre entrée au CRFPA! J’ai pour ma part 31 ans, si j’y rentre cette année, j’en aurais 32… Il y a des personnes plus vieilles dans la promo, même si, effectivement, la majorité tourne autour de 25 ans.
      Quand on a une ambition, il faut s’y accrocher! Bravo à vous! J4espère pouvoir dire la même chose l’année prochaine (ou dans 2 ans, au pire)

  • Je cherchais le taux de réussite à Paris 1 cette année, je suis tombé sur votre blog.

    J’ai 25 ans et je viens d’échouer les écrits de trés trés (trop) peu pour la deuxième fois (9.8/20 et l’année dernière 9.5/20). L’année dernière le correcteur de ma copie en note de synthèse était effectivement de mauvaise humeur et apparemment trés préssé: la correction s’est limité à  » bons titres, bonne intro, copie difficile à lire », résultat: 7/20 « what ? »; dans les autres matières j’ai eu la moyenne, mais cette épreuve a un coefficient 2. Pour compenser un 7/20 avec ce coefficient il faut donc avoir une très bonne note dans une des autres epréuves. Cette année pareil, j’attends avec impatience la correction de ma copie en droit des obligations (qui a fait chuter ma moyenne: 7/20 à compenser avec un 12.5/20 en procédure pénale)

    J’hésite à le présenter l’année prochaine car c’est la dernière fois, j’ai peur de rater. Mais j’aime ce metier, j’ai fait trois stages et j’ai eu la confirmation de mon choix…mais il me reste une chance seulement! En tout cas, je me dis que si ils ont prévu trois fois maximum, c’est que le passer trois fois ce n’est pas si catastrophique..on verra.

    Je vous souhaite un bon courage et une très bonne réussite

    P.S. il me semble avoir compris que vous etes une étudiante de Toulouse, j’ai lu à propos des problèmes avec les surveilalants pendant les écrits… c’est fou!!

  • Je cherchais (désespérément!) des info sur le choix du DIP à l’écrit et je suis tombée sur ton article…. très intéressant, et je dois avouer que certains commentaires sont stimulants. J’essaye souvent de me répéter que « tout est dans la tête » (ptetre qu’un jour j’arriverai à être convaincue?!?)
    En tout cas, si quelqu’un a des commentaires à faire sur le Dt international privé…qu’il ne se prive point !!!

    Bonne continuation

  • Bonjour

    Bonne description de cet exam, que j’ai eu l’année dernière….

    Il impressione de loin, surtout quand on imagine le grand O quelques mois avant le D-DAY, mais au final rassurez vous cet exam est loin d’être une citadelle imprenable ….

    Cet examen demande de la rigueur, un été pourri, et une bonne gestion du stress ….

    On est tellement mieux percu quand on arrive à un oral avec un sourire ….

    Je ne vous donnerez pas plus de conseils, ayez confiance en vous, et travaillez intelligemment …. et tout se passera bien

    Je fais une dernière digression, le parcours ne s’arrête pas là, le CRFPA n’est qu’une clé pour rentrer dans l’école, il restera ensuite 6 mois d’école, le stage PPI 6 mois, le stage cab 6 mois, puis 2 mois de révision, puis le CAPA qui est l’examen du barreau, ce qui n’est pas le cas du CRFPA ( on le lit trop souvent)

    blabla je passe le barreau en septembre …. NOOOOOOOON

    Reste qu’au CAPA la réussite frise les 98 99% , donc effectivement la marche la plus périlleuse reste le CRFPA

    Allez je suis terriblement gentil donc je vous donne une recette de grand mère :

    Concernant les IEJ, où le grand O est un commentaire d’arrêt, vous avez 9 chance sur 10 ( voire plus), que ce dernier soit tiré du blog  » combat pour les droits de l’homme », je vous conseille VIVEMENT de lire ce blog, qui en plus de vous fournir votre sujet, ce charge de le commenter …..

    ( en gros les 15 derniers commentaires à lire, et vous serez bien au fait de l’acte )

    tendresse et chocolat …… +++++

  • Bonjour
    Je suis Italienne, j’ai fais un stage de 18 mois et je souhaite devenir avocat en Belgique…quelq’un vous a entamè ce parcours?
    Merci pour tout genre d’info.
    Bon courage à tous

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