Ma toute première année

Quand Mouflette est née, il y a près de 12 ans, j’étais jeune, j’étais sans diplôme, sans avenir non plus.
Sa naissance, comme je le lui ai expliqué récemment, a pour moi été une source débordante de motivation (ça l’a énormément ému d’ailleurs, cet aveu, et moi aussi de la voir si sensible).

J’avais à peine 20 ans et elle 8 mois quand je me suis inscrite au lycée, pour faire une terminale afin d’obtenir mon bac. Je me souviens de ma lettre de motivation pour le proviseur. Je me souviens de l’appel qui me confirmait mon inscription et les encouragements de la secrétaire, qui, par la suite, s’inquiétait toujours de savoir comment ma fille et moi allions.
J’ai eu une chance immense d’être acceptée dans ce lycée dont ma situation géographique ne dépendait pas (même si le lycée était plus proche de chez moi, le mystère des cartes scolaires), et où les adultes présents n’étaient que bienveillance à mon égard. Je sais que la compassion dont ils ont fait preuve pour moi m’a porté.
Je me souviens que ce n’était pas facile, je ne pouvais pas aller à tous les cours (notamment quand j’accompagnais Mouflette chez son père à Paris, car impossible pour moi de la savoir si loin de moi pour 4 jours), je me souviens de ces mots, adressés à Mme Orange, pour prévenir des absences de Mlle Orange, qui venaient dans ma boîte aux lettres. Et combien ça me faisait sourire de m’auto-signer des mots d’excuses pour moi-même…
J’ai obtenu mon baccalauréat (sérieusement c’est quoi ce nom?) en 2002, j’avais tout juste 21 ans, je me sentais vieille, nulle, en retard, mais j’avais ce précieux sésame pour avancer dans la vie…

Et je me suis inscrite en première année à la fac.
Lors de ma terminale, j’avais vu un conseiller d’orientation. Au vu de mon niveau assez limite, il m’avait formellement déconseillé de m’inscrire en droit parce que c’était « trop dur pour une fille avec mes capacités limités » (je ne me souviens plus des mots exacts employés, mais l’idée maîtresse c’était ça).
Il m’avait donc orienter vers AES, bien plus facile et accessible pour moi.
Alors, il faut savoir que je préparais à l’époque un bac LITTERAIRE, hein, mais bon… Je n’ai jamais su si cette personne n’avait réellement aucune notion d’orientation et ignorait tout de la filière AES ou s’il avait été payé par la fac d’AES pour lui envoyer tous les élèves possible… Je ne saurai jamais d’ailleurs!

C’est donc un peu la mort dans l’âme que je me suis inscrite en AES, toute pleine d’espoir et de motivation, même si je regardais avec envie les étudiants en droit. La filière AES me fermait définitivement la porte du droit, en théorie. et je ne sais absolument pas pourquoi j’ai accepté de m’y inscrire alors que rien ne m’y obligeait, et que je voulais devenir avocat…

La première semaine, nous étions une bonne centaine. Les profs se succédaient et tous nous disaient ironiquement « tiens, vous êtes nombreux! Dans 1 mois vous n’êtes plus que la moitié! ». Et comme je n’avais aucune confiance, ni en moi ni en ma motivation, ni en mon courage, j’avais très peur de faire partie de ces 50% d’abandon…
1 mois après, j’étais pourtant toujours là. Comme je pouvais, avec une petite fille de 1 ans 1/2 dont je m’occupais seule. Mais j’étais là, toute heureuse d’apprendre plein de trucs, heureuse aussi de voir mon avenir s’élargir.

J’ai fait partie des 35% d’étudiants à passer le premier semestre d’AES sans passer par la case « rattrapage ». Les profs me citaient en exemple, moi, la nana avec un bac L qui réussi même dans les matières économiques et mathématiques (et là, je dois une fière chandelle à Mister Mii, rentré dans ma vie depuis peu, qui a passé de longues heures à m’expliquer des trucs cheloux comme les dérivés secondes, et d’autres choses dont je n’ai aucun souvenir tellement c’était du chinois pour moi!).

En cette première année, j’avais très peur. Peur de râter, peur d’échouer, peur de donner raison à tous ceux qui pensaient que j’étais incapable d’y arriver intellectuellement, mais aussi que j’étais incapable de fournir les efforts nécessaires à ma réussite (mon ex-mari tenant une bonne place parmi mes détracteurs). Je voyais les autres étudiants comme des sortes de dieux… J’avais 21 ans, j’étais tout pile dans la moyenne d’âge, mais je me sentais vieille, en décalage, même avec les plus vieux que moi… Parce que j’avais essuyé un divorce difficile, parce que j’étais maman, parce que je vivais seule avec ma fille, parce que j’avais déjà un parcours atypique et pas très glorieux, avec une reprise en terminale à 20 ans après un BTS même pas passé…

Et je me suis accrochée. Et j’ai réussi. Alors, bien sûr, mes notes en maths et macroéconomie et tout ça, c’était pas super folichon… Mais c’était très largement compensé par mes notes en droit (tiens donc…).
Je sais que j’aurais sans doute bien mieux réussi si j’avais directement embrassé la filière « droit », mais curieusement, je suis heureuse d’être passée par AES. D’abord parce que c’est une très bonne formation, très complète, riche et intéressante. Ensuite parce que les efforts que j’ai dû fournir, en mathématiques notamment, m’ont prouvé que j’étais capable de me dépasser intellectuellement pour arriver à mes fins. Moi qui ai des capacités très limités, j’ai réussi, à force de travail et de persévérance. Et aussi grâce à celui qui allait devenir mon mari, qui m’a soutenu, aidé et a toujours eu confiance en moi. Et bien entendu grâce à ma fille, source inépuisable de volonté et d’espoir.

Je reviens sur cette première année étudiante car je me sens aujourd’hui comme il y a 10 ans. Mon parcours est toujours aussi foireux (euh non, il a très nettement empiré!). Nous sommes 400 inscrits à la prépa CRFPA, et seule une petite centaine réussira l’examen. A peu près le même ratio qu’en première année.
Je pense que la difficulté n’est pas là même… Mais je me souviens comme j’ai galéré pour avoir un niveau convenable en maths, matière détestée, et comment j’ai réussi à sortir avec la meilleure note de la promo (ouais, j’ai eu, un jour dans ma vie, un 15 en maths!). Je sais que ces ressources sont en moi, je suis forte de cette réussite.
Alors je ne sais pas si je vais réussir cet examen. Mais je crois qu’il est important pour moi re regarder en arrière et de voir tout ce que j’ai déjà été capable d’accomplir.

C’est sans doute ridicule et insignifiant pour la majorité des gens, mais pour moi, c’est une réelle victoire, cette première année d’AES, vu d’où je venais, des obstacles sur ma route, et de ma peur panique d’échouer.

Cette année, ma route est loin d’être toute tracée, je vais devoir passer des heures et des heures sur des matières qui ne me diront pas grand chose (genre la procédure civile, je n’en ai jamais fait… En AES on faisait de l’administratif), je vais pleurer de désespoir, je vais avoir envie de tout arrêter parfois, d’autres fois je penserai avoir réussi et un résultat viendra me remettre la tête dans la gadoue…
Mais, aussi vantard que ça puisse paraître, je sais que j’en suis capable. Grâce à cette première année d’AES, orientation pas du tout faite pour moi, et dans laquelle, pourtant, j’ai réussi (brillamment dans certaines matières économiques, en plus).

Je vais donc essayer de bien garder ça en mémoire. Que la force et la volonté, je les ai eu il y a 10 ans, et que c’est encore quelque part en moi, prêt à être utilisé. J’ai aujourd’hui un mari, 2 filles, plus personne ne me met de bâton dans les roues (pas encore du moins), au contraire, ils ont confiance en moi, j’ai du soutien, plein…
Je dois me souvenir que je suis capable de tout faire pour réussir! (sans penser au résultat, sinon c’est panique assurée!)

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36 Discussions on
“Ma toute première année”
  • Tu as déjà un joli chemin derrière toi et ça il ne faut pas l’oublier.
    J’ai une très faible estime de moi ( pourtant je n’ai pas ton parcours difficile ? ) mais j’ai trouvé la parade pour avancer, je me dis que si les autres y arrivent alors MOI j’y arriverais aussi et ça marche à tous les coups …

    • Moi ma parade c’est de me dire que si j’essaie pas, je ne saurai jamais de quoi je suis capable.
      Je pense que les autres, TOUS les autres, sont bien mieux que moi, donc ta technique ne fonctionne pas avec moi. Les trucs du genre « je suis pas plus con qu’une autre », je suis incapable de le penser parce que je pense que je SUIS plus con que tout le monde… (ce qui est prétentieux au final, je serais LA plus con du monde! 😀 )
      Par contre je pense qu’on peut être stupide et réussir, et je me dis que je le prouve en avançant!

  • J’ai adoré mes années à la fac dans des circonstances il est vrai bien différentes des tiennes et je sais que je donnerai beaucoup pour y retourner comme toi mais que je ne peux plus.
    Profite, fonce, j’admire ton parcours !

  • Tu es terrible hein? malgré tout le chemin parcouru depuis cette 1ère année qui est oui difficile à avoir ( moi j’ai pas eu la mienne en espagnol avec à priori « de bonnes capacités », sans enfant et à 19 ans) tu continues à penser que peut-être ta place n’est pas là. Comme quoi faut jamais écouter ce qu’on nous dit et faire ce que l’on veut… Oui tu es forte et tu y arriveras… moi aussi j’en suis sûre même si je ne te connais pas beaucoup… Tu es un modèle de force et de courage et oui tu mérites d’y arriver… Il n’y a aucune raison de penser le contraire… Et tu ne démérites pas moins parce que tu as un parcours atypique, au contraire c’est ce qui te rend si exceptionnelle… Bravo et continue sur ta lancée…

  • tu vas y arriver parce que ta motivation est autre, parce que l’envie est là! Ca ne sera peut être pas tous les jours facile, tu risques d’avoir des moments pas forcément faciles! Mais quelle fierté le jour où on te dit: « c’est bon, c’est dans la poche! » J’ai repris mes études il y a 3 ans, 1 BTS et 1 licence pro plus tard me revoilà à 31 ans. Pas évident tous les jours! Mais oui que c’est bon de pouvoir se dire qu’on existe, que oui on a quelque chose dans la tête!!!!!
    Bon courage!

    • Ca c’est sûr, c’est important! Et aussi le fait de faire ce que l’on veut, même si ça a pris un peu plus de temps que d’autres pour y arriver (faut peut-être garder en mémoire que certains n’y arrivent jamais…)

  • Quel parcours, quelle volonté moi je dis et je redis bravo. De toutes les façons et quoiqu’il arrive j’aime autant me dire « j’ai tenté j’y suis arrivé » (ou pas peu importe) plutôt que ‘ah si j’avais su…’ . Pas tous les jours facile certes mais sans celà la vie serait triste non? Courage !

  • Ce que tu dis de ton orientateur, c’est qu’ils disent tous. Ils présentent la filiaire AES comme une sous droit. Je connais certains qui ont eu une licence d’AES et qui sont avocat.

    Il ne faut pas désespérer même si effectivement, bon nombre de matière étudiées ne te seront pas du tout utile alors que d’autres que tu aurais pu étudier en 1ere et 2emme année le serais aujourd’hui (cf, obligations et procédure)

    M’enfin, ça ne t’empêchera pas de réussir quand même ! et personne ne te posera la question de savoir ce que tu as fait comme 1ere et 2emme année …

    • Obligations j’en ai fait, heureuseument! J’avais pris l’option droit et commerce, du coup j’ai fait plus de droit que la filière AES classique…
      Mais pas de procédure civile… Un max d’administratif par contre, normal!

      En tout cas merci, c’est encourageant! 🙂

  • si tes capacités étaient vraiment limitées, tu n’en serais jamais arrivée là…:-)
    continue à croire en toi, et aussi infime et virtuel soit-il, tu peux compter sur mon soutien aussi!
    (parce que moi, mon rêve, je n’ai jamais su me donner les moyens de le conquérir, alors je suis toujours très admirative de ceux et celles qui y parviennent, coûte que coûte!)

  • La détermination… c’est ce qui compte et tu l’as. Continue a t’accrocher, tu as raison, c’est le départ qui est difficile mais après on prend le plis. Tu tiens le bon bout.

  • C’est drôle comme j’ai l’impression de te connaître alors que je te suis en pointillés depuis mon arrivée sur la blogo (bientôt 2 ans quand même) mais ce doit être l’effet Instagram 🙂
    Bref ce n’est pas le sujet et je pense que tu as les deux meilleures armes pour réussir : la maturité et la motivation ! Pour la procédure civile, va falloir en manger parce que baignant un peu dans le judiciaire, c’est une des clés de la réussite pour un avocat !
    Remarque note que si tu me parles de DIP et droit comparé j’ai envie de mourir, je détestais tellement ça … J’ai quand même réussi à bosser au service contentieux des étrangers (Préfecture) et j’en ai plus appris en 1 an qu’en pleins d’années de cours …
    Et 1/4 moi j’le sens bien, c’est carrément jouable (si ton homme gère un peu l’intendance ce qui semble être le cas).
    Allez, ça va l’faire !!!!!!!

    • Je l’espère!
      Moi le DIP j’adore! Après j’imagine bien que sur le terrain on apprend bien plus de trucs qu’en cours, mais bon, faut bien passer par là! 🙂
      Pour la procédure civile, oui, j’ai pas mal de trucs à intégrer!!

    • Ben, je les « reprends » pas vraiment. Je veux dire, je ne faisais rien (à part m’occuper de ma fille, m’enfin bon) c’est ps comme si je quittais tout pour m’y mettre, je ne prends finalement que peu de risques… Et je retarde mon entrée dans la vie active pour de bon.
      Est-ce finalement vraiment du courage? Par contre, oui, je suis motivée! 😀

  • Et bien bonjour,
    première fois que je lis ton blog. C’est une amie qui me l’a indiqué cet après midi. J’ai lu ton parcours. Franchement, CHAPEAU! tu es courageuse, déterminée, et soit dit en passant, tu manies les mots avec une grande dextérité. On boit littéralement tes phrases et on se sent pousser des ailes (comme red bull).
    Moi, je me retrouve dans une situation délicate… Enceinte et étudiante en M1 (école ingénieur). J’espérais retrouver un peu de courage à travers ces lignes, de la motivation pour savoir si oui ou non c’est possible de continuer ses études en ayant une vie de famille. Au fil des mots, je me rends compte que oui.
    Merci pour ce réconfort.

    • Merci Anne pour tes gentils mots!
      Je te confirme que mener une grossesse pendant une année d’études est possible. J’ai eu mon master enceinte de 8 mois 1/2 (j’ai accouché le lendemain des résultats! ;-)). Ca n’a pas été facile tous les jours mais c’est faisable. Surtout si tu accouches après les examens, sinon ça risque d’être un peu plus difficile…
      Rien n’est perdu, il faut de la volonté et de la détermination, et tout est possible. C’est aussi une question de gestion des priorités! 🙂
      Je te souhaite une belle année de réussite et une grossesse pas trop contraignante!

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