Les séquelles…

Sans titre 1Je suis une femme heureuse, ma vie est jolie, je suis fière de ce que j’ai construit, d’avoir réussi à faire entrer l’amour, la beauté et la joie dans ma vie.

Au quotidien, ce sont de toutes petites choses qui viennent me rappeler que je ne suis pas exactement comme les autres. Je suis handicapée, dans une certaine mesure. Amputée d’une grande partie de mon enfance, de mon innocence, de ma naïveté, de ma confiance, de l’estime que j’ai pour moi, de mon intimité.
Mon handicap à moi est invisible, mais il est bien réel, et au même titre qu’une personne privée d’une de ses jambes, je dois accepter cet état de fait pour le surmonter, pour vivre avec.

Depuis toujours, je dois me taire. Mentir, couvrir, garder le silence pour protéger ceux qui m’ont presque tuée. Mes agresseurs, ma mère, leur image. Quand j’ai enfin ouvert la bouche, rien ne s’est passé, et j’ai dû redoubler d’efforts pour mentir, couvrir, ne pas révéler la vérité. Et quand enfin je me suis libérée de cette pression là, une autre, plus sourde, moins évidente, s’est mise en place, celle de la société, des gens autour de moi, qui ne veulent pas savoir, ne veulent pas voir, demande gentiment à ce qu’on arrête de se plaindre, que le passé appartient au passé et qu’il faut avancer.
Propos amenant encore un peu plus de culpabilité et de mal être.

Je suis intimement convaincue que dans la grande majorité des cas, parler, briser le silence, accepter son vécu, c’est commencer à guérir. Parler, ce n’est pas se plaindre. Dire qu’on va mal, c’est un simple constat. Viendrait-il à l’idée de quiconque de dire à quelqu’un qui vient de se faire arracher une main qu’il ne souffre pas tant que ça? Qu’il devrait arrêter de se plaindre? Je ne crois pas… Pourtant, nier l’évidence, fermer les yeux, c’est ce que tout le monde fait, dans mon monde à moi.
Une personne qui nie s’être fait arracher la main va sans doute crever d’une gangrène ou un truc dans le genre, dans des douleurs atroces… Et si, par miracle, ça venait à guérir, elle vivrait dans une souffrance folle d’essayer sans cesse de se servir d’une main qui n’existe plus, par refus de voir la réalité en face.

Je garde des stigmates de mon vécu. On ne m’a pas arraché une main, on m’a seulement tronqué d’une partie de ma vie, on m’a enlevé toute possibilité de vivre normalement, on m’a donné des souvenirs horribles, une confiance très limitée en moi et les personnes qui m’entourent, une méfiance envers l’inconnu, un dégoût de la justice et du monde. Pour arriver au même stade que la plupart des gens, il faut que je me batte beaucoup et ça me prend du temps, beaucoup.

Mes séquelles sont invisibles, elles ne me gâchent pas la vie car j’ai appris à les identifier et à les canaliser. Voir, accepter, ouvrir les yeux pour guérir et aller mieux. Mais elles sont là. Comme un amputé d’une main va apprendre à écrire avec l’autre, j’ai appris à contourner mes failles, à développer d’autres points forts. Ca n’est pas facile car ça nécessite fatalement un minimum de confiance en moi, ce dont je suis très dépourvue, mais peu à peu, j’y parviens. J’ai bientôt 32 ans, et voilà presque 10 ans que je tente de me reconstruire. C’est long, ça prend du temps, mais je trouve que je m’en sors plutôt pas mal. (J’ai appris l’indulgence aussi)

Anxiété chronique, crises d’angoisse, dépression cyclique, crises de paranoïa, profond manque d’estime de soi entraînant spirales d’échecs, incapacité à se lancer, paralysie face au challenge, peur incontrôlable de rater amenant inévitablement au ratage, auto-destruction, peurs multiples, inhibitions intellectuelles, phobies d’à peu près tout, hypersensibilité, obésité, hyperhagie, la liste n’est pas exhaustive, voilà ce qui me reste de l’inceste. Voilà tout ce que j’ai à apprivoiser…

Auparavant, je luttais en niant l’évidence. Si j’allais mal, c’est parce que je n’étais pas normale, parce que j’étais mauvaise, nulle, profondément atteinte… J’ai lutté contre mes démons en niant leur existence, en refusant de les voir, parce que les voir, c’est se plaindre, et me plaindre, je n’en avais pas le droit.
Accepter ces troubles, c’était aussi accepter ma propre innocence, et donc, la culpabilité de ceux qui m’entouraient, à commencer par celle que j’aimais le plus…
J’ai failli en mourir. A force de nier, il y a comme une phénomène de réaction face à la pression, et je me suis mise dans de telles situation de danger que je m’étonne d’être encore entière. Prises de risque inconsidérées, certains m’ont dit que c’était normal, c’était l’adolescence, mais je connais peu d’ado qui se murgent la gueule tous les week-end à 15 piges, parce que personne n’est là pour les en empêcher. Je connais peu de jeunes filles qui tentent tous les jours de s’ouvrir les veines, pas pour mourir, mais dans l’espoir vain que quelqu’un viendra les sauver. Mais qui ne font que vaguement se taillader le poignet, parce qu’elles savent que si elles atteignent la putain de veine, elle crèveront, parce que personne n’est là pour les sauver, personne…

Si je suis tombée enceinte si jeune, je reste persuadée que c’était un désir inconscient pour me sauver. Je n’étais rien, j’étais toute seule, personne ne tenais à moi suffisamment pour me prendre en charge, j’avais 19 ans, j’étais toute seule depuis mes 15 ans, et les 15 années précédentes, je n’étais que le jouet docile des adultes de ma vie, à peu d’exceptions près (exceptions qui m’ont sans doute sauvée, cela dit!).

Devenir mère m’a confrontée à mes choix : sombrer, continuer le travail minutieux de destruction entamé sur moi par d’autres? Ou me relever pour de vrai, affronter les difficultés, voir la vérité pour me sauver et surtout sauver ma fille. A la naissance de mon enfant, j’avais la conviction très profonde que pour qu’elle ne vive pas mon calvaire, je devais me sacrifier, faire rempart pour qu’elle ne soit pas touchée. Ma conviction était réelle, si j’étais restée dans le déni, elle serait sans doute une victime, elle aussi, comme beaucoup d’autres enfants de victimes, qui font ou laisse faire des victimes à leur tour. Je me trompais juste sur un point, je ne me suis pas sacrifiée, j’ai contribué à rendre nos deux vies meilleures.

Bref, j’ai, peu à peu, appris à vivre avec les séquelles laissées par mon vécu. Je ne suis pas totalement guérie, mais je vais mille fois mieux. Je sais calmer mes angoisses et elles ne sont généralement qu’un petit bruit de fond un peu gênant, elles ne viennent plus m’envahir jusqu’à me rendre folle. L’estime que j’ai pour moi est remontée significativement, je n’en suis pas à trouver que je suis formidable (encore que), mais j’ai appris à m’aimer, à accepter qui je suis, et même si beaucoup de choses ne me plaisent pas, je suis globalement satisfaite de qui je suis. Et puis de toute manière je n’ai pas le choix, donc autant m’accepter!
J’ai acquis un peu de confiance… Très peu, c’est extrêmement fragile, et curieusement, depuis que je vais mieux, je n’ai jamais autant raté de choses… Peut-être parce que je tente plus et donc fatalement je rate plus… Je n’ai pas encore confiance en mes capacités, loin de là, mais je ne suis plus absolument persuadée que je vais tout rater (ce qui a ses avantages et ses inconvénients).

J’apprends à gérer mes émotions, à ne plus me faire de mal, quelque soit la manière. J’ai appris à me respecter, et je suis un peu tatillonne à ce propos, n’acceptant aucun manque de respect à mon égard, ce qui me rend très agressive (il y a toujours un revers, finalement, mais j’ai bon espoir d’arriver à gérer ça un jour), surtout avec les gens qui me sont proches. Je ne suis plus hyperphage, je suis gourmande, j’ai encore des moments de grosses angoisses qui me poussent à manger plus que de raison, mais c’est de plus en plus rare. J’apprends à me faire du bien avec la nourriture, à ne plus me détruire avec elle. Je suis toujours obèse mais j’ai bon espoir d’améliorer ce point tout en douceur.

Je suis par contre toujours sujette à la dépression, et c’est ce qui est le plus difficile à vivre. Je ne sais pas comment la combattre, je ne sais pas comment vaincre durablement cette lassitude, cette fragilité face à la contrariété (et bon, ok, les contrariétés de ma vie sont assez gigantesques), ce repli sur moi-même dès que ma vie devient trop angoissante. C’est humain, je le sais, mais je n’aime pas ça. Enfin, la dépression qui me touche actuellement est plus de l’ordre de la grosse déprime que de la réelle dépression que j’ai connu par le passé, envahissante et invasive… Je sais qu’il suffit d’un peu de soleil de du soutien de mes proches pour vaincre ce que je vis actuellement, même si c’est quand même chiant.

Je sais que mes séquelles à moi ne sont pas grand chose comparées à celles de certains. Je n’ai jamais été suicidaire, j’ai toujours aimé et cru en la vie (j’avoue avoir du mal à savoir par quel prodige…), je ne suis pas tombée dans la toxicomanie (mais j’aurais pu, je serais tombée dans l’alcoolisme si mon organisme ne supportait pas aussi mal l’alcool). Je suis un peu une rescapée, j’ai eu de la chance. Un peu comme ceux qui ont un grave accident de voiture et qui en sortent avec une jambe en moins, alors que tous les autres sont paralysés ou décédés. Ils ont eu le même accident mais ils ont eu du bol dans leur malheur… Je me sens un peu comme ça, j’ai eu du bol, ça aurait pu être pire, j’ai eu moins à accepter et combattre que d’autres, tout en ayant vécu la même horreur. Ou alors je ne suis pas très objective sur mes propres symptômes et j’oublie d’où je suis partie, c’est possible aussi.

Tout ça pour dire que je suis comme handicapée. J’ai tous mes membres en état de fonctionnement, mon corps marche à peu près bien (quoique), mon cerveau sert à peu près à quelque chose (beaucoup moins qu’avant, mais est-ce la vieillesse ou la conséquence directe d’un mal-être trop long, je ne sais pas), mais mon coeur est blessé, mes souvenirs aussi… Je vis avec des séquelles pas toujours faciles à accepter ni à dompter, et le pire étant que je ne pouvais presque pas en parler, parce que « ça ne se fait pas, « tu devrais tourner la page », « tu devrais arrêter de dramatiser » sont les mots que j’entendais à chaque fois que j’essayais, du coup j’ai longtemps arrêté. Aujourd’hui j’ai trouvé des oreilles compatissantes et bienveillantes.

J’ai aussi conscience que ma vie est jolie, je ne suis pas à plaindre, je suis en bonne santé, ma famille aussi, nous avons un toit plutôt chouette et rien qu’à nous, j’ai deux merveilleuses filles, un mari attentif qui me soutient. Ma vie ne diffère pas tellement de celle des autres, je crois… La seule différence, flagrante et difficile à vivre pour moi, c’est que je ne suis pas accomplie, je n’ai pas terminé mes études, je vais très probablement rater (ou ne pas avoir le courage de passer) mon examen à la fin de l’année, je n’ai pas d’emploi, je suis auto-entrepreneur, mais bon, c’est assez loin de mon ambition première. En soi je pourrais me dire que je suis comme tout le monde, parce qu’après tout, tout le monde n’a pas un master en poche et tout le monde n’a pas une activité professionnelle, même basique, à mi-temps et peu rémunératrice. Mais je sais qu’énormément d’obstacles m’ont empêché d’atteindre mon but en aussi peu de temps qu’il en faut aux autres.

Bref, ce n’est pas un billet de lamentations (enfin, j’espère pas), c’est plutôt une manière de dire que ce qui ne se voit pas peut exister tout de même. Que minimiser sa propre douleur ou celle des autres amène généralement à l’inverse du but souhaité. Que pour guérir, il faut identifier le mal… Difficile de soigner une blessure si on refuse de la voir, si on nie son existence.

Accepter de dire sa souffrance n’est pas un signe de faiblesse mais au contraire une preuve de sa volonté de guérir.

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62 Discussions on
“Les séquelles…”
  • Il faut aussi comprendre le mal à l’aise et parfois la lassitude des gens qui écoutent
    et ont peut-être aussi leur vécu en sourdine.
    Hormis la compassion et l’écoute attentive, y a pas trop de solution. Le vrai boulot pour « régler’ et passer à autre chose c’est la thérapie mais il faut trouver la bonne personne.

    • Oui, je comprends le mal à l’aise des gens, mais je ne me confiais pas au premier venu non plus… Mes accusations sont plutôt envers les personnes concernées qui auraient dû m’aider et m’écouter, ou des professionnels, pas forcément psy mais qui travaillaient avec des enfants et qui auraient dû prendre leurs responsabilités.
      Je ne parle pas du tout venant, de la personne croisée dans la rue ou d’une copine pas à même d’écouter… Mais d’adultes qui ont préféré fermer les yeux. Ou carrément me culpabiliser.
      Et même si on est pas capable d’écouter (je ne suis pas certaine de l’être, par exemple), on peut le dire et orienter vers des personnes adéquates plutôt que de faire taire en accusant!

      La thérapie m’a effectivement aidé, depuis bientôt 9 ans j’ai pu avancer. Les groupes de paroles aussi. Mais j’ai dû chercher de l’aide toute seule là où je suis convaincue qu’on aurait pu m’aider à en trouver… J’avais 12/15/18 ans, j’étais une enfant, et personne ne m’a écouté, soutenu, aidé, respecté… Adulte, je peux prendre mes responsabilités. Mais enfant, ado, je n’en avais pas la possibilité.

  • La lecture est remplie d’émotions. Plus j’ avançais et plus je me disais mais non faites que ce ne soit pas ça. Hélas le mot est tombé; l’inceste…Tu le décris avec beaucoup de courage, de recul aussi et je trouve que c’est tout à ton honneur, quel chemin parcouru ! Une preuve encore que tu es certainement une personne riche et belle, comme le laisse transparaitre ton blog. Heureuse de te suivre ici et là, courage pour toutes ces souffrances même si elles sont mieux domptées aujourd’hui…Pourquoi ne pas intégrer une asso pour aider à ton tour, partager, et là je suis sure que tu serais encore plus accomplie. Biensure ce ne sont que des mots, mais ça m’est venue comme une révélation, surement parce que j’ai subie des attouchements ados de la part d’un père ivre ne différenciait plus ma chaire d’une autre…Merci pour ton message et que souhaiter si ce n’est un bonheur accompli auprès de ceux que tu aimes et qui t’aimes.

    • Merci Coralie! J’ai déjà fait partie d’une association, mais je n’allais pas assez bien, j’étais trop fragile pour assumer la souffrance des autres en plus de la mienne… Je ne sais pas si j’en serais plus capable aujourd’hui, à vrai dire ça me fait un peu peur! Je suis un peu une éponge (comme plein de gens), j’absorbe facilement le mal-être des autres… Je préfère me protéger en fait, c’est sans doute égoïste, mais dans un sens, je ne suis pas sûre qu’être un absorbeur à émotions aide ceux qui sont en face de moi… 🙂

  • oh que non! ton billet n est pas un billet de lamentations! J’ai des blessures, que j enfuis aussi, mais à côté des tiennes, elles me semblent si dérisoires !
    Je crois que tu vas faire beaucoup de bien à celles qui n osent pas parler, et qui se retrouveront un peu,voire pour certaines, beaucoup, dans ce que tu as écrit
    Car on a beau être entourées, on reste un peu seules face à ce qui nous a blessées profondément !D’autant que ça se réveille brusquement, m^me à des périodes de joie! ou pire ça gâche la vie au quotidien 🙁 Et il est difficile de parler encore et encore de ce qui fait mal ! D’où ce sentiment de “solitude” au fond de soi, qui peut aussi mener à l a déprime, à la dépression! je pense Mais tu te bats contre la déprime actuelle et je ne peux te souhaiter qu un maximum de soleil dans ton quotidien Pour non pas oublier, car ça c est impossible! mais illuminer ce qu il y a de plus beau dans ta vie, et mettre ainsi un peu dans l ombre ce qui fait mal 🙂

  • Quel « beau » billet!
    Enfin beau, pas dans le sens esthétique, hein…
    Je me retrouve en ce que tu écris…la grossesse jeune (22 pour moi), des études de droits inachevées…un boulot qui n’est pas celui dont je révais…ma petite famille formidable (mon mari, mes 3 filles et mon chat Gunther 😉 )
    A cela près que j’ai eu la chance de porter plainte et de voir la procédure aboutir….enfin bon, ça ne m’a pas apporté la sérénité escomptée.
    Pas facile de se construire en tant que mère, en tant qu’individu, en tant que femme: une lutte de tous les jours.
    Ton post me donne envie de dire mille choses mais tellement brouillon.
    Merci à toi d’avoir mis des mots, d’avoir partager cela avec nous…J’avoue ne pas avoir le courage(?) d’en parler autour de moi!
    Enfin bref…

    Et merci pour ton blog, j’adore le ton que tu emploies!

  • Un article qui donne envie de te connaitre… Parce que whaouuuu. Tellement sincère, tellement simple, tellement vrai, tellement courageux.
    Tu as beaucoup de recul sur toi même et ça, c’est une vraie force !!

  • Je suis d’accord avec Marie mon-nid, quel courage ! Pour t’en sortir « aussi bien » il a vraiment fallu que tu sois forte ! Ne perd pas confiance en toi, ton mari et tes enfants t’aiment (et certainement d’autres personnes aussi) et te soutiennent, c’est beau ! Et je suis sûre qu’avec cette force que tu as, si tu la sent, tu peux arriver loin dans ce que tu veux faire. Courage, ne perd pas espoir, nous ne sommes que des « fans » de ton blog, mais nous sommes aussi là pour t’encourager et te soutenir même si notre voix n’est pas aussi forte que celle de ton mari et tes enfants 🙂

  • Quel billet…
    Quel caractère, quel courage…
    Quelle dignité dans la façon d’aborder les moments les plus sombres de ta vie…
    Tu as eu le courage de parler : c’est tellement important !
    Je tenais simplement à te dire à quel point tu peux être fière du chemin que tu as parcouru, dans ta reconstruction. Comment, tu n’es « que » auto-entrepreneur ? Non, tu es auto-entrepreneur, à la tête d’un joli blog, une jeune femme (& maman !) dynamique qui va de l’avant. Effectivement, tu as certains nuages de pluie qui reviennent parfois, mais tu cherches manifestement toujours la façon d’aller vers le beau temps. Je pense que tu as beaucoup de force en toi. Elle te suivra toujours, j’en suis persuadée.

  • le mal peut nous ronger de l’intérieur, difficile de chasser ses démons et passer à autres choses, parfois le mal intérieur est plus difficile à panser que celui de l’extérieur, enfi tout dépend quoi.je suis bien consciente que les personnes extérieures, ton entourage, peuvent t’aider au quotidien à avoir confiance en toi, je sais qu’il est facile de mettre une carapace mais elle ne dure pas longtemps.Le travail sur soi est en général très compliqué et surtout long, mais te décourage pas, tu es une battante, tu y arriveras!! je t’embrasse!

  • Tu es une fille incroyable, si si !! Ton billet est très bien écrit et émouvant. Au delà de ton vécu, cela m’interpelle sur la souffrance que chacun peut ressentir à des moments de sa vie, parce que ça ne va pas comme on l’aurait imaginé… grosse déprime, manque de confiance en soi, peurs…. mais à nous il ne nous est pas arrivé la même histoire qu’à toi, et tu as l’air si forte ! Une vraie leçon de vie 🙂
    Des bisous

  • Eh bien. Ce qui m’a le plus choquée dans ton message, ce sont les propos qu’on a pu te tenir, des trucs comme « tu devrais tourner la page » ou « faut dédramatiser ». Je ne comprends pas qu’on puisse dire ça dans une situation pareille. Je crois aussi qu’il faut parler, au contraire, comme un abcès qu’on doit ponctionner, pour qu’il se vide, qu’il cicatrise. Je n’ai pas vécu ce que tu as vécu, j’avais « juste » une mère qui ne m’aimait pas, « point » ; mais bon, je crois qu’il ne faut pas chercher à hiérarchiser les douleurs, on vit ce qu’on vit et on le ressent comme on le ressent ; j’ai moi aussi joué avec le morceau de verre dans le creux du poignet, je joue moi aussi avec la nourriture depuis que je suis gamine, cette compagne rassurante toujours là quand j’ai besoin, qui me remplit de ce dont j’ai manqué.
    Mais j’ai fait six ans de thérapie analytique avec une psychologue, qui m’ont vraiment sauvée d’une manière que je ne pensais pas possible. Sans aucun médoc, juste mettre des mots, séance après séance ; comprendre, remonter le fil, sortir les choses, pleurer fort, s’observer, aller plus loin, juste avec des mots. Juste des mots, et c’est dingue le pouvoir d’un tel travail qui paraît si « abstrait », théorique.
    Tu te reconstruis d’une manière admirable, à ton rythme ; et tu as la lucidité de regarder le chemin que tu as fait, ce que tu as surmonté, ce que tu as transformé en positif ; c’est beaucoup. Il y a du chemin encore, sûrement, comme pour tout le monde ; mais la vache, bravo. Pour ce qu’il reste à gravir, je dirais que peu importe le temps que cela prend, peu importe le résultat final, du moment que tu te sens bien dans ce que tu fais et ce que tu es (je tilte au passage sur le fait d’être auto-entrepreneur, ce que je suis également ;)).
    Courage !! malgré les épreuves que tu as endurées, tes lignes respirent la confiance, la positivité, la foi, tes lignes témoignent du fruit de tes efforts, de la force et de la volonté dont tu sembles capable pour te reconstruire 🙂

  • Alors ce n’est absolument pas mais alors pas du tout, un billet de lamentations!! Et je m’énerverai contre le 1er qui oserai le dire!! Les gens qui disent « tourne la page » « arrête de dramatiser » ou « arrête de te plaindre » sont souvent ceux qui n’ont jamais souffert et ne connaissent pas les démons aveugles, qui hantent nos vies..
    J’ai eu, ai encore parfois les mêmes « symptômes » que toi, mais pour des raisons bien différentes et je dirai moins graves (même si pour moi, c’est douloureux)

    Tu as raison, il faut parler et accepter le fait que l’on aille mal, c’est la moitié de la guérison. Même si cela est loin d’être facile!!
    Même, si tu as du monde autour de toi, si tu as besoin d’une autre oreille je serais à ton écoute. Je suis peut-être jeune, mais je peux comprendre énormément de chose (à cause ou grâce à ma vie..)

    PS: je suis tellement admirative de ton parcours. Tu es un véritable modèle!

  • Comment peux-tu dire que tu as eu du bol? Même s’il y a toujours pire que soi, tu n’as pas eu de chance, loin de là. Mais tu as eu la force d’avancer, de te reconstruire comme tu as pu et ça personne ne pourra te le retirer.
    Bravo pour ton témoignage plein de courage.

    • Non, je me suis mal exprimée sans doute… Je n’ai pas eu de chance, loin de là, et mon vécu est abominable… Je trouve juste qu’en comparaison à d’autres victimes, je m’en sors plutôt pas mal… Certains s’en sortent mieux, d’autres plus mal, mais je trouve globalement que je m’en sors bien au vu de ce que j’ai vécu. Jamais je ne minimiserai mon vécu, plus jamais du moins, je sais combien le tabou et la négation de la gravité peuvent être dévastateurs…

      Merci pour tes gentils mots! 🙂

  • Ton article me donne envie de te prendre dans mes bras.

    Tu es forte, courageuse, admirable. Tu peux être drôlement fière de toi. De ton parcours, de la façon dont tu as su rebondir… et de cet article qui sonne si juste et si vrai.

    A très vite,

  • Un grand bravo pour ton courage..
    J’ai connu la maltraitance physique et morale (pas l’inceste mais les coups et les humiliations quotidiennes) et je sais que j’en garde de grandes séquelles aussi.
    J’espère aussi avoir un jour la force de m’exprimer avec autant de courage que toi dessus..

    Merci.

  • Un petit mot pour te dire que chaque oreille ici, t entends et souffre de comprendre ce qui t es arrive. Oui, cela fait peine même a entendre et des gens ont préféré s’épargner l’empathie. Mais je veux croire que dorénavant, tu trouveras des personnes dignes d’humanité qui sauront t’écouter et partager ton malheur, assez pour qu’il se dissolve juste infiniment peu, mais assez pour continuer. Tu as mon soutien inconditionnel.

  • Un immense bravo, pour cette partie de livre ouvert sur ta vie
    Une remise en question énorme et ce n’est pas donné à tout le monde de le faire aussi bien.
    Bravo pour cette force, ce courage, cette volonté de guérir
    Et merci

  • Marre de ces gens qui disent: ce n’est rien! Et non, c’est grave, gravissime, même… On ne parle pas d’un petit bobo, là!

    Tes séquelles sont lourdes à porter, à combler.

    Moi, je dis « chapeau bas », car tu as fait un sacré bout de chemin.

    • En fait, c’est principalement des gens de mon entourage proche… Des gens de la famille, des amis intimes de mon agresseur ou de ma mère… Des gens que je ne vois plus aujourd’hui, que j’ai fuit ou qui m’ont tourné le dos.
      Dans la « vraie vie », heureusement, les gens prennent quand même assez au sérieux ce genre de propos et j’ai été plus encouragée dans ma démarche de plainte pénale, notamment, que l’inverse… 🙂

  • Je ne sais pas si tu as écris en pensant à ce que j’avais dit sur les plaintes mais comme je te l’ai dit en commentaires, ce genre de billet n’a rien à voir avec ceux dont je parlais… oui écrire c’est se libérer et c’est nécessaire parfois, souvent… quelle que soit la forme de parole utilisée, elle est bénéfique… continue à le faire si ça te fais du bien… bisous et tu vas y arriver…

    • Non, ne t’en fais pas, ce billet n’a rien à voir avec le tien! J’ai lu ta réponse d’ailleurs, et je sais que tu ne parlais pas de ce genre de choses! 🙂
      J’en parle parce que ça me « travaille » depuis quelques temps, je vis une période pas super marrante, entre procès qui s’éternise, révélations diverses et crise familiale… Et puis ma fille a l’âge que j’avais quand j’ai parlé, et je crois que ça remue pas mal de trucs aussi…
      Enfin, rassure toi, rien à voir avec toi! 🙂

  • Depuis ta tendre enfance, tu es une belle personne ; et je suis toujours là.

    Cependant, je suis désolé d’apprendre qu’à tes yeux, je ne suis personne :

    « J’avais 12/15/18 ans, j’étais une enfant, et personne ne m’a écouté, soutenu, aidé, respecté… »

    J’ai peut être loupé mon rôle de Tonton !?!

    • Loin de là! Tu as toujours été là pour moi, mais je ne l’ai malheureusement pas toujours su…
      Quand je parle des exceptions, tu en fais partie, tu es même l’exception essentielle. Toi, tata, les enfants, vous m’avez montre que le monde est beau, que la vie peut être jolie, que l’amour existe, que les bons parents existent…
      Je pense que mon espoir, que mon goût de la vie vient de toi…
      Je suis désolée d’avoir pu laisser entendre le contraire dans ce billet, je pense tout l’inverse.
      Malheureusement, quand j’avais 15/16 ans, les conflits entre toi et ma mère m’ont éloigné de toi, c’est une période assez floue, j’ai du mal à comprendre pourquoi je me suis éloignée, mais le fait est que je me suis retrouvée toute seule, vraiment isolée (tu n’étais peut-être même pas au courant!), et si j’ai toujours su et le sais encore, que je pouvais compter sur toi, je crois qu’à cette période, j’avais bien trop honte/étais bien trop perdue pour me tourner vers vous…

      Ce n’est pas un hasard si tu m’as conduit à l’autel le jour de mon mariage, tu es l’une des personnes les plus importantes de ma vie, mais je n’ai jamais su comment te le dire…

      « j’avais 19 ans, j’étais toute seule depuis mes 15 ans, et les 15 années précédentes, je n’étais que le jouet docile des adultes de ma vie, à peu d’exceptions près (exceptions qui m’ont sans doute sauvée, cela dit!). » <-- L'exception c'est toi...

  • NON, ton billet n’est pas de « lamentations », seulement une volonté de faire connaître la belle personne que tu es et as toujours été (dixit Tonton), malgré tous ceux qui ont voulu la faire taire…
    Je te souhaite d’obtenir rapidement gain de cause (peu importe la somme, il s’agit de reconnaissance des dommages qui t’ont été infligés) et surtout je te souhaite de continuer à (re)construire celle que tu es pour ne plus laisser de place (ou le moins possible) aux nuages et à la paralysie qui peuvent t’empêcher d’avancer.

    Tu es encore à l’aurore 😉 de ta vie (pour moi la trentaine est le plus bel âge de réalisation pour une femme), enjoy it and go on !!! <3

  • Personnellement ce post me donne de l’optimisme. On peut surmonter les épreuves mêmes les plus terribles si l’on trouve une personne qui nous écoute, nous aime, si on garde en soi le gout de la vie. Mais il reste un sentiment de solitude difficile à combler. Personnellement c’est lorsque mes filles sont nées que l’absence de ma mère à mes côtés (pour des raisons différentes des tiennes) m’a le plus touchée. Les parents c’est important même quand on est adulte et lorsqu’ils ont commis l’irréparable, ou même lorsqu’ils ont été simplement défaillants, incapables de subvenir à nos besoins affectifs, ça laisse une sorte de faille à vie. Mon oncle appelle ça « son puits sans fond qu’il n’arrive pas à combler ».
    Je comprends cette angoisse, cette anxiété dont tu parles, comme si on ne pouvait jamais atteindre le pallier de la sécurité affective parfaite sans se poser de questions. C’est très fatigant.

  • Je viens de connaitre ton blog par un lien ,je l’ai beaucoup lu , bien sûr je me suis arrêtée plus spécialement sur ce post qui décrit ce que j’appellerais un drame immense !! et je suis impressionnée par ta résilience , tu as su te reconstruire, c’est magnifique!!
    au delà de la souffrance , tu aimes et tu es aimée par tes 2 filles ton mari, ta maman!
    Je te souhaite un bel avenir , tu seras sans aucun doute une trés bonne avocate!!
    Bises!!

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