Jeune & Jolie [Critique ciné]

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Appréciant généralement les films de François Ozon, j’attendais avec impatience la sortie de son nouveau film, « Jeune & Jolie », même si le thème me faisait un peu peur.
J’ai adoré « Swimming pool », l’ambiance bouillante contrastant avec l’élégance glacée de Charlotte Rampling. J’ai vraiment aimé « 8 femmes », ce huis-clos d’actrices fabuleuses, ce thriller musical n’ayant pas son pareil…

J’attendais peut-être trop de « Jeune & jolie »… L’histoire d’une jeune fille de 17 ans découvrant la sexualité et décidant de se prostituer dans la foulée. Une jeune fille issue d’un milieu privilégié, ne manquant de rien, choisissant de devenir une pute de luxe… Sans que personne ne comprenne réellement pourquoi.
La beauté fraîche d’une jeune fille qui se fane avant même d’exister.

Une drôle d’histoire. Un drôle de film…

Soyons clairs, j’ai détesté!
Les images, bien trop belles, bien trop lisses, bien trop parfaites, m’ont mise extrêmement mal à l’aise.
Ozon est un bon réalisateur, il sait capter la lumière et les belles choses. Il sait rendre son personnage principal absolument sublime et magnétique. Le film est beau, magnifique, même… Et c’est le clivage entre cette beauté fascinante et le sujet traité qui dérange.

La prostitution des jeunes femmes, ce serait donc ça? Une jeune fille qui subi sa vie, sa « première fois » tout comme les fois suivantes… Isabelle, comme Léa, son double, sont des femmes soumises, qui ne choisissent pas, qui se laissent porter vers le pire… Isabelle est-elle le reflet d’une jeunesse cynique et désespérée? Ses agissements rejoignent, dans une certaine mesure, ceux de ses amis, totalement débauchés dans leur quartier de luxe.

J’ai plutôt l’impression que François Ozon a filmé son fantasme : que toutes les femmes souhaitent se prostituer (ce que Charlotte Rampling, en apparition quasi divine, sous-entend), et que les plus belles le fassent.
Ce qu’il projette est totalement glauque…

J’ai trouvé ce film aveuglant de misogynie… Tous les personnages apportent d’ailleurs leur lot de clichés, que ce soit Isabelle/Léa, en soumise perdue, sa mère, qui se dit dégoûtée par « le vice en elle », son beau-père qui la trouve coupable d’être trop belle…
Le seul qui sauve un peu ce monde en perdition, c’est Victor, le petit frère, aussi beau et magnétique que sa grande soeur, mais plus raisonnable, plus ancrée dans la réalité de son enfance…

En bref, j’ai détesté ce film… Je l’ai trouvé visuellement trop beau, filmé avec élégance et précision… Mais traitant d’un sujet beaucoup trop grave et gênant pour être évoqué avec autant de nonchalance et d’ambivalence.
Je suis ressortie du film totalement déprimée… Ce qui n’est pas un gage de bon film, selon moi (chacun ses critères, après tout!).

Je mets la note de 3/10. Les points étant uniquement attribués à la perfection visuelle de la mise en scène et au jeu des acteurs, tous excellents.

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9 Discussions on
“Jeune & Jolie [Critique ciné]”
  • Je l’ai vu hier et je n’y ai pas du tout vu la même chose que toi, comme quoi… Lire l’interview d’hier dans Libé de François Ozon sur ces fameux propos un peu transformés d’ailleurs… Isabelle n’est pas du tout soumise au contraire…

    • Je trouve qu’elle l’est dans sa manière d’agir.
      Elle accepte sans broncher que son premier amant la baise n’importe comment.
      Elle accepte d’être traitée comme une pute sans jamais de rebeller…

      Le film aurait ou soutenir la thèse d’une sorte de libération sexuelle de cette jeune fille dans la prostitution…
      Mais elle ne m’a jamais semblé actrice de sa situation. Elle la subit, portée par les hommes qui ont un regard lubrique sur elle.

      C’est mon interprétation, évidement, mais ça m’a mise très mal à l’aise!
      Par ailleurs, le film est sublime de mélancolie et d’esthétisme… Mais sans but aucun…

      • Coucou
        Précision préalable : je n’ai pas vu le film

        Je réagis à ton « elle accepte qu’il la baise n’importe comment ». Mais je me permets de te demander si une femme / jeune fille a le droit ou non d’être traitée en femme soumise (lors des rapports sexuels et justement a le droit d’être baisée « n’importe comment » ?

        • Ha nan mais là c’est pas qu’il la maltraité c’est qu’il la prend un peu comme si elle était pas là… Et elle elle subi ça sans broncher, alors que ça ne lui plait vraisemblablement pas.
          Qu’une nana ait envie d’être baisee n’importe comment ne me pose aucun souci si c’est un choix! Ce n’était pas moralisateur comme jugement… C’est juste super triste que l’héroïne naît pas assez de respect pour elle-même pour exprimer ses besoins/envies…

          Enfin je crois que j’ai projeté trop de trucs dans ce film. En tant que femme (baiser n’importe comment, je fais, mais toujours dans les limites de ce que je juge acceptable pour moi! Jamais je ne laisserai qui que ce soit me faire ou me faire faire un truc que j’ai pas envie, sur l’instant ou toujours… (Sauf si j’y suis contrainte sous la violence mais là ça s’appelle un viol, et c’est inacceptable…)

          Enfin, va voir le film, tu comprendras peut-être ce que je veux dire! 😉

  • Perso, j’ai été rebutée d’office par les propos tenu sur le « désir des femmes à se prostituer ». Peut-être ont-ils été déformés mais quoiqu’il en soit hors de question de payer pour voir ce film !

    • Ça a en effet dû être déformé… Mais j’ai pas mal ressenti ça dans le film, non pas comme un fantasme de femme mais comme le fantasme du réalisateur… (Ça n’est peut-être pas le cas mais est ce que j’ai ressenti)

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