Tourner la page

Sans titre 18 ans.
8 ans de doute, d’angoisse, de peur.
8 ans en suspens.

Lundi, j’ai appelé mon avocate, comme tous les 2/3 mois depuis le rendu du jugement, il y a plus d’un an. De guerre lasse, j’attendais qu’elle me dise, comme d’habitude, que l’huissier n’avait encore rien pu faire, que l’avocat de la partie adverse souhaitait encore négocier un étalement de la dette, que ça n’était pas encore pour tout de suite…

8 ans de combat.
8 ans suspendus à la justice.

Lundi, mon avocate m’a dit, en une seule phrase, très rapide, que l’argent était à la CARPA, qu’elle me faisait un courrier rapidement pour m’en préciser le montant exact et la marche à suivre pour récupérer cet argent.
Mon souffle s’est arrêté quelques secondes, je lui ai demandé de répéter, je n’y croyais pas… Je n’y croyais plus depuis un moment… Il a fini par payer. Il a fini par se plier aux exigences de la justice. Je l’ai obligé à réparer symboliquement ce qu’il m’a fait…

8 ans de procédure.
8 ans…

J’ai raccroché, et j’ai fondu en larmes, de gros sanglots incontrôlables. Les sanglots du soulagement intense après un combat interminable et difficile. Les sanglots du dégoût, pas de réparation sans crime, sans victime… Les sanglots de la pression qui retombe enfin, après 8 ans…

J’ai pleuré pendant une bonne heure, sans pouvoir me calmer… Comme une cocotte minute qui évacue toute la vapeur accumulée depuis des années… Et ensuite, je me suis sentie bien, comme jamais auparavant.

Je me suis sentie libérée d’un poids énorme, et j’ai compris pourquoi ce combat en valait la peine, malgré la douleur, les difficultés, la lenteur inhumaine… Ce sentiment de liberté, de voir enfin la vie sans voile, de lever les yeux et de ne plus voir ce nuage sombre me suivre partout.

Il a été condamné, à presque rien, mais il a fini par payer. La petite fille que j’ai été est enfin reconnue dans sa souffrance, c’est inestimable.

J’ai douté, chaque jour pendant 8 ans, de l’intérêt de cette démarche… Et aujourd’hui, je me remercie de l’avoir mené jusqu’au bout, de m’être fait ce cadeau que je reçois aujourd’hui, ce sentiment de m’appartenir enfin, totalement…
Cet argent qu’il a payé, ce presque rien, c’est l’enfance qu’il m’a volé et qu’il a été obligé de me rendre.

Je ne sais pas ce que j’en ferai quand il sera sur mon compte… Je ne sais même pas si je veux cet argent. Le simple fait de savoir qu’il a payé me suffit à respirer à nouveau pleinement.
Je n’ai plus peur, je ne doute plus. Je suis fière et victorieuse.

J’ai survécu… Et à partir d’aujourd’hui, je vais pouvoir vivre, pleinement.

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