Mon corps, mes droits. Mon intimité, mon consentement.

Cela fait quelques jours que je pense à ce billet, sans savoir trop comment le tourner.
J’ai vu passer des informations très dérangeantes la semaine dernière, concernant cette pratique apparemment répandue et largement niée qu’est le toucher vaginal sur patientes endormies.
En quoi cela consiste t’il? Les étudiants en médecine « profitent » d’une anesthésie générale d’une patiente (ou d’un patient, lorsqu’il s’agit d’un toucher rectal, mais il semble que la pratique soit moins répandue étant donné  qu’un médecin fera à priori plus de touchers vaginaux dans l’exercice de sa profession que de touchers rectaux) afin de s’exercer sur elle au toucher vaginal.
En soi, la pratique ne me choque pas en ce sens que les médecins doivent apprendre leur travail et ils ne peuvent le faire que sur des êtres humains… Même si à mon avis un toucher vaginal à quand même de plus grandes chances d’être effectué correctement si la patiente est éveillée et qu’elle peut donc exprimer une éventuelle douleur.

Ce qui me révulse, en revanche, c’est que cette pratique à lieu à l’insu de la patiente. A aucun moment son consentement ne lui est demandé pour la pratique en question. On profite de son anesthésie afin de se passer de son avis. Révoltant? On ne peut plus! Illégal? Evidemment! Et même criminel si on en croit la définition du code pénal concernant la pratique qui s’avère être un viol…
Pénétration sexuelle sans consentement = viol.

J’ai commencé à entendre parler de cette pratique il y a quelques mois sur les réseaux sociaux. Notamment le blog d’un médecin qui relatait avoir été témoin de ce genre de faits durant son internat. La pratique m’a paru tellement choquante que je n’ai pas voulu y croire. Son cas était forcément une exception. Cette pratique ne pouvait pas être banalisée comme ile le prétendait.

La semaine dernière j’ai suivi l’affaire et j’ai lu quelques articles qui m’ont donné la nausée.
Les responsables médicaux nient, pour la plupart, l’existence ou du moins la persistance de cette pratique qu’ils affirment révolues (la plupart admet donc qu’elle a existé). D’autres lancent une petite phrase lourde de sous-entendus et validant au contraire la persistance de cette pratique moyen-âgeuse, dégradante et scandaleuse…
Sur le consentement, l’une lance « mais si on leur demande, les patientes pourraient refuser! », sous entendu, passons nous de leur avis, pas de risque d’avoir un non! Un autre parle de pudibonderie, comme si cette pratique était finalement banale et normale et qu’il ne faudrait peut être pas voir le mal là où il n’existe pas… Un autre exprime son dédain en affirmant qu’en mettant les pieds dans un hôpital universitaire, les patients savent que ces pratiques leur seront imposées sans leur demander leur avis, induit par le passage de la porte d’entrée. Ces propos, aussi vomitifs soient-il, sont néanmoins des aveux, la pratique existe bel et bien.

Sans titre 10

Cette pratique dégradante et humiliante sous entendant que le corps d’une femme ne lui appartient pas tout à fait. On peut bien se passer du consentement si c’est pour l’avancée de la médecine.
Alors que le consentement, justement, fait passer un acte criminel et répréhensible en acte normal de l’apprentissage d’un jeune médecin. Demander son avis aux patientes. Leur permettre de dire oui ou non. Et accepter que leur corps n’appartient qu’à elles et qu’elles sont seules à décider qui va en disposer, que ce soit pour le bien de la science ou non.

Au delà de l’aspect purement dégoutant de l’idée que le consentement d’un être humain pour envahir son corps est superflu, c’est la question même de l’exercice de la médecine dans notre pays qui est remis en cause, et la façon dont est apprise cette discipline. Est-ce bien judicieux, dès les premières années de pratique d’un étudiant en médecine, de lui apprendre que le corps humain n’est qu’un outil d’apprentissage, sans prendre en compte le patient qui se cache derrière?

La question également du traitement du corps de la femme, par la médecine d’aujourd’hui et à plus grande échelle par la société. Une femme a droit, dans sa vie, à de nombreux actes médicaux invasifs ou intimes qu’un homme ne connaitra que très exceptionnellement. La contraception, sujet intime et féminin par excellence, est l’apanage exclusif des femmes, avec, malheureusement, toutes les entraves à leur droit sur le sujet… Une femme risquera de connaître l’IVG, et avec tous les risques d’irrespect de son corps et de son intégrité que cela comporte. Une femme, dans la majorité des cas, mettra au monde des enfants, avec, là encore, tout ce que cela implique d’actes invasifs inutiles (le toucher vaginal en fait partie), de désinformation (combien de femmes reçoivent une information éclairée concernant leur accouchement? Les risques de la péridurale?) de négation de leurs choix dans une situation pourtant tellement naturelle et dont elles devraient être pleinement maîtresses.

Bref, au delà du seul acte déjà terriblement honteux du toucher vaginal sur patientes endormies (et surtout sans consentement) se cachent de nombreuses problématiques qui touchent chaque femme.

Vous trouverez les textes, bien mieux présentés, dans cet article sur les Vendredis intellos résumant très bien la situation.
Et je vous invite à signer la pétition afin de vous indigner contre cette pratique nauséabonde et qui n’a plus lieux d’exister aujourd’hui.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous aimerez aussi :

31 Commentaires sur
“Mon corps, mes droits. Mon intimité, mon consentement.”
    • Ben, je ne pense pas « qu’on laisse faire », le souci c’est que c’est une pratique très « confidentielle », de ce fait peu de gens sont au courant, alors qui pour la dénoncer?
      Et non je pense que ça choque la plupart des médecins (du moins j’espère), mais pas tous, et c’est cette minorité qui fait du mal à la profession entière…

  • Je rejoins ta manière de penser! Je suis choquée par ce que j’ai lu dans ces articles où l’on parle des ces pratiques! Ces actes devraient être punis par la loi mais comment savoir qu’ils ont été commis! Trop de non dit et de secret de la part du corps médical!
    Il faut que ça bouge!

    • Punis par la Loi, théoriquement ils le sont (tout acte médicale nécessite un consentement éclairé du patient). En pratique, qui sanctionner? Le jeune médecin étudiant qui a accepté de pratiquer l’examen ou celui qui a donné l’ordre?
      Déjà, mettre en lumière cette pratique (et d’autres, je pense au « point du mari », qui même s’il était très isolé, était tout de même pratiqué et c’est une honte!), exprimer en tant que patient(e)s notre profond désaccord, cela devrait permettre de faire disparaître totalement cette pratique qui n’a pas lieu d’être…

  • Oh! Mon dieu, moi qui a eu des opération il y a quelques années quand j’étais adolescente et surtout le touchée vaginale, c’est monstrueux de faire ça, moi je suis toujours vierge et imaginer que on peut faire ça et gâcher la croyance et le désir de contrôler son corps par des médecins en quête de connaissance sans penser a la personne humaine. J’ai envie de vomir et refuse que une opération se transforme en cauchemar.

    • Oui… Après j’espère que c’est une pratique qui reste isolée et qu’on ne doit pas toutes craindre y avoir eu « droit »…
      Mais ça me tenait à cœur de la dénoncer. Notre corps, nos convictions, ça nous appartient!

  • J’ai beaucoup d’amis en médecine, et ils m’ont raconté comment 7 ou 8 étudiants pouvaient pratiquer un toucher rectal à un patient endormi… Je trouve ça affreux! Et je suppose que même si quelqu’un accepte qu’un étudiant se forme, il ne souhaite pas que toute la classe le fasse avec un seul et même patient!

  • C’est hallucinant cette pratique. C’est n’importe quoi de profiter du sommeil d’un patient pour pratiquer celui-là! Font-ils d’autres gestes sur les patients pendant leur sommeil? Ausculter la gorge, les yeux, les oreilles, palper l’abdomen, les ganglions ou que sais-je? Je ne pense pas! Le fait de justifier ce viol par « apprendre à le pratiquer » est à mes yeux une fausse excuse, ils ont toutes les possibilités de le faire au quotidien avec de vraies patients réveillés. J’étais suivie dans une maternité où il y a avait des étudiantes et forcément j’avais deux fois ce geste au lieu d’une, et l’étudiante me le demandait avant comme le veut la loi, je ne m’y opposais pas dans un souci d’apprentissage pour elle. Elle débrieffait ensuite avec la sage femme si elles avaient les mêmes conclusions suite au geste pratiqué et souvent la sage femme re corrigeait sa perception. Donc je ne vois pas en quoi faire cela sur un patient endormi peut apprendre quoi que ce soit… ça me choque et malheureusement je ne vois pas comment on peut empêcher ce geste qui est pratiqué de manière cachée.

    • Comme toi, j’ai du mal à percevoir le côté éducatif de ce geste sur un patient endormi (si ce n’est dans la pure pratique de la chirurgie, vérifier que tel acte a été fait correctement ou que sais-je…).
      Et comme tu dis, il me semble qu’il y a bien assez de patientes évéillées pour s’entrainer! La plupart donnant leur consentement (j’en fais partie)

  • Comme toi, j’ai suivi cette affaire avec beaucoup d’attention. Avant que cette pratique ne soit dévoilée, j’en avais déjà entendu parler de la part connaissances faisant des études de médecine ou dans le secteur médical. Au delà du fait que cette pratique soit dégradante et qu’elle soit une violation pure et simple du droit du patient, ce qui m’a le plus choqué c’est l’attitude des étudiants à qui j’ai pu parler. J’ai été confrontée à un réel manque de respect pour les patients et leur corps avec comme argument le fait que « s’ils sont sur une table d’opération c’est parce qu’ils y sont obligés et que s’ils veulent continuer à être soignés correctement, il faut bien que les jeunes apprennent ». La notion de consentement n’entrait même pas en ligne de compte pour eux étant donné que le patient n’est pas contient, c’est comme si ça n’avait jamais existé pour lui… Une pratique gagnant-gagnant à les entendre. Et effectivement, il n’est pas rare que la pratique soit effectuée « à la chaine » par des étudiants qui n’ont absolument rien à faire dans une salle d’opération étant donné que leur spécialité n’est pas celle dont il est question pour le patient anesthésié.
    Je signe bien entendu la pétition car cette pratique m’indigne.

  • Coucou !!

    Perso j’ai déjà refusé qu’un étudiant me fasse le toucher vaginal, car pendant ma grossesse moult étudiants ont pratiqué ce toucher sur ma foufoune et un, une fois m’a fait mal donc quand il a dû recommencer j’ai gentiment dit que j’aimerais en finir car ce n’est vraiment pas une partie de plaisir. J’ai horreur de ça, je me crispe et tout !!! L’interne comme l’étudiant ont très bien compris :)

    Et oui, je trouve révoltant qu’on puisse le faire quand nous sommes endormies !!!!

  • c’est sur que c’est vraiment révoltant et franchement j espère que c est pas si courant . J ai aussi été géner pendant ces touchés surtout devant les étudiants .
    Mais j ai une question concernant ce que tu voulais dire sur le non respect du corps lors de L IVG ?Excuse moi je vois pas le rapport ici . Tu pourrais m expliquer ce que tu voulais dire . merci en tout cas .

    • J’espère aussi que ça n’est pas si courant.
      Pour le rapport avec le corps maltraité durant l’IVG c’est que j’ai lu pas mal de témoignages de femmes y ayant eu revoies et ayant été traitée avec beaucoup d’irrespect, sans anesthésie pour certaines, elles rapportent que les médecins ont voulu leur faire mal pour « pas qu’elles recommencent » selon leur terme.
      Pour moi le rapport est dans le manque de respect et la femme traitée indignement pas les médecins.
      Mais si je suis hors sujet je ne me vexerais pas! :-)

      • merci pour ta réponse . Mais je pense que cette étape pour certaine est très différentes pour chaque de nous . J’ai du passer par là un moment dans ma vie et tres tres franchement j’ai été très bien acceullie et je n’ai pas eu de mal physique ( peut etre plus psychologiquement mais rien à voir avec les médécins qu’ont été vraiment adorables avec moi ) Je n’ai à aucun moment senti du non respet de mon corps voir même plutot du respect et de la compassion pour ce choix si difficile . .je te parle juste de mon expérience et si l’on ne l’a pas vécu personnellement je pense qu »il ne vaut mieux pas en parler , avec mon respect les plus sincère pour tes articles que j’aime beaucoup . Sincèrement .

        • Merci beaucoup pour ton témoignage positif sur cette épreuve. C’est rassurant!
          Je crois au contraire qu’on devrait en parler, même si on n’y a pas eu recours on est toutes concernées, jamais à l’abri du avoir recours à l’avenir. Et ma phrase aussi malheureuse soit elle (et je suis désolée si je t’ai blessé) à permis de te faire laisser ce témoignage positif.

          Pour ma part je n’ai pas fait divg mais j’ai récemment pris une pilule du lendemain (ans succès mais c’est une autre histoire) et m’en suis pris plein la tronche par le médecin qui me l’a prescrite.
          Évidemment ça n’a rien à voir, mais certains médecins manquent de tact et font bcp de mal…

  • Coucou ! Ma belle sœur est en dernière année de médecine et c’est elle qui m’en avait informé… Elle avait également été choquée mais les médecins responsables lui ont répondu que les patients étaient pris en charge dans un hôpital universitaire et qu’ils devaient donc bien s’attendre! Bref c’est scandaleux et à priori assez répandu vu les dernières actualités.

  • Cela me fait penser à la pratique du « point du mari » qui consiste à recoudre plus serré le vagin après l’accouchement. Les médecins se permettent des choses que l’institution leur autorise. Ils ont l’impression d’être tout puissant et le système universitaire et médical les place dans cette position. Heureusement qu’il y a quelques personnes pour s’insurger. Pendant mon hospitalisation pour ma grossesse, j’ai commencé par accepter les actes médicaux des étudiants (je suis prof aussi, je ne me voyais pas refuser) mais il y en a une qui m’a franchement fait mal et quand je lui ai dit, d’après elle, c’était normal. Je lui ai demandé direct d’arrêter et je n’ai plus accepté. Le respect de mon ressenti me paraissait essentiel, pas à elle et c’est dommage !

    • Ça m’a également fait penser à cette pratique oui!
      J’espère que cela reste des cas isoles mais au vu des témoignages, pas tant que ça.
      De toute manière il y a effectivement un problème dans l’institution médicale qui permet à nombre de ses membres de se montrer très irrespectueux avec les patients, souvent vulnérables, même sans parler des actes graves comme ceux de mon article.

  • quoi ??? je suis écœurée et abasourdie par ce que je viens de lire ! je partage complètement ton avis. Je trouve ça dégradant,, sommes nous donc qu’un morceau de bidoche face au corps médical ? c’est vraiment de l’irrespect au plus haut point.

  • Je n’avais jamais entendu parler de cette pratique et franchement ça fait peur de se dire qu’ils puissent faire ça sans qu’on le sache… Qu’est-ce qu’ils peuvent faire d’autre ? Mais où va le monde des fois !

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.


+ cinq = neuf