« Tu as de la chance! »

Ces derniers jours, j’ai été chiante. Je le sais, j’en ai conscience, mais me plaindre de ma condition de grosse femme enceinte qui attend son Pépin avec toute la patience qui me caractérise, ça m’a permis de me défouler (et accessoirement d’éviter que mon mari parte habiter chez un ami).
Les réactions ont été compréhensives pour la plupart (et je vous remercie parce que j’ai pourtant du mal à me supporter moi-même!). Et une personne m’a dit, sans aucune animosité, avec gentillesse « Tu as de la chance de vivre ces moments! »

Alors que tous les « Mais il viendra quand il sera prêt! », « Patiente encore un peu » ou encore « T’es trop pressée » me donnaient des envies d’arracher des ailes de bébés libellules (tout dans la mesure et l’équilibre!), cette petite phrase a eu un effet boeuf et toute mon impatience, ma colère illégitime et toutes les émotions contradictoires et violentes que je ressentais alors se sont évanouies comme par enchantement.

J’ai effectivement une chance inouïe de vivre ces moments. Et même si j’ai le droit de me plaindre et de trouver le temps long (se plaindre d’un truc banal n’empêche pas de ressentir une immense compassion pour ceux qui souffrent pour de vrai et ne leur enlève pas leur douleur…), j’ai aussi le droit de réaliser la chance que j’ai.

J’attends un adorable Petit Pépin (enfin il a intérêt à être adorable!), mon quatrième bébé. J’ai eu la chance infinie de mener quatre grossesses à terme, avec des bébés en bonne santé à la clé. Noisette était fragile et a dû être hospitalisée en urgence, ça n’a franchement pas été de la chance, et je n’ai pas réussi à m’octroyer de me plaindre de cette situation tant j’ai trouvé qu’on avait de la chance qu’elle aille finalement bien. Sauf que cet épisode m’a laissé des traces indélébiles et aurait peut-être été plus facile à digérer si j’avais accepté d’admettre que cette épreuve était difficile, angoissante et injuste, même si l’issue a été heureuse.

J’ai mené cette quatrième grossesse en gardant en mémoire que malgré le bonheur que je ressentais, je vivais aussi une situation hors du commun, extrêmement fatigante et éprouvante tant physiquement que moralement. Et que j’avais donc le droit de trouver que j’étais chanceuse mais aussi de me plaindre de ne pas vivre les événements de ma vie comme je l’aurais souhaité…

Et encore, peut-on vraiment dire que je me plains? Je râle beaucoup, énormément, c’est ma façon à moi d’exorciser mes angoisses, mes craintes, ma colère. Je râle. Mais en réalité je me plains rarement justement parce que j’ai conscience, malgré tout, d’avoir de la chance.

J’attends mon Pépin avec impatience, alors qu’il lui reste plus de deux semaines avant terme. Si je réfléchis 5 minutes, je suis tellement heureuse qu’il patiente un peu, lui, qu’il se peaufine, qu’il se fasse beau, chaque jour passé à l’intérieur est un jour où il peut grossir un peu plus et terminer la maturation de ses organes.
Mais voilà, les angoisses sont parfois totalement irrationnelles, et pour moi, c’est plus facile de dire « J’en ai marre, il va quand se décider, le petit enquiquineur » que d’admettre qu’en réalité j’ai peur pour lui. J’ai peur que mon corps soit fait pour 38 semaines de grossesse et pas une de plus. J’ai peur d’avoir un liquide amniotique qui pourri et d’empoisonner mon bébé. Ou qu’il s’étrangle avec son cordon ombilical devenu trop grand passé un certain stade. Ce sont des peurs complètement stupides, irrationnelles et stériles, alors je les chasse en râlant, ça m’évite de réfléchir!

Râler parce que ce petit bébé prend le temps qu’il lui faut (et il a bien raison! Et il est loin d’être en retard pour autant!) c’est ne pas penser à cette organisation qui me panique. Comment va t’on faire avec deux bébés, une petite fille et une adolescente? Comment va t’on gérer le quotidien?
Si je commence à penser aux nuits blanches qui nous attendent, aux seins douloureux d’allaiter un bébé glouton, à la fatigue, aux sautes d’humeur, au ventre flasque qui va tomber sur mes genoux (oui l’image est particulièrement ragoutante!), aux cernes, au chamboulement que cela va créer dans notre famille… Je panique totalement et je n’ai plus du tout envie qu’il naisse, ce Petit Pépin.
Alors un peu comme on saute dans une piscine d’eau trop froide avant d’avoir eu le temps de réfléchir, j’aimerais qu’il naisse vite vite et qu’on soit plongés dans l’eau glacée avant d’avoir pu se dire « euh, non, je sauterai un autre jour! »

C’est ma façon à moi de fonctionner et je peux comprendre que cela ait tendance à heurter ceux pour qui tout ne se passe pas si bien. Et j’ai honte de paniquer comme ça. J’ai honte de râler autant, mais ça me fait du bien.
Et ça n’empêche pas d’avoir conscience de ma chance et de m’apaiser à cette idée.

Il faut juste que je ne réfléchisse pas trop et que je trouve le moyen de me calmer afin de savourer ces derniers moments de ma probable dernière grossesse.

Le rapport entre vernis et naissance imminente? Je me suis peinturluré les ORTEILS!! (Comprenne qui pourra! ^^ )

Le rapport entre vernis et naissance imminente? Je me suis peinturluré les ORTEILS!! (Comprenne qui pourra! ^^ )

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10 Discussions on
“« Tu as de la chance! »”
  • je comprends très bien ce que tu vis : il y a un an j’ai eu une grossesse surprise a 43 ans avec déjà 4 enfants… J’ai été suivie comme une petite chose fragile et a 2 semaines du terme, tout compte fait tout va bien et on laisse les choses se faire avec un terme prévu le 25 décembre et une potentielle cesa a la clé… J’ai été déprimée pendant 10 jours… Et j’ai pleuré… Beaucoup et souvent… Alors je compatis… Mais ces jours d’attente m’ont permis de souffler avant le tourbillon de couches, de lessive et de nuits trop courtes… Et il faut profiter de cette grossesse comme si c’était la dernière !
    Des bisous

  • Râle ça fait du bien ! (et au risque de paraître sexiste: c’est féminin !)
    Oui tu as de la chance, mais bon, si on ne se concentrait que toujours sur le côté positif, sans se laisser le temps de râler (un peu beaucoup) sur les désagréments, on péterait un câble (ou on serait insipide au choix).

    La colère et l’énervement sont deux moyens très humains de réagir au stress (je fais pareil).
    Sinon… une sortie aux thermes (pas trop loin de la mater) pour te changer les idées ?
    Tant qu’à se transformer en baleine, autant en profiter jusqu’au bout 😉

    A demain (quoi, comment ça je pars du principe qu’on lira la suite demain ?).

  • Tout pareil ici que la fin de ton billet, encore une fois. À mon terme actuel mes aînés étaient nés et je m’inquiète pour bébé pour les mêmes raisons irrationnelles que toi. Et pareil pour l’organisation et la piscine. Et puis bon, à un moment il faut y aller quoi ! Putain J-4 quoi !!! Courage ! Ils vont bien finir par sortir nos Tanguy !

  • Mais tu as parfaitement le droit de râler, d’en avoir marre et d’avoir peur! C’est quand même pas rien ce qu’il t’arrive et non tout ça ce n’est pas QUE du bonheur. C’est aussi beaucoup d’autres sentiments mélangés au bonheur, et le’mieux (à mon avis) c’est de ne pas le nier! Même si essayer de se concentrer sur le positif aide à faire passer la pilule parfois 😉

  • Moi aussi j’avais comme toi toutes ces peurs irrationnelles de fin de grossesse, et c’était vraiment pénible … j’avais peur que son coeur s’arrête, peur qu’il s’étouffe avec son cordon, peur d’avoir une fuite de liquide amniotique et de ne pas m’en rendre compte … Bref, la flippe totale ! Et je me disais que quand elles seraient là, je pourrais mieux les surveiller (débile, quand on y pense ^^ mais ne pas pouvoir les voir ou les toucher, ça m’angoissait à fond). Don,c je comprends totalement et le ras-le-bol et la chance de vivre ces moments quand même incroyables 🙂

    • Pareil pour la poche des eaux! On est concons des fois quand même! ^^
      Quand ils sont là l’inquiétude continue et on en arrive parfois à se dire (ça a été mon cas pour noisette) « à l’intérieur elle allait bien, je n’avais pas peut de me tromper, elle ne risquait rien » rhalalala!

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