Treize [Chronique Livre]

Je ne lis plus très souvent, à mon grand regret… Manque de temps, surtout… Je ne sais pas lire un livre « normalement », je ne sais que dévorer les livres qui me plaisent ou commencer et snober les livres auxquels je n’accroche pas… Je peux difficilement prendre le risque de me plonger dans un bouquin qui va me plaire et que je vais engloutir à la moindre minute libre, laissant en vrac tout le reste…

J’ai tout de même pris le risque avec le premier roman d’Aurore Bègue, Treize, dont la quatrième de couverture m’a tout de suite donné envie…

Sans titre 9

L’histoire: Alice, une jeune fille de treize ans, part en vacances avec ses parents et sa soeur aînée dans le sud de la France, pour y passer l’été. Avec sa vision acérée de la vie et du monde qui l’entoure, elle décrit les relations qu’elle entretient avec les membres de sa famille, les attitudes des adultes, des autres adolescents, les changements de son corps et de celui de sa soeur. Sur une trame de fond dramatique et tendue.

Dès les premières pages, on est plongé dans une ambiance très particulière… A la fois tendue, un peu âcre, légèrement oppressante… Alors que le cadre est plutôt inoffensif, dans une jolie maison méditerranéenne, sur le bord de la mer, alors que les protagonistes semblent également plutôt innocents, une jeune fille de treize ans qui plonge soudainement dans le monde délicat de l’adolescence, une belle jeune fille de seize ans qui vit ses premiers émois amoureux, un couple de parents fragiles mais présents, quelques amis jeunes ou moins jeunes… Pourtant, l’ambiance est immédiatement tendue car on sait dès le premier chapitre que la narratrice nous raconte l’histoire d’un drame…

J’ai tout de suite accroché et j’ai fini le livre en quelques heures. L’ambiance doucereuse de l’été marin se mêle aux tensions apportées par l’inéluctabilité du drame et le regard acerbe de la jeune narratrice… Les images qui me sont venues avaient l’aspect patiné des films à la « Plein soleil » ou « Swimming-pool », une ambiance lourde sous un aspect serein…

L’âge indéterminé de la narratrice qui raconte le souvenir le plus douloureux de ses treize ans apporte un éclairage mûr et plein de recul tout en gardant l’authenticité de son regard d’antan… L’intelligence et la lucidité de la jeune fille se mêlent à son immaturité et sa naïveté… Elle est parfois caustique et souvent emportée par un tourbillon d’émotions dû aux premiers émois du corps et du coeur.

Ce roman est à la fois touchant et tragique… Les portraits brossés sont profonds et psychologiquement très construits… Au delà de l’histoire prenante, c’est le côté philosophique qui m’a beaucoup plu…
Que reste t-il de nos treize ans? Quels sont les événements fondateurs de notre vie d’adulte? Les drames, les émois, les émotions fortes qui ont construits celui ou celle que nous sommes devenus? Quels parents sommes nous? Sommes nous capables de voir les changements majeurs de la vie de nos enfants?

J’ai été particulièrement marquée par le personnage de la mère et de la jeune Alice…
La mère parce que je me suis retrouvée dans ses sautes d’humeur, sa mélancolie, ses accès de colère injustifiés… Et cela m’a fait très sérieusement réfléchir sur l’impact que peuvent avoir certains de mes comportements sur l’avenir de mes enfants… On a parfois tendance à se dire qu’ils ne relèveront pas certaines failles et c’est une profonde erreur…
La jeune Alice car j’ai retrouvé la jeune fille que j’étais dans sa façon de se sentir mal dans sa peau et d’être toujours en décalage dans le monde dans lequel elle vit… Et bien sûr j’ai reconnu ma Mouflette dans sa façon d’appréhender son nouveau corps, sa nouvelle vie d’adulte en devenir…

Je vous conseille cette lecture sensible, parfaite pour une petite remise en question et idéale à lire en vacances au vu de l’ambiance ensoleillée!

*****

Pour aller un peu plus loin dans la compréhension et la découverte de ce beau premier roman, j’ai eu la chance d’interviewer son auteure, Aurore Bègue, dont la plume délicate est précise et juste…

Aurore, comment t’est venue l’idée de ce roman et le thème sensible de l’adolescence?

L’adolescence est une période sur laquelle j’ai toujours aimé écrire. Parce que c’est un âge intense, où les choses sont souvent douloureuses et en même temps où tout est possible… Sinon difficile de dire comment l’idée de cette histoire est née très exactement dans mon esprit. C’était une nouvelle à la base, et puis je m’étais attachée au personnage d’Alice, donc j’ai eu envie de développer.

La jeune Alice est un personnage très riche, à la fois singulière et représentant une sorte d’universalité de l’adolescente… T’es-tu inspirée de ta propre jeunesse?

Plus ou moins. Le roman n’est pas du tout autobiographique, mais il y a quand même un peu de moi dans Alice et j’avais presque le même âge qu’elle en 1992.
Je me suis inspirée aussi de la ville balnéaire où je passais tous mes étés gamine, pour le décor .

Est-ce que la proximité du narrateur avec ta propre vie est une aide au réalisme du récit?

Forcément c’est plus facile d’écrire sur ce que l’on connaît un peu. Encore une fois c’est une fiction mais comme j’écris du réaliste, il faut que je m’appuie aussi sur des lieux/sensations/désirs/souvenirs connus ou familiers.

Le personnage de la mère d’Alice et Marie est particulièrement bouleversant, la définirais-tu comme un élément clé du roman et de son issue?

Elle n’est pas le personnage principal mais oui elle est importante, dans la structure familiale, et du coup dans le roman. Il n’y a pas énormément de personnages donc oui, le sien est tout de même primordial. (Mais je ne dirais pas qu’elle est un élément clé de l’issue du roman, par contre)

La description des lieux et des scènes est quasiment « photographique », le décor léger contraste avec l’ambiance tendue, un peu comme dans les films de Ozon… Cet univers t’a t’il demandé un effort de construction ou t’es venu « naturellement »?

C’est plutôt venu naturellement. Je n’ai pas forcément l’impression d’avoir fait ce que tu décris. Je ne suis pas le genre de personne qui fait des plans super détaillés des futurs chapitres ou de la structure de l’histoire. Je connaissais juste à peu près la fin quand je l’ai commencé (je savais qu’il y aurait un drame, mais pas encore exactement lequel).
En fait je voulais que ce roman représente une sorte de récit initiatique, un été important, où Alice expérimente plein de première fois : Premiers désirs sexuels, premier amour, première déception, première trahison, premier deuil.
Globalement dans l’écriture je suis un peu obsédée par les « moments où tout bascule » dans une vie. Les moment où tout dérape sans que l’on ne comprenne comment/pourquoi. Et le thème de la culpabilité, aussi. Tout ça se retrouve dans ce roman. (Et puis après il y a aussi les fois où le récit t’échappe un peu et prend des détours que tu n’avais pas prévu.)

Pourquoi ce titre, « Treize »? Comme l’âge d’Alice mais également comme un chiffre porte-malheur…

C’est pareil, ça n’ a pas été super réfléchi, c’est venu naturellement, je crois. Oui à la base c’était simplement parce que c’est l’âge d’Alice. Ce n’est que plus tard que j’ai pensé au chiffre en lui même, au fait qu’il peut porter chance comme malchance.
Et ça résonne donc avec le drame qu’il y a dans le roman.

Quelles sont tes inspirations littéraires? Un livre qui t’a particulièrement marqué et qui a influencé l’écrivaine que tu es devenue?

Je suis fan de Joyce Carol Oates, une écrivain américaine qui a du écrire une centaine de romans. Et plus récemment Laura Kasischke. Leurs romans sont souvent des romans basés sur la psychologie des personnages, les relations humaines, les failles et les noirceurs des gens, les moments où une existence calme vole en éclats…C’est ce qui me parle et m’intrigue dans la littérature. Comme ce sont des auteurs que j’ai beaucoup lu, elles ont forcément influencé mon écriture. Surtout J.C Oates.

Pour termine, que voudrais-tu dire afin de donner envie à ceux qui liront cet article de découvrir ton roman?

Si vous avez déjà été adolescent (et encore plus si vous avez été adolescente dans les années 90 !) l’histoire de Treize devrait vous parler.

 

Un grand merci à Aurore Bègue pour s’être prêté avec sincérité au jeu de l’interview!
Je vous encourage vivement à lire son livre, vrai et touchant.

Treize – Aurore Bègue – Editions Rue Fromentin – 16€

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