Quelque part entre le Bac et le Brevet…

Chaque année, c’est pareil, durant la période des examens du Bac, on en entend parler partout, quel était le sujet de philo? Serait-on encore capable de disserter? Heureusement que cette période est loin derrière nous, ouf… Soulagement pour certains, nostalgie pour d’autres.
Ce moment revêt une importance différente pour moi cette année, car ma fille va très bientôt passer le Brevet.
Ma fille qui avait un an à peine quand j’ai obtenu mon Bac et qui passe son Brevet la semaine prochaine… Vous voyez le truc? Je n’ose même pas imaginer mon émotion dans trois ans, quand ma toute petite chipie adorée passera elle-même le Bac…

Pour moi, c’était il y a 14 ans. Cet examen revêt une symbolique très particulière pour moi… Ce n’était pas seulement un examen que l’on passe pour valider ses acquis scolaires… Ni seulement un sésame pour les études supérieures. Le Bac, pour moi, c’était un challenge, une clé, une preuve.
Avais-je eu raison, un an plus tôt, de tout plaquer pour reprendre mes études? Etait-ce bien sérieux de s’asseoir sur les bancs du lycée avec un petit bébé à peine sorti du nid? Avais-je les capacités de réussir cet examen dont je me faisais une montagne?

Je n’ai jamais été une bonne élève… Du moins si, brillante en primaire, j’ai perdu mes lettres de noblesse en poussant la porte du collège et j’ai tout simplement déserté le lycée dès la première. Le Bac, je l’ai passé alors, et je l’ai lamentablement foiré. Preuve s’il en fallait encore de ma stupidité et de mon inutilité.

Et je suis tombée enceinte. Et ma fille est née. Et j’ai quitté son père. Et il a bien fallu que je fasse quelque chose de ma vie.
Alors, poussée par mes anciens rêves de Barreau et de Code Civil, et motivée par l’envie de montrer à ma fille que les secondes chances sont une réalité, j’ai foncé. Je me suis inscrite dans le plus joli lycée de la ville où je venais d’emménager, en terminale, dans l’espoir de décrocher ce diplôme indispensable.

Il ne m’est pas arrivé souvent de savoir que je faisais le bon choix, mais cette fois là, c’était une évidence.
Je me suis mangée un certain nombre de réflexions et de jugements. Mais j’étais tellement sûre de moi que chaque critique ne venait que renforcer ma motivation.

J’en ai eu des doutes. J’en ai versé des larmes… Parce qu’il ne faut pas croire, quand je suis arrivée en terminale, après un décrochage scolaire en fin de seconde, je ne faisais pas la maline… Mes résultats étaient aussi pitoyables que mes connaissances dans chacune des matières enseignées. J’étais nulle, n’ayons pas peur des mots.
Je suis partie de loin, mais j’ai eu la chance d’avoir autour de moi des professeurs et des élèves qui me donnaient le sentiment de croire en moi. Ils m’encourageaient, me motivaient, me rassuraient. Paris ne s’est pas faite en un jour, et j’ai encore 9 mois avant de passer le bac!

Ma fille grandissait, la situation était difficilement gérable à la maison, entre un divorce très compliqué, une petite fille perturbée et une maman qui ne l’était pas moins…
Mais je me suis accrochée. Je m’imaginais 15 ans plus tard, ma fille me toisant et m’annonçant qu’elle arrêtait les études, et je me voyais sans argument… L’un de mes principaux moteur, pouvoir lui dire « Ma fille, je me suis battue pour que tu aies une maman diplômée, alors t’es gentille, tu vas à l’école et que ça saute! »

On y est, 15 ans plus tard… Et c’est avec beaucoup d’émotions que je me souviens de cette période, des difficultés, des espoirs, de l’angoisse envahissante de tout rater. Ma fébrilité à l’attente des résultats, l’anxiolytique que ma mère m’a fait avaler parce qu’elle n’en pouvait plus de me voir sauter partout comme une puce en me morfondant sur mon échec… C’était évident que je l’avais raté, le Bac, comment cela pouvait-il être autrement?
Et je me souviens encore de sa voix, devant les panneaux où je cherchais frénétiquement mon nom, sans succès…

« Mouflette, dis à maman qu’elle a eu son Bac! »

Sans titre 30

Et de mes pleurs de joie, des câlins faits à ma fille, la serrer si fort qu’elle doit encore sentir mon étreinte!
Putain je l’ai eu, le Bac…
J’allais pouvoir lui crier très fort, 15 ans plus tard, d’avoir son brevet avec mention!
J’allais pouvoir l’enquiquiner en lui disant que les études, c’est important « et regarde, moi j’ai tel diplôme! »
J’allais pouvoir être un exemple pour ma fille, lui montrer qu’on ne doit jamais baisser les bras et croire en ses rêves!
J’allais pouvoir lui dire que je l’aime tellement que j’ai pris des décisions folles pour elle, et qu’au lieu de devenir caissière chez Auchan, j’ai passé le bac pour lui offrir une vie meilleure.

Aujourd’hui, j’ai 4 diplômes de plus, un master de droit et des Dalloz qui traînent un peu partout dans mon bureau (même s’ils ne servent qu’à décorer).
Elle a 14 ans de plus, je peux la regarder droit dans les yeux et lui dire que rien ne lui résistera… Si elle m’a donné une telle force pour me battre, c’est qu’elle doit en avoir un sacré paquet en stock!

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