Rien n’est jamais la faute de la victime!

Parfois, on sait un truc, mais on n’arrive pas à mettre le doigt dessus ni à l’expliquer… On ressent profondément une injustice, par exemple, mais on n’arrive pas à intellectualiser pourquoi.
C’est ainsi par exemple que, depuis toute petite, un truc me dérange quand j’entends des petites phrases comme « elle l’avait bien cherché » ou « il a manqué de prudence tout de même! » lorsqu’une personne est victime d’une agression ou d’un mauvais comportement. Ce processus humain d’auto-défense est très bien expliqué dans ce billet du blog « Dans mon tiroir » qui m’inspire cet article aujourd’hui.
Ce qui me dérange le plus dans ces petites phrases ravageuses, c’est la légitimisation du coupable.

sans-titre-1

Ayant été victime dans l’enfance, j’ai un peu eu à faire à ce genre de phrases. Disons qu’il est difficile de dire qu’une petite fille de 4 ou 7 ans est responsable d’une agression sexuelle… Mais les gens trouvent quand même une astuce! « Elle a le diable au corps! » ou « Les petits à qui il arrive ce genre de choses, ce sont toujours les mêmes! » Sous-entendu, j’étais quand même un peu responsable, je suis née avec le vice, rien n’arrive par hasard. Sous entendu, l’agresseur n’a pas pu résister, mais le pauvre, il faut le comprendre, on a quand même une authentique scélérate sous les yeux!
C’est rassurant pour ceux qui profèrent ces clichés, ça leur donne le sentiment que leurs enfants à eux sont protégés, qu’ils le sont eux-même, puisqu »ils adoptent la bonne attitude.

J’ai d’ailleurs grandi avec cette idée que j’avais un problème, que j’avais un vice en moi et que les hommes ne pouvaient refréner leurs pulsions face à moi… Le fait d’avoir été agressée par deux hommes différents et d’avoir été abandonnée et moralement maltraitée par mon père a bien aidé… J’ai ainsi porté les faits sous ma responsabilité, j’ai grandi en pensant que s’il m’était arrivé malheur, puis, plus tard, si les hommes me sifflaient dans la rue, si des copains insistaient pour avoir une relation sexuelle avec moi, c’est parce que j’avais un problème, qu’ils sentaient qu’ils étaient autorisés à le faire parce que J’ETAIS une mauvaise fille, intrinsèquement. J’ai compris bien plus tard qu’en réalité, une très grande majorité des femmes (pour ne pas dire toutes?) ont subi des comportements désagréables et que cela n’était pas de leur ressort, ni du mien… (8 ans de psychothérapie pour en arriver à ce constat, hein, quand même…)

C’est d’ailleurs, à mon sens, tout le noeud du problème. A force de culpabiliser les victimes, on légitime les agresseurs, les vrais coupables.

A force d’entendre, partout, tout le temps « Mais comment t’étais habillée? En mini-jupe? Mais pas étonnant qu’il t’ait mis la main aux fesses/ t’ait insulté/ ait essayé de te violé/ t’ai violé », on entérine le fait que la victime aurait pu éviter ce qui lui est arrivé, en s’habillant autrement, en se promenant à un autre endroit ou à un autre moment… Alors qu’en réalité, la victime ne pouvait strictement rien faire pour éviter son agression… La seule personne qui aurait pu éviter l’agression, c’est l’agresseur! En ne se sentant pas autorisé à agresser, par exemple.

Si au lieu de dire « Han, mais tu te promenais seule sur les bords de la Garonne/Seine à 6h du matin? Mais t’es folle!! » on se mettait à penser de manière inverse « Putain, mais d’où un gars t’a agressé alors que tu faisais tranquillement ton footing? » Si au lieu de réprimander la victime, on mettait toute son énergie à être en colère contre l’agresseur, peut-être que, petit à petit, les choses iraient mieux. Tout du moins, les victimes arrêteraient de se sentir coupables et cela enlèverait déjà un peu à leur fardeau, ce qui est déjà un point essentiel méritant de faire l’effort!

Je reste néanmoins persuadée qu’à force d’entendre des « elle l’avait bien cherché/il a fait preuve d’imprudence/non mais elle a pris des risques », les gens se sentent autorisés à commettre des mauvaises actions.
Si je vois un sac grand ouvert devant moi, le portefeuille à portée de main, dans la logique populaire, le propriétaire du sac commet une grave imprudence, j’ai donc RAISON de me servir! Limite, si je ne piquais pas le portefeuille, cela ferait de moi quelqu’un qui ne sait pas saisir les opportunités… La victime a bien cherché à ce que je lui vole, quand même! Et quand il ira se plaindre qu’il lui manque son portefeuille, tout le monde lui expliquera qu’il aurait dû mieux surveiller ses affaires… La victime a tort, le coupable a raison.

Je suis actuellement prise d’un gros cas de conscience avec ma fille aînée. Elle a 15 ans, comme beaucoup de jeunes filles de son âge, elle en parait facilement 5 de plus certains jours. Elle est jolie, elle est jeune, elle aime s’habiller comme une jeune fille, avec des shorts, des jupes, des robes, des pantalons et des baskets à la mode. Chaque matin et chaque soir, elle prend le métro et elle se promène dans la rue.
Je connais le monde tel qu’il est aujourd’hui, les dangers, plus que jamais… Et je lui donne des conseils pour éviter de se mettre en danger. Ne jamais rentrer dans une rame vide, ne pas trainer dans les petites ruelles, ne pas répondre quand un inconnu l’accoste. Paradoxalement, je me refuse à lui interdire de porter tel ou tel vêtement parce que « c’est risqué » et je lui tiens un discours très clair sur les victimes, ça n’est JAMAIS de leur faute… Quelle que soit leur itinéraire, l’heure du jour ou de la nuit, leur tenue vestimentaire… Le seul coupable d’une agression, c’est l’agresseur… Et rien ne minimisera sa culpabilité, et rien ne justifiera ses actes.
J’ai quand même conscience de lui porter un discours un peu contradictoire… D’un côté, lui donnant des conseils pour éviter une agression et de l’autre, des explications sur son innocence en toutes circonstances.

J’essaye d’illustrer mes propos parfois… Si une bombe explose dans le quartier, peu importe que l’on ait bu, que l’on soit en maillot de bain dehors, qu’il soit 3 heures du matin ou que l’on soit dans une petite rue sombre… Si cette bombe explose et nous avec, on est INNOCENTS! Les seuls coupables de cette explosion, ce sont ceux qui ont posé la bombe. Et ils l’auraient de toute manière posé, peu importe la tenue vestimentaire des victimes, l’heure, l’endroit…

J’estime que c’est pareil pour les victimes d’agressions… Personne ne peut leur en vouloir de s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Personne ne peut leur dire qu’elles auraient pu éviter l’agression en faisant ci ou ça… On peut simplement se demander ce qui a motivé, chez l’agresseur, un tel comportement, comment aurait-il pu l’éviter? Pourquoi en est-il arrivé là? Comment éviter qu’il recommence?

Et recueillir la victime en tant que telle, la soutenir, l’écouter, l’épauler, la réconforter. Sans en rajouter une couche.

Je me rends bien compte que c’est un gros effort intellectuel à fournir. Moi-même, très consciente de cette problématique, il m’arrive de penser « oui mais quand même, elle n’aurait pas dû agir comme ça! », c’est par exemple ce que j’ai pensé quand une collègue de Mii s’est fait tabasser en refusant de lâcher son sac à main « je l’aurais lâché moi! » Sauf qu’en réalité, d’une, j’en sais rien si j’aurais lâché le sac ou non… De deux, quand bien même, elle n’est fautive de rien! Elle a essayé de se défendre, de protéger un bien auquel elle tient, en quoi est-elle responsable des actes d’un abruti qui voulait lui voler son sac? En rien…
J’ai grandi dans une société qui met systématiquement la faute sur la victime, j’ai intégré malgré moi ces petites phrases assassines et elles ressortent presque à chaque fois dans mon esprit. J’ai appris à les balayer et à me recentrer sur la culpabilité de l’agresseur. Mouflette, à qui on a tenu des propos plus ouverts et bienveillants, a intégré que la victime est toujours innocente. Son schéma a elle est différent du mien.

Je suis convaincue que l’on peut tous apprendre à faire taire cette petite voix qui nous pousse à blâmer la victime et recentrer le débat sur le coupable.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous aimerez aussi :

33 Discussions on
“Rien n’est jamais la faute de la victime!”
  • Très joli texte et tellement vrai…
    On ne peut savoir comment on va réagir dans telle ou telle situation mais je crois que tu as la bonne attitude face à ta grande. Lui expliquer les choses sans pour autant la plonger dans l’angoisse ou la peur.
    Lui donner les clés pour qu’elle sache se protéger dans ce monde qui peut être parfois hostile.
    Bravo pour ton courage et cette jolie leçon de vie.
    Belle journée

  • Bonjour,
    Comme toujours, tu trouves les mots justes. Lorsque ma fille s’est fait agressé, même certaine personne de la famille ont trouvé qu’elle avait du le « chercher » ! C’était fou!
    Lors de la réunion de rentrée des sixième, en septembre, la CPE à tout de même dit: il ne faut pas que vos enfants sortent leurs téléphones, car cela pourrait attirer la jalousie et ils risqueraient de ce les faire voler. Les autres parents étaient d’accord. J’étais la seule à trouver cela « bizarre  » comme propos. Donc, on peut prendre/ se servir de tout ce qui nous fait envie ….Je pensais qu’il fallait mieux apprendre à nos enfants à ne pas voler, et être respectueux des affaires des autres…
    Qu’en penses tu?

    • Je pense comme toi… J’ai le sentiment que les mauvais actes sont dépersonnalisés… Ils sont commis « comme ça », par « on ne sait qui », il faut « les éviter »… Comme si c’était un accident ou une malédiction… Alors qu’il s’agit bien d’un acte humain répondant à un choix… Choix qu’il faut délégitimiser!
      Je pense aussi que dire « faites attention à vos affaires, ne créez pas de jalousie » c’est légitimer les voleurs… Et décrédibiliser les victimes!
      Le monde à l’envers…

      • Dans les bus de la RATP, c’est carrément écrit « votre téléphone peut faire des envieux, soyez prudents ». Après, c’est peut être une façon de limiter l’usage du téléphone en donnant une motivation suffisante à son propriétaire (et idem au collège/lycée), je ne sais pas…

  • Texte très juste et bien écrit (comme d’habitude). Effectivement, on se retrouve dans des situations qui peuvent sembler paradoxales tant la société nous habitue à culpabiliser les comportements des personnes agressées. On se dit, je vais pas tenter le diable quand même (il a bon dos le diable), c’est humain, on essaie de se protéger là où il nous semble qu’il y a du danger. Mais d’un autre côté, c’est très très très très très important de laisser tout le monde (notamment les filles) s’habiller comme il veut. Parce que en entretenant cette croyance STUPIDE que de s’habiller d’une certaine manière pourrait être de quelque façon une circonstance atténuante à une agression, on entretient également une forme de « légitimité » à ces comportements. Je t’invite à lire de très bons articles à ce propos tiré du site Madmoizelle http://www.madmoizelle.com/je-veux-comprendre-culture-du-viol-123377 sur la culture du viol et http://www.madmoizelle.com/college-montaigne-temoignages-culture-viol-365059 des témoignages sur la présence (l’omniprésence) de la culture du viol dans les écoles.

  • Tu as raison, on a trop tendance à dire « il/elle n’aurait pas du faire ci ou ça » quand un drame arrive. Puis, pour ma part, j’essaie de me dire que c’est le mektoub, que ça devait arriver, que peut-être, ça a évité quelque chose de pire encore ou était nécessaire à la construction de la personnalité de la victime. Tu sais, comme si l’Univers avait un plan pour chacun d’entre nous. Mais c’est peut-être juste pour donner un sens, me rassurer.
    Pour le moment, mon homme refuse que notre fille traîne dans la rue. Bon, elle n’a pas encore 11 ans, mais comme elle est en 6ème, elle se sent grande et voudrait pouvoir rentrer seule. Malheureusement pour elle, je suis disponible pour venir la récupérer.
    Sinon, dans le parc derrière chez moi, il y a quelques temps, un vélo a été abandonné. Il est resté au milieu du parc 4 jours sans que personne n’y touche. Puis quelqu’un l’a mis en évidence à l’entrée du parc, bien posé contre un petit plot en béton. 1 semaine s’est écoulée avant qu’il disparaisse. Il était là et personne n’a eu envie de partir avec.

    Depuis que ma BFF s’est fait volé dans son sac à main posé à ses pieds au ciné, je garde le mien sur moi …
    Au Quick aussi, on a tenté de volé dans son sac accroché à une chaise, un jour où j’étais avec elle. J’ai donné un grand coup sur le sac en apercevant la main à l’intérieur. Bref, on devient vigilants… un peu comme ce message anxiogène qui est diffusé à la gare de l’aéroport charles de Gaulle « Soyons vigilants tous ensemble » … le genre de message qui te fait signaler un colis suspect pour un oui ou un non tous les jours.

    • Le mektoub pour moi, c’est le pot de fleurs qui va te tomber sur la tête, le métro qui se referme devant ton nez, c’est l’accident, l’incident, l’imprévu regrettable… En cas d’agression, ce n’est pas le destin le fautif mais bel et bien l’agresseur! Ce n’est le destin de personne de sortir de chez lui et agresser quelqu’un, c’est une mauvaise action résultant d’un choix conscient (sauf rares exceptions pathologiques)

      Marrant pour le vélo! Etonnant comme parfois, un truc reste là des semaines alors qu’on peut se faire voler un vélo en deux secondes en le laissant en bas de chez soi… C’est fou! A croire que la volonté réelle porte plus sur le vol que sur l’objet!

        • 😉
          Mais je comprends ce que tu veux dire dans le sens où la victime, elle, n’y est pour rien, et c’est peut-être « le destin » qui la met ELLE sur le chemin de l’agresseur…
          Mais j’avoue que le destin est une notion qui me parle peu… Disons qu’à mon sens, on peut, tous ensemble, faire changer les mentalités et éviter que l’agression soit légitimée, donc, éviter l’agression, tout curt… (je sais pas si je suis claire?)

  • J’avais apprécié le billet-bd de « dans mon tiroir », j’apprécie tes mots. Et effectivement, vouloir nous rassurer et croire à tout prix à un monde juste, nous fait trop souvent enfoncer des victimes toujours innocentes. .. Merci à toutes les 2, d’avoir mis les mots sur les conséquences dévastatrices pour les victimes ….

  • Merci pour ton si beau texte. Qui me touche, qui m’a fait monter la boule dans la gorge. La même que toi. Mes enfants sont encore jeunes, mais la peur et la culpabilité est toujours présente, au point d’en avoir fait une dépression quand j’ai appris que j’attendais une fille.
    J’essaye désormais d’élever mes enfants, garçon et fille, j’espère au mieux. Pour « armer » ma fille, et lui permettre d’affronter ce monde, et mon fils, qu’il puisse lui aussi défendre les autres filles, femmes, et ne surtout pas qu’il se transforme en potentiel agresseur. J’ai tenté de mettre des mots dessus, si ça t’intéresse. http://thechouxfamily.blogspot.co.uk/2016/07/cest-mon-corps.html

    Je croise les doigts pour ne pas leur donner pas ma peur constante. Rassure-moi, ton ainée n’est pas flippée quand elle sort ? J’espère me débarrasser un jour de la mienne, même si depuis qu’on a changé de pays, ça va mieux. Depuis qu’on est en Angleterre, je n’ai pas eu une seule remarque/regard/sifflement/comportement déplacé. C’est un soulagement et un bien-être quand on sort. J’ai même repris la course grâce à ce regain de confiance.

    Et encore une fois, merci pour ton texte dans lequel je me retrouve.
    Audrey.

    • C’est fou ça, qu’en France la situation soit si dégradée en rapport des pays qui l’entourent!
      Je te rassure, ma fille n’est pas stressée quand elle sort et elle se prend peu de remarques (ou ne m’en parle pas, mais j’en doute).

      • On a notre lot d’histoires sordides aussi. Mais c’est vrai que la mentalité très british d’être sur la réserve et pas du tout expansif, se ressent positivement sur ce point du harcèlement. Je n’ai pas eu peur, à Londres, un samedi soir, perdue dans les petites ruelles avec une copine. Alors qu’il y a quelques années, à Lorient, je me faisait raccompagné par un ami ou j’étais crispée sur mes clefs craignant tout homme qui surgissait dans mon champ de vision.
        Tant mieux si elle a pris de toi l’assurance, qu’elle la garde comme protection dans ce monde. ^^

  • Bonjour,
    Cet article est tellement juste. Tout cela me révolte, me donne les larmes aux yeux quand je vois le travail à fournir pour changer les moeurs.
    Merci pour ce bel article qui me donne espoir que tout n’est pas perdu.
    Merci de déculpabiliser, d’essayer de faire changer les moeurs.
    Merci pour ta justesse.

  • je crois que c’est toute la différence entre ce que l’on sait du monde et ce que l’on voudrait inculquer à nos enfants.
    On sait que le monde a tendance a culpabiliser les victimes.
    On veut que nos enfants sachent que les victimes ne sont jamais coupables et que l’agresseur est toujours l’unique coupable
    Et en même temps sachant ce qu’est le monde, on professe des conseils qui disent l’inverse (genre, « te promène pas seule, on ne sait jamais qui tu peux croiser »

    il faut juste espérer que les parents de garçons (dont je maintiens que les clefs sont entre leurs mains en ce qui concerne les agressions sexistes et sexuelles) apprennent de leur côté à leurs fils que le corps d’une femme n’est pas disponible pour eux!

    • Mon fils est encore trop petit mais je pense déjà à cela… Comment lui expliquer qu’il doit respecter les femmes (et les hommes), qu’il doit se respecter autant qu’elles. Comment l’éduquer à penser qu’une femme a autant de valeur qu’un homme, que l’avis d’une femme est aussi valable que celui d’un homme, que le corps d’une femme n’est pas plus un objet que celui d’un homme… Dans un monde où tout lui criera le contraire?
      Cela dit, c’est un peu la même problématique avec les filles, leur permettre de développer une confiance en elle suffisante dans un monde qui leur hurle qu’elles sont inférieures, ce n’est pas évident non plus…

  • Je suis plus que d’accord avec toi ! Il n’empêche que parfois, en voulant se protéger, protéger ses enfants ou ne voulant pas devenir une victime on s’autocensure. On est donc un peu victime quand même, au moins victime d’un système, ou alors on est une victime potentielle. De moi même, la nuit pour rentrer chez moi je ne passe pas par le joli petit parc non éclairé mais pas la rue pleine de lampadaire. Je pense que je fais ce choix consciemment parce qu’être une victime potentielle c’est quand même mieux qu’être une vraie victime. Pourtant je ne suis pas du tout une angoissée de la vie, ni à voir le mal partout. Je crois que je dois juste dans chaque situation évaluer le risque potentiel et je choisis de le prendre ou pas. (En fait je réfléchis en même temps que j’écris alors c’est peut-être un peu décousu :-)). Là où tu as 100 % raison, c’est qu’il ne devrait pas y avoir de risque, en tous cas pas de vivre au milieu des autres êtres humains.

    • Le truc, c’est que des gens qui prennent des petites ruelles sombres, il y en a plein, chaque jour… Et toutes ne se font pas agresser…
      Moi aussi hein, je préfère prendre le chemin illuminé! Mais je peux tout aussi bien me faire agresser là…
      C’est comme la tenue vestimentaire, on évite de mettre une jupe courte pour éviter les risques… Sauf qu’on n’en prend pas moins en sortant en pantalon, en réalité…
      Le souci, c’est que la rue sombre nous angoisse, et je le conçois parfaitement, mais le risque n’y est pas spécialement plus présent que dans une rue en plein jour.
      Je n’arrive pas à expliquer clairement ma pensée… Comme tu dis, nous sommes victimes de ce système parce qu’on s’interdit certaines choses en pensant qu’ainsi, on évite les risques… Mais la probabilité d’emprunter une ruelle sombre et se faire agresser est mince… On a plus de risques de se faire agresser en pleine rue passante, vu que proportionnellement, il y a plus de monde pour nous agresser, tu vois?
      J4aimerais beaucoup cnnaître les statistiques, sur x agressions, combien ont lieu dans une ruelle sombre? Sur x victimes, combien portaient une jupe au moment de l’agression? Je suis sûre que les chiffres nous amèneraient à devoir craindre de se balader en jean/basket/sweat dans les rues passantes en pleine journée… Voire nous inciteraient à nous méfier de notre mari, notre meilleur ami, notre voisin plus que de l’inconnu louche qui rôde en bas de chez nous!
      (J’écris aussi en y réflechissant alors pas sûre que ce soit très clair! ;-))

  • Décidément, tes postes sur ce sujet me touchent beaucoup et je m’y retrouve. Même si mon cas est diffèrent, j’ai été victime quand j’étais ado deux fois par des gens différents. Et oui, on m’a fait plein de remarque sur le fait que je n’aurais pas dû aller pour ce rencard / me promener sur la plage avec lui etc. Je n’ose pas imaginer les traces que cela aurait laissé sur moi enfant et je comprends que ça t’ai pris du temps pour te voir différemment. Et je continue à ce jour à attirer les mecs bizarres et les harceleurs. Du coup j’ai quand même encore l’impression que je dégage quelque chose qui les attirent.
    Pour ta fille c’est clair que c’est dur, parce que d’un côté non ce n’est JAMAIS la faute de la victime, mais de l’autre on a envie de protéger les gens qu’on aime…
    Et oui, ce genre de réflexions sont un mécanisme de protection, mais elles font tant de mal aux victimes, notre société doit faire un effort pour ne pas promouvoir ces idées.

    • Tu sais, je crois qu’on attire TOUTES des gars chelous et des harceleurs… Je suis grosse, jolie certes mais pas canon non plus, je suis le plus souvent habillée d’un jean et d’un tee-shirt, j’ai 35 ans… Et pourtant à CHAQUE fois que je me promène à l’endroit le plus peuplé de Toulouse (c’est très spécifique, c’est cette sortie de métro là et nulle par ailleurs), à chaque fois, un gars chelou vient m’aborder pour me dire des trucs du genre « dis donc, t’es jolie, tu viens prendre un verre? »
      Honnêtement, je ne pense pas dégager un truc spécial… Je crois simplement que ces gars là accostent toutes les nanas qu’ils croisent!

      En déliant la parole des victimes de harcèlement de rue, on se rend compte qu’on est vraiment hyper nombreuses… Le truc, c’est qu’on en a un peu honte, on n’ose pas trop en parler, on se dit qu’on se fait des idées, que ce n’est pas si grave que ça (et en soi, un gars qui nous aborde, soit, c’est pas si grave, le problème c’est le nombre et ce qu’ils disent!). Mais si tu commences à en parler autour de toi, tu verras que tu es loin d’être seule! 🙂

      • Merci de ta reponse 🙂
        Le truc c’est que le harcèlement de rue est bien moins commun ici qu’en France. Et j’ai aussi eu des problèmes avec le harcèlement sexuel au bureau. Je sais que le harcèlement de rue est un réel problème en France et on en parle avec mes amies. Mais peu d’entre elles ont eu autant de soucis avec des gars qui les touchent, du harcèlement au bureau etc. C’est un peu une blague entre nous que j’attire tous les bizarres:/ Malheureusement je pense que c’est en partie parce que mon premier réflexe c’est de ne pas bouger, ne rien faire. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fait des sports de combat, et plus ça avance plus je me défend.

        • C’est bien que tu aies identifié le souci et que tu avances pour changer cela!
          C’est vrai, j’imagine que certaines attitudes, ou du moins une manière d’être, attire peut-être plus les pervers que les autres… Je ne sais pas.
          Des études montrent que tous les enfants ne peuvent pas être victimes de sévices sexuels (mise à part les agressions dans la rue qui peuvent tomber sur n’importe qui), que les prédateurs repèrent leurs proies, plus la victime est dans un contexte insécurisant, plus elle est susceptible de se taire, plus elle est en danger… Malheureusement, ce sont les adultes, les responsables, l’enfant n’y est pour rien. Mais dans certaines familles, les abus sont faborisés.

          • On est absolument d’accord, ce n’est JAMAIS la faute de l’enfant. Mai oui c’est ca, je pense que les predateurs savent comment trouver « la bonne victime ». Je sais que vu le contexte dans lequel j’etais a l’epoque j’etais « une proie facile » pour plein de facteurs. Malheureusement j’ai bien peur que certaines attitudes soient restee avec moi.
            Mais je parle la de moi ado. Ca me mets tellement en colere quand j’entends des histoires comme la tienne ou que je vois l’attitude de certains de nos clients au boulot. Comment peut-on mettre ainsi son enfant en danger!
            Bref, la faute reste quand meme celle de l’agresseur qui a fait le choix de passer a l’acte. Mais parfois la famille peut etre complice (implicitement ou non)

            • Tout à fait, et j’en sais quelque chose… Les climats incestuels favorisent le passage à l’acte des prédateurs qui gravitent autour de l’enfant. Il y a comme un accord tacite, parfois.
              Bien sûr il existe des cas où l’enfant grandi dans une famille aimante et protectrice et il lui arrive quand même malheur… Mais dans une grande majorité des cas, il y a tout un contexte.
              Je suis également bien placée pour savoir qu’on « attire » les relations dévastatrices… Dans le sens où l’on reproduit ce que l’on a toujours connu et on accepte ce qui aurait fait fuir les autres… C’est ainsi que de nombreuses victimes de maltraitantce/sévices sexuels se retrouvent dans des situations de violence conjugale ou de prostitution… Ce n’est pas leur responsabilité, mais il faut qu’elles admettent leur valeur et leur droit à dire non, à se défendre.
              C’est un sujet très complexe.
              Mais quoi qu’il en soit, l’agresseur reste le seul coupable!

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


sept + = quatorze