Le pardon est-il indispensable à la reconstruction?

J’ai vécu des choses « difficiles » dirons-nous pour rester pudique. J’ai tellement du mentir et cacher mon vécu lorsque j’étais une enfant qu lorsque j’ai réussi à libérer ma parole, ce vécu est devenu mon sujet de discussion favori. J’exagère un peu, mais c’est un peu comme si je reprenais la liberté qui m’avait été enlevée que d’en parler autour de moi. Je ne devais plus me taire, alors je ne me taisais plus. Ca a du être un peu pénible pour mon entourage mais cela a été salutaire pour moi.

Le problème, quand on parle, c’est que les gens se sentent obligés de répondre, et c’est assez normal. J’ai entendu des choses désagréables, des choses que j’aurais préféré ne pas entendre, et des choses gentilles aussi, qui m’ont aidé à me relever.
Parmi les phrases désagréables, la notion de « pardon pour aller mieux ».

Je ne sais pas comment l’expliquer, mais j’ai toujours su que le « pardon » ne me libérerait pas. Je comprends très bien que certaines personnes aient besoin de pardonner pour aller mieux, grand bien leur fasse! Mais pourquoi serait-ce un remède universel? Ne peut-on pas admettre que, non, le pardon ne résout pas tout?

On me l’a dit souvent « pardonne et tu te pardonneras! » et toujours, cette phrase m’a mise très en colère (intérieure, mais tout de même).

Que devrais-je me pardonner? J’aimerais comprendre… J’ai été violée quand j’avais 12 ans, j’ai été victime d’abus sexuels de la part de pervers dès mes 4 ans. En quoi je devrais m’en vouloir???

J’ai eu la chance de rencontrer un psychiatre qui a su me parler et trouver les mots… Qui m’a rassuré, non, effectivement, je n’ai rien à me pardonner, mais je dois cesser de me sentir coupable… Et, peu à peu, j’ai appris à cesser de culpabiliser pour des actes que j’ai subis mais qui ne m’appartiennent pas.
De là, j’ai compris que je n’ai rien à me pardonner par rapport à ce vécu là.

J’ai compris également que le pardon se mérite et ceux qui m’ont fait souffrir ne le méritent pas. Je refuse de le leur donner. Notez qu’ils ne me l’ont jamais demandé.

Pour certains, le pardon est une étape nécessaire. Très bien. Tant mieux si cela leur permet d’être en paix avec leur vécu et d’avancer ensuite plus sereinement. C’est une excellente chose de trouver ce qui permettra d’aller mieux et d’avancer!

Pour ma part, leur pardonner me tuerait. Cela reviendrait à cautionner ce qu’ils m’ont fait. Cautionner des actes que des tas d’autres pervers font subir à des tas d’autres enfants. Si je pardonnais, ce serait un faux pardon, et donc, je serais très mal à l’aise avec moi-même…
Pourquoi est-ce si difficile d’admettre que ce qui convient à certains, à la majorité peut-être, ne convient pas à tous?
Pourquoi n’est-ce pas évident qu’une petite phrase si anodine « tu devrais te pardonner » peut faire énormément de dégâts? Pourquoi se pardonner quand on a rien fait de mal? Faire la paix, arrêter de culpabiliser, admettre que l’on y est pour rien, oui… Mais le choix des mots est important… Enoncer cette phrase, c’est conforter la victime dans sa culpabilité, si elle doit se pardonner, c’est bien qu’elle est coupable de quelque chose.

Ensuite, le pardon n’est pas une solution miracle. Je ne vais pas mal parce que je n’ai pas pardonné. Je ne rumine pas ma colère ou une vengeance depuis des années… Je sais, simplement, que si je veux être en paix avec moi-même, je ne peux pas pardonner ce que je juge indigne de l’être.

Je sais que les gens disent ça parce qu’ils ne savent pas quoi dire d’autre. Je sais qu’en parlant d’un tel sujet, on s’expose à ce genre de remarques, je sais aussi que cela part d’une bonne intention, cela se veut gentil.
Je ne souhaite pointer du doigt personne. J’aimerais simplement faire réfléchir sur cette notion universelle du pardon qui ne me parle pas. Et qui n’est, à mon sens, pas une clé dans une majorité des cas.

Pour guérir, il faut se soigner. Pour guérir d’un coup de poignard, il ne suffit pas de pardonner à son agresseur. Il en est de même pour les blessures psychologiques. Le pardon n’est pas suffisant. Il peut être une étape pour certains, la solution pour une poignée de personnes, mais dans une majorité écrasante des cas, pour guérir de séquelles psychologiques, il faut se soigner, suivre une psychothérapie, trouver une voie qui nous convienne… Tout comme il faut se faire opérer et soigner suite à un coup de poignard…

Le pardon est-il nécessaire?

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32 Commentaires sur
“Le pardon est-il indispensable à la reconstruction?”
  • Je ne pense pas que ce soit le pardon dans le sens ou tu excuserai ces personnes … mais je comprends tout à fait la colère qu’il t’inspire…

    perso , je n’ai pas eu une enfance facile (le mot est faible) j’ai mis des années à chercher pourquoi, à détester mes parents, à leur en vouloir, à ne pas comprendre ce qu’une si petite fille avait pu faire d’aussi grave pour mériter de tels traitements … eux sont dans le déni total et je n’ai fini par trouver de salut quen acceptant .. accepter que ma vie soit ce qu’elle a été, accepetr qu’ils soient ce qu’ils sont ,parce que malgré tout c’est avec ça que je me suis construite et que ça n’a pas fait de moi une mauvaise personne, que ça ne m’a pas empêchée d’avoir un mari et des enfants extras, que ça m’a donné beaucoup d’empathie envers les autres et pr finir pour moi même.. ça me permet de m’accorder le pardon pr des réactions que j’ai parfois qui ne sont pas tjrs coprises par mon entourage… je me pardonne en me promettant de faire autrement la prochaine fois et surtout ça m’évite de me sentir coupable .. parce que je ne le suis pas, je ne l’ai jamais été … et ça, ça m’a et ça m’aide encore énormément!
    le chemin est long, semé d’embûches comme on dit, mais toi et moi sommes de bonnes personnes, sois en convaincue !

    bizzzz

    • Le pardon dans ce sens là, oui… Mais cela s’appelle de l’indulgence, selon moi… Et c’est vrai que nous méritons l’indulgence, notre propre indulgence…
      J’ai appris à ne pas m’en vouloir démesurément des actes que je regrette. Et j’ai appris à demander pardon à ceux que je blesse (mon mari, mes enfants). Je ne suis pas parfaite, je fais ou dis des choses que je regrette, souvent quand je suis en colère… Je ne peux pas revenir dessus. Mais je me dis qu’en demandant pardon, en expliquant que la colère est en moi et qu’ils n’y sont pour rien, alors je leur enlève peut-être un peu de la douleur que je leur ai causé.
      En demandant pardon, je me pardonne un peu moi-même, en somme. Et cela rend mon fardeau un peu moins lourd.

      Je suis également en train d’accepter que mon vécu est ce qu’il est, je ne peux rien y changer, mais je suis responsable de ce que je fais aujourd’hui.
      Merci pour ton adorable commentaire. :)

  • Je n’a personnellement pas été victime de ce genre d’abus mais une personne très proche l’a été. Et même si je n’ai été victime que par ricochet, je suis aujourd’hui incapable de pardonner. Une grand colère m’envahit lorsque j’y pense par malheur et je rêve de voir l’agresseur mourir à petit feu. Ainsi que toutes les personnes qui me conseillent de pardonner, car j’en suis aujourd’hui incapable. Et pour être tout à fait honnête, je n’en ai pas non plus l’envie. alors je laisse la colère monter et s’apaiser ensuite et j’accepte de ne pas pouvoir faire plus.
    Après bien entendu, je ne compare absolument pas ce que tu as vécu avec mon cas puisque je n’ai pas été victime moi même, mais ça fait du bien de pouvoir en parler…

    • Etre victime par ricochet, c’est être victime aussi… La souffrance n’est pas quantifiable, elle est à prendre en compte du moment qu’elle existe. :-)
      Merci pour ce témoignage, cela m’aide et me réconforte aussi.

  • Bonjour,
    je suis d’accord avec toi. Moi aussi j’ai été victime d’abus et le pardon est impossible. Par contre j’ai réalisé que son pardon à lui ne m’aiderait pas non plus. Sur le coup oui mais je n’accepterais pas ses excuses ni rien… Donc je pense que dans certains cas le pardon peut aider mais pas toujours. J’en avais parlé avec un prêtre qui m’avais dit que le pardon n’est pas possible pour certaines choses… Donc même si on a pas la même histoire je suis 100% d’accord. On ne peut pas pardonner, on ne peut pas essayer de comprendre le pourquoi du comment. C’est inexcusable. C’est tout. Et pardonner reviendrais à accepter la situation et j’en suis pas là. ..

    • Voilà…
      Et le pardon demandé par ces personnes est souvent hypocrites… « Je te demande pardon, donc maintenant tu me pardonnes et on n’en parle plus ». Je l’ai vécu avec ma mère… Elle n’a pas supporté que je n’arrive pas à l’excuser. Cela a ruiné notre relation (ou alors elle était ruinée d’avance, ce qui est fort possible).
      J’ai en revanche beaucoup gagné à sortir mes agresseurs de ma vie. Ne plus les voir m’a permis de les « oublier » peu à peu et à cesser de nourrir une immensecolère envers eux… Je n’ai pas pardonné mais je ne suis pas en colère pour autant.
      Je suis en paix, du moins avec cette partie de mon histoire.

  • Je pense qu’avant de parler de pardon, il s’agit de parler de résilience, de lâcher prise. Je n’ai pas vécu les choses que tu as vécu et je pense qu’elles te marquent à vie. Moi j’ai été confrontée à l’alcoolisme d’une mère démissionnante pendant toute une partie de mon enfance. Pendant des années à chaque fois que je voyais ma mère avec un verre d’alcool dans la main, je devenais irritable, tendue et surtout agressive. Je me mettais en colère… d’ailleurs s’il y avait des invités ou des connaissances à la même table je m’empressais de les faire boire… pour que ma mère ait « moins ». Je me suis énervée, je me suis battue, pour et contre elle. Je l’ai ignorée… je me suis engueulée avec elle… Et surtout je me sentais coupable de ne pas pouvoir l’aider.
    Mais avec le temps j’ai appris une chose, une alcoolique qui veut boire, trouvera toujours un moyen de le faire et que si elle le faisait, je ne pouvais pas y faire. J’ai donc lâché prise. Et je crois que c’est peut être là que réside le fameux pardon à soi… c’est d’accepter à ne pas se faire du mal pour quelque chose qui ne « appartient » pas comme tu dis si bien.
    Mais cela est mon avis… et dans ce genre de cas les avis sont très personnels …

    • Je crois que les mots ne veulent pas dire la même chose pour tout le monde, en effet…
      Il a une sorte d’acceptation à avoir, accepter qu’on n’y peut rien, que l’on n’est pas responsable…
      Je suis désolée pour toi, ton vécu est également atroce… Et cela a dû être un long travail pour accepter que tu n’y étais pour rien…

  • Bonjour,

    Je tiens à te dire que tu n’es pas seul face à ces perverts et connards (désolée du mot). Certes mon histoire est un peu différente de la tienne mais j’ai reussi à entérer la haine que j’avais en moi. Je ne dis pas que ça a été facile mais j’ai reussi.
    J’ai été abusé par un ami de famille lorsque j’avais 7 ans, je n’ai rien dit à mes parents durant 2-3 ans ( je ne sais plus exactement. J’avais développé des tocs, mes parents voyant qu’il se passait quelque chose, mais je n’ai rien dit. Par honte ou par peur, je ne sais pas mais je me suis tu. Jusqu’au jour, où j’ai tout avoué.
    Va ensuite, la police, dire ce que j’ai vécu… Je gardais une grande maitrise de ce que je disais malgré mon jeune âge. J’en ai jamais parlé à personne par la suite.
    L’affaire a été classée sans suite car ce connard a déménagé quand il a su qu’une autre victime avait parlé. Il a dit que l’on avait menti et c’est tout, plus rien. J’ai pris conscience que mon histoire n’avait touché personne, que j’étais une victime oublié.
    Après mon entrée en 6ème, grosse dégringollade !!! J’ai fait comme une grosse dépression qui a duré plus de 5 ans. Je ne me souviens plus de beaucoup de chose, jusque je disais à ma mère « que les fenétres m’appelaient ». J’ai fait flipper mes parents car on habitait au 10ème étage d’une tour. Je n’ai pas voulu être suivi par un psy. J’étais différente, je ne me sentais pas bien dans ma peau et les ados ne sont pas les meilleurs pour te remonter le moral. Bref, j’ai commencé à aller mieux lorsque j’ai eu mon premier copain. Il a reussi à me prouver que les hommes n’étaient pas tous les mêmes. Il a su prendre son temps avec moi, et je lui remercie d’avoir accepté ma différence. (bon par contre, il m’a également appris que les hommes trompaient les femmes, mais ça c’est une autre histoire).

    Aujourd’hui, j’ai pas la vie la plus belle du monde mais j’ai développé une forme de positive attitude. Il fait beau je suis contente, J’essaie de tout voir du côté positive car longtemps j’ai vu la vie en gris et j’en ai beaucoup souffert.

    Tout ça pour te dire, que je ne vois pas l’intéret de pardonner et d’oublier. On oublie pas ce qui nous a été fait et pardonner encore moisn on vit avec c’est déjà trop. Essaie de te dire que chaque jour qui passe lui crevera avec sa culpabilité et toi tu lui cracheras dessus. Qu’il n’a pas reussi à te détruire bien au contraire, il t’a donner une force qu’il ne peut soupsonner TU ES une battante !!! Lui n’est qu’une merde ! Et que s’il avait été en prison, il se serait fait violer par les autres.

    J’ai pu lire que ta vie de famille (parents) n’est pas facile mais comme tu le dis si bien, tu as un mari formidable et des enfants à croquer, donc raison positive de prendre ta revanche. Accepte l’idée que tu as le droit d’être heureuse CAR oui, tu en as le droit et tu verras, tout ira bien. Profite de chaque instant de ta vie…. TU es maître de ta vie, c’est toi qui décide de demain et plus les autres.

    Petite chose débille : quand tu as des idées noirs. Ecrit les sur un papier et enfermer les dans une boite que tu rangeras à l’abris de tout le monde. Comme ça, elles sont enfermées et ne pourront plus sortir.

    Courage tu n’est pas seul…

    Désolée du roman et des gros mots !!!

  • Il y a peu de temps, on m’a présenté le pardon sous une nouvelle forme qui m’ a plu: Pardonner = une façon de se libérer (et non d’accepter). Ou dit autrement, se pardonner d’avoir cru avoir fait quelque chose (et non d’avoir fait). Je trouve cette approche plus bienveillante envers soi-même.
    Je te lis depuis un certain temps tout en restant discrète, et je trouve ton témoignage de vie très touchant et sincère. Très souvent je me dis que l ‘hypnose est un outil qui pourrait vraiment t’aider à avancer plus sereinement. Je pose ça là, si jamais ça t’inspire 😉

  • Je suis convaincue, pour ma part, que certains actes sont pardonnables, mais que d’autres, non. Et c’est à chacun de poser les limites entre ce qui l’est, et ce qui ne l’est pas.
    Ce qui est certain, c’est que ça ne me viendrait PAS UNE SECONDE à l’esprit de dire à une enfant violée, ou à une « ancienne enfant violée », de pardonner son agresseur. Tu le dis bien et tu as 100 % raison : cet acte n’est pas pardonnable. Je serais pour ma part incapable de pardonner un tel acte. Pardonner à ces personnes ne permettrait que de leur ôter un peu de l’éventuel sentiment de culpabilité qu’ils ressentent -à supposer que ce soit le cas.
    Et de même, je n’arrive pas à croire qu’on ait pu rajouter « pour te pardonner ». Mais te pardonner quoi, bordel ? Tu n’as strictement RIEN à te pardonner. Mais RIEN RIEN RIEN. Quelle idée saugrenue.
    Non, le seul conseil à donner, c’est ce que tu as fait : entamer une procédure judiciaire pour voir son statut de victime reconnu par la société, les juges statuant « au nom du peuple français » ; et entamer un travail psychologique pour se soigner l’âme comme la victime d’un coup de poignard se soignerait le corps.

  • C’est fou ce que tu écris. Je comprends qu’on prêche le pardon pour que la personne soit en paix, puisse se détacher de ce qu’elle a vécu, mais pour « se pardonner », c’est tellement blessant. Comme tu le dis, toi tu n’as rien fait ! Et puis je suis bien d’accord. Cette mode de pardonner à tout le monde pour tout, c’est juste n’importe quoi. La paix intérieure ne va pas nécessairement avec le pardon. Bien au contraire.

  • J’ai parlé de pardon dans mon précédent commentaire et si je t’ai blessé je m’en excuse. En disant ça je pensais à ma propre histoire qui n’a rien de comparable avec le tienne. Je n’ai pas expliqué plus que ça parce que je trouve ça un peu « impoli » de parler de soi quand on fait un commentaire (c’est très personnel comme sentiment). Mon père était un alcoolique dépressif. Un père qui n’était pas là. Quand ma mère l’a quitté ce qui était logique et courageux. J’ai été insulté au point où tout droit de garde lui a été interdit. Des années après avoir trainé ma colère, mon mal être etc… Je me suis rendue compte que sa vie avait été bien plus merdique que celle que je m’étais construite (j’avais un enfant). Et qu’il avait surtout bien reproduit la vie de ses parents. Et à ce moment, j’ai été capable de pardonner qui dans ce sens veut dire passer à autre chose et déposer ses valises… Et tu as raison il y a des choses qui ne sont pas pardonnables dans le sens où tu le conçois. Moi je mettais plus un sens « arriver à mettre de côté ceux qui te font souffrir pour avancer toi ». Ce passé je me le traine encore par un manque de confiance en moi, des relations amoureuses pas forcément saine et du poids en trop.

    • Rassure toi, tu ne m’as pas blessé. Je te remercie pour ton témoignage et je comprends très bien la notion de pardon dans ton cas.
      Je crois que nous avons chacun notre définition du pardon… Je n’ai pas pardonné, mais j’ai également cessé de leur en vouloir… La colère est ravageuse, c’est évident… D’autant que très souvent, elle se retourne contre la mauvaise personne.

  • Totalement d’accord avec toi sur ce « pardon ». On ne t’as pas juste marché sur le pied par inattention!!
    Je relie l’idée du pardon à la religion (catho), donc en plus c’est très abstrait comme concept, ça n’a rien à voir avec la réalité, la vie, et surement pas la maltraitance.Pardonner ce serait alors comme oublier? absoudre la personne accusée de ses fautes, de sa responsabilité?
    Je ne pense pas qu’on puisse vraiment pardonner (en tout cas pas moi non plus), on peut comprendre, mais les faits ont existés.
    C’est déjà bien que tu ait été en justice il y a qqs années, et que ce crime ait été reconnu. C’est plus compliqué quand on a à se plaindre d’un parent qui était incestueux dans le mode de vie, les paroles, la place qui nous était laissée (pas une vraie place d’enfant)..inévitablement on porte une part de culpabilité…c’est ça qui est dur….

    • J’ai eu de la « chance » en effet, de pouvoir voir condamner mon agresseur… De pouvoir transférer la culpabilité que je ressentais sur lui…
      J’en avais besoin. Au delà de la reconnaissance de la justice, c’est le sentiment de reprise de contrôle qui a été très bénéfique.

  • Coucou,

    je me permets de réagir, car j’ai vu la réponse à mon commentaire sur fb qui n’était en rien une injonction à « pardonner », (et encore moins à te pardonner), mais qui as peut-être été interprété comme telle. Je partageais juste mon vécu (et je n’ai pas vécu le millième de ce que tu décris), et la façon dont j’avais dépassé une sorte de colère permanente qui me pourrissait moi en fait…

    D’ailleurs, je ne pense même pas que le pardon soit au coeur dans cette affaire (la mienne). Ce qui a été central, c’est de me libérer de toutes ces peurs transmises par lesquelles mes parents conservaient du pouvoir pour moi. Et bien que j’ai été souvent en thérapie, et bien c’est au moment où je me suis libérée de mes peurs que j’ai réussi cette bascule.

    Je comprends par ailleurs très bien que pour certains actes le pardon soit complètement impossible!

    Voilà donc sans arrière pensée je te demande pardon 😉 si mon commentaire a pu te blesser ou raviver des sentiments de culpabilité qui n’ont effectivement aucune raison d’être!

    • Sabine, rassure toi, ce billet ne t’est pas destiné (je l’ai écris il y a plusieurs semaines…) et rassure toi encore, je ne t’en ai pas voulu pour ton commentaire…
      Chacun son expérience et son point de vue, chacun aussi peut-être sa définition du pardon.
      Je voulais juste donner une nuance à ce que l’on entend souvent « pardonner est le seul moyen pour guérir ». Je crois qu’il y a autant de moyen d’aller mieux que d’individus sur Terre… Bien sûr, certaines méthodes ont fait leurs preuves, mais le pardon ne remplacera jamais un travail de fond, à mon avis.
      Après, j’avoue avoir déchainé les foudres sans le vouloir, par « ne pas pardonner », je ne voulais pas dire qu’il faut entretenir une rancoeur tenace et un esprit de vengeance… Je ne souhaite plus aucun mal à ceux qui m’en ont fait, la plupart du temps, j’oublie qu’ils existent… Je ne ressens plus de colère vis à vis d’eux, au mieux une parfaite indifférence, au pire une sorte de pitié, ils n’auront jamais connu ce qu’il y a de beau dans ce monde…
      Voilà voilà! :-)

  • Les gens disent souvent des choses qui te choquent au vu de ton vécu par maladresse, parce qu’ils ne savent que dire mais ne veulent tout simplement juste être à l’écoute, c’est valable dans beaucoup de situations traumatisantes, quand j’ai perdu mon petit garçon peu après la naissance j’ai entendu des choses étonnantes (heureusement vous avez déjà deux enfants : ah oui ? et donc ? ou le pompon : je vous comprends , j’ai perdu mon chien l’année dernière c’était terrible, ou encore oh il venait de naître, ce n’est pas comme s’il avait eu 2 mois et j’en passe et des meilleures, le tout partait d’une parfaite bonne intention.

    Et je n’ai jamais compris pourquoi on devrait pardonner dans des situations qui ne méritent pas le pardon, mais on doit apprendre à faire la paix avec soi même, en ce qui me concerne j’ai refusé un suivi psy mais au bout de quelques années j’ai fait quelques séances d’hypnose qui ont eu un effet thérapeutique certain.

    • Emmanuelle, je ne sais pas quoi vous dire… Je crois que les gens devraient quand même savoir se taire plutôt que de prendre le risque de dire des choses blessantes… Cela part d’une bonne intention, je n’en suis pas toujours certaine… Parfois oui (dans mon cas, je le pense vraiment), mais d’autres fois non, et dans votre cas, n’y a t’il pas, soit une façon de s’approprier votre douleur, en la minimisant et en la comparant à l’incomparable? Soit une façon de balayer votre souffrance pour ne pas avoir à la supporter…
      Je suis incapable de m’exprimer face au deuil… La perte d’un enfant est ce qu’il peut arriver de pire au monde, selon moi… Et je suis incapable de trouver les bons mots pour vous réconforter… Alors je préfère me taire.
      Vous êtes d’une grande force d’avoir pu sortir de cette épreuve… Vous allez me dire que vous n’avez pas eu le choix et c’est vrai. Mais je suis persuadée que je ne m’en relèverais jamais…
      Merci pour votre témoignage de soutien.

  • Je crois surtout que la majorité des gens essaie d’avoir une parole gentille…même si parfois elle blesse.

    Je n’avais jamais vraiment réfléchi à ce terme de « pardon » qu’on applique aux victimes et en particulier aux victimes de viol. Effectivement, leur demander de « se pardonner » implique qu’on leur reconnait une part de culpabilité. Et en même temps, je crois que dans la plupart des cas, quand quelqu’un emploie cette expression c’est parce qu’il s’adresse à quelqu’un qui culpabilise déjà. Elle/Il ne devrait pas culpabiliser vu qu’il n’est coupable de rien. Mais elle/il le fait et donc son interlocuteur pense bien faire en disant « pardonne toi ». Il devrait dire « ne culpabilise pas ».

    • Je pense aussi que dans la majorité des cas, ces paroles se veulent bienveillantes, et loin de moi l’idée de vouloir jeter la pierre à ceux qui utilisent ces formules…
      Je voulais simplement donner une piste de réflexion différente… :-)

  • Moi, je pense que tu dois te pardonner, tu n’y es pour rien tu es une VICTIME.
    Je pense que certaine chose ne sont pas pardonnable et l’abus d’un enfant en fait parti (comme le viol). L’adulte doit aidé l’enfant à se CONSTRUIRE et non le détruire, il doit être BIENVEILLANT.
    Toi, dans l’histoire tu dois te reconstruire avec ton histoire.
    Je t’embrasse et espère que tu arriveras à un peu de sérénité .

  • J’arrive un peu sur le tard pour réagir à cet article poignant… Depuis que je te suis, j’ai compris à travers plusieurs articles les horreurs qui t’étaient arrivées. J’ai toujours été extrêmement touchée par ton ressenti et les mots que tu mettais dessus, mais j’étais loin de pouvoir vraiment comprendre ce que tu avais vécu. Celui-ci me tord les boyaux car il fait écho à beaucoup de sentiments chez moi. Mon trauma à moi est d’une violence différente. Je sais que ce n’est pas bien de comparer, mais à mon sens il vaut bien mieux avoir vécu ce mon cas (se faire tirer dessus et s’en sortir quasiment indemne physiquement, au contraire des malheureux à côté de moi). Bref en tout cas, pour une fois, je peux comprendre ce que tu ressens. Le pardon est une valeur clé dans ma famille, on me l’a toujours enseigné. J’ai énormément entendu parler de gens très proches, qui ont pardonné. Au chauffard qui a tué leur fils, au menteur qui les a mis dans une situation terrible, etc. Et moi, j’ai réussi à pardonner à ceux qui m’avaient fait du mal quand j’étais plus jeune (quand je dis du mal, ce n’est pas du mal condamnable en justice). Mais à ceux qui ont voulu me tuer, je n’ai pas pardonné et je ne pardonnerai pas. Ils ne méritent que mon oubli. Pire, j’ai bien évidemment souhaité leur mort, pour la première fois de ma vie. Le pardon, ça se mérite, je suis d’accord. Et il est possible de l’obtenir, même si ce qu’on a fait est grave. Mais pour tes tortionnaires, et pour ceux qui ont tué des centaines de personnes ce soir-là (et m’ont loupée), c’est non. Ils ont en commun une chose, ils ont nié l’être humain. Et ça, ça ne se pardonne pas (un argument que je tiens de Jean-Michel Di Falco, qui a un discours sur le pardon qui est très bon).
    Pour ce qui est de se « pardonner pour aller mieux », je suis également ultra sceptique. Oui, je me sens toujours coupable d’être en vie, et même d’être considérée comme victime. Mais je n’ai strictement rien à me pardonner. Et ça peut paraître tellement évident dans ma situation, que la transposer à la tienne pourrait peut-être faire piger ceux qui disent « pardonne-toi » ? On ne dit pas « pardonne-toi » à une rescapée d’un attentat. On a donc encore moins à le dire à une victime de viols et d’abus sexuels répétés.

    • Ma chère Marie, merci pour tes mots réconfortants et ton soutien.
      S’il n’y a pas de hiérarchie dans la douleur, je pense néanmoins qu’il y en a une dans la gravité de ce que l’on a vécu. Tu me dis que tu préfères avoir vécu un attentat plutôt qu’un viol, et moi je te réponds l’inverse… Je ne sais pas ce qui est le plus grave dans nos deux vécus, peut-être sont-ils d’égale gravité, je ne sais pas, je pense quand même que vivre un attentat, même en y survivant presque indemne, reste un niveau de gravité absolu, similaire à la mort… Je crois également que l’on préfère avoir vécu ce dont on a pu survivre… Je préfère mon passif au tien car j’ai survécu, et toi de même.
      Je ne savais pas que tu étais une rescapée, je suis désolée de l’apprendre. Quelque chose doit se briser lorsqu’on fait face à un tel drame, d’une cruauté aussi lâche, injuste, brutale… Comme il doit être difficile de réussir à mettre le pied dehors après un tel drame.
      Mon vécu est en cela similaire qu’il m’a fallu faire face à un syndrôme post-traumatique puissant. Cela m’a pris des années de thérapie et la condamnation de mon agresseur. Je vais bien aujourd’hui. Beaucoup de choses refont surface, mais je vois à quel point je suis capable de les gérer, les trier, les ranger. Je vais bien.
      Je te souhaite une convalescence psychologique rapide. Tu sembles bien entourée, heureuse, positive, drôle. Je n’ai aucun doute sur tes capacités à surmonter le drame que tu as traversé…
      Et je te remercie pour ta confiance.

  • J’ai vécu des faits traumatisants étant jeune, et j’ai parlé il y a deux ans. Gros soulagement et depuis je sors de la dépression.
    Je me pose de temps en temps la question du Pardon, car pour l’instant j’y vois une sorte de capacité à se détacher des faits. Il y a encore quelques mois, je me serais révoltée à l’idée de pardonner mon agresseur, alors qu’aujourd’hui, je ressens une grande tristesse à cette idée : j’ai l’impression que je porterai toujours ce fardeau, que je ne m’en détacherai pas.
    J’ai évolué, mais je ne sais pas dans quelle mesure je vais pouvoir mieux vivre avec les souvenirs de cette épreuve.
    En y repensant, le pardon est peut-être réservé à des personnes comme le Dalaï Lama ou le Pape…

    • Je ne sais pas trop si le pardon est réservé à une « élite de la sagesse »… Je ne crois pas qu’il soit nécessaire pour se reconstruire. C’est un état d’esprit.
      J’ai enfin, non pas oublié ce que j’ai vécu, mais une certaine indifférence vis à vis de mon agresseur… Je ne ressens plus de colère ni de haine, il ne m’inspire plus grand chose, peut-être une certaine pitié… Je n’ai pas besoin de lui pardonner pour aller mieux ni pour me détacher de ce qu’il m’a fait.difficile de se détacher d’un vécu traumatique, qui, malheureusement, nous a construit… Cela fait partie de nous, comme une sorte d’amputation mentale… On ne peut que vivre avec (ou sans), vivre malgré cela…
      Je te souhaite beaucoup de courage pour le chemin que tu as encore à traverser. Et je te remercie pour ton témoignage.

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