L’inattendu #projetfontedesglaces

J’ai des problèmes avec la nourriture depuis aussi loin que je me souvienne… A 8 ans, je planquais du saucisson et du chocolat dans mon placard, afin de faire « des réserves » et je boulottais tout, planquée sur la plus haute étagère (alors que personne ne venait dans ma chambre sans que je l’entende arriver), frénétiquement, comme si je n’allais plus jamais pouvoir manger de saucisson et de chocolat de ma vie entière.
J’ai commencé mon premier régime à peu près à la même époque… Et je ne sais pas comment me sont venues ces compulsions, je ne sais pas quand a commencé la « restriction cognitive » (comme dit ma diététicienne), était-ce induit ou réel? Est-ce avant le premier régime ou après?
Quoi qu’il en soit, alors que j’étais une petite fille mince (disons normale mais absolument pas en surpoids) et en pleine forme, j’ai intégré que j’étais grosse et que je devais me priver pour maigrir.

Je me traîne donc des troubles du comportement alimentaire depuis plus de 25 ans. Et depuis une dizaine d’années, en plus, je suis brutalement tombée dans l’obésité (30 kilos pris en 6 mois, c’est brutal).
Depuis, malgré tous mes efforts, malgré toutes mes tentatives, le poids ne s’en va pas durablement. Je maigris et je re-grossis encore plus. Je dois bien admettre que ce n’est pas la volonté de maigrir qui me manque, ni la volonté tout court, mais autre chose qui se passe dans mon inconscient et qui me pousse à reprendre tous les kilos perdus, avec du bonus, à chaque fois.
L’année dernière, j’ai perdu près de 14 kilos avec Weight Watchers, j’étais fière et je commençais à me sentir mieux. Et une contrariété (pour rester polie) m’a fait tout reprendre. Ce qui m’a également beaucoup contrarié.

En janvier, je me suis demandé si j’allais reprendre WW, mais force est de constater que si ça marche sur le moyen terme, les effets sont nuls à long terme… Je me suis donc tournée vers une diététicienne trouvée sur le site du GROS , le Groupe de Réflexion sur L’obésité et le Surpoids (l’acronyme est bien trouvé! ^^) ouvert par les docteurs Zermati et Apfeldorfer.

Je m’étais penchée sur leur méthode il y a plusieurs années… J’avais essayé, convaincue qu’ils avaient raison, que leur théorie était absolument exacte. Mais je n’étais sans doute pas prête. Je me souviens, après plusieurs mois à essayer de « manger en pleine conscience » et « d’accepter mes émotions », j’avais craqué, insultant mentalement les médecins et leurs putain d’émotions à la con… Je n’avais pas maigri, je n’avais réglé aucun trouble, et les émotions, je n’en voulais pas.

Sans titre 1

Or, je mange essentiellement pour calmer les émotions que je ressens (la bouffe est devenu un réflexe pour absolument tout: j’ai froid -> je mange, je suis fatiguée -> je mange, je suis triste-> je mange, j’ai peur-> je mange, je suis stressée-> je mange, je suis heureuse-> je mange aussi…) tout en espérant qu’un jour « ça ira mieux » et ce jour là, merveille, j’arriverai à m’alimenter correctement en écoutant mon corps.
La nourriture est un refuge mais aussi une prison… Je mange parce que j’ai peur de ne plus pouvoir manger plus tard. Comme plus tard, j’irai mieux, je mange par anticipation… (C’est un peu tordu!)

Depuis deux mois, je vois donc une diététicienne formée à la méthode « pleine conscience » (je ne crois pas que cette méthode ait un nom alors j’en invente un) toutes les trois semaines. Je l’ai donc vu trois fois.
J »étais extrêmement méfiante: va t’elle m’imposer un menu? Va t’elle me demander de manger comme-ci ou comme ça?
Mais elle a été exactement comme j’espérais, elle m’a expliqué sa méthode, et m’a demandé de manger « quand j’ai faim », « quand j’ai envie de manger » et d’écouter mon corps.
Alors en sortant, je me suis dit « écouter mon corps, hahahahaha, mais ça fait bien longtemps que mon corps ne me dit plus rien!!! »

Et le lendemain, j’ai eu faim. Elle m’a expliqué les manifestations physiques de la faim (creux dans le ventre, essentiellement) et j’ai réalisé dès le lendemain qu’à chaque fois que j’ai faim, je crois que je suis malade… Déjà, je n’ai presque jamais faim parce que je passe ma vie à manger. Mais quand ça m’arrive, quand j’ai vraiment faim, hé bien jusqu’à il y a deux mois, je pensais que je faisais un malaise… Et là je me suis dit « wahou, j’ai quand même un sacré problème! »

Alors depuis deux mois, je m’amuse avec cette sensation qu’est la faim. Parfois j’attends un peu avant de manger, juste pour voir ce qu’il se passe… Et il ne se passe pas grand chose! Mon ventre continue à gargouiller, j’ai toujours ce creux (légèrement douloureux) dans le ventre, mais je ne tombe pas dans les pommes, je ne meurs pas, je ne deviens pas folle.
Ca doit paraître complètement ubuesque pour quelqu’un qui ne connait pas ces troubles, de lire de telles inepties… Mais vraiment, jusqu’à il y a peu, j’étais persuadée que la sensation de faim était un malaise. Et je ne la ressentais de toute façon presque jamais, parce que je n’écoutais pas mon corps. Soit je me remplissais à outrance, soit j’attendais la crise d’hypoglycémie pour comprendre qu’il fallait que je mange (quand je suis très occupée à faire un truc et que j’oublie de manger)

Je réalise que je me mets énormément de barrières parce que je ne connais pas les fonctionnement de mon corps. Je mange souvent en anticipant la faim, parce que ressentir la faim m’est douloureux. Depuis deux mois, j’apprivoise cette sensation, sans la trouver spécialement agréable, je me rends compte que ce n’est pas douloureux, ni un malaise, et j’accepte que ce soit un peu désagréable, simplement la manifestation physique d’un besoin naturel.

Petit à petit, je me réapproprie mes besoins et mes envies. Je réalise que mon corps me parle et qu’il est de mon devoir de l’écouter si je veux aller bien, me sentir bien.
Ce sera un très long travail avant d’arriver à la plénitude, j’en ai conscience, mais je suis très enthousiaste face à mes premiers progrès.

Par exemple, durant les vacances scolaires, j’ai passé mon temps à manger des trucs gras, sucrés, exclusivement. Essentiellement parce que je crois que j’en ai besoin pour gérer le quotidien, alors qu’en réalité, je dois bien admettre que je gère de toute façon, et que la situation n’est pas si stressante…
Mais ce qui est intéressant, c’est ce qui s’est passé dès la rentrée: j’ai été malade. Comme une gastro mais pas tout à fait pareil. et j’ai réalisé que mon corps me disait « STOP!!! Là j’en peux plus, t’arrêtes maintenant! » Et j’ai passé 3 jours à me nourrir exclusivement de bouillon de poule parce que j’en avais BESOIN…
Et je suis persuadée que cette sorte de gastro n’a pu avoir lieu uniquement parce que je commence à m’écouter…
Des ripailles de folie, j’ai passé plusieurs années à en faire sans que mon corps ne bronche (il grossissait, parfois j’avais mal à l’estomac, mais c’est tout…) Là, et ça va sans doute paraître un peu ésotérique, mais je crois que mon corps s’est senti autorisé à me dire qu’il allait mal et qu’il en avait marre.
En parallèle, une douleur massive s’est déclarée dans mon dos, au point de ne plus pouvoir marcher. Et là encore, je pense que mon corps me parle. Genre « Heu, le fardeau que je porte est trop lourd, va falloir faire quelque chose… »

Je crois que je suis prête aujourd’hui à faire ce travail là. Je ne sais pas si je maigrirai, mais c’est devenu secondaire, curieusement… Je commence à accepter qu’être grosse n’est pas forcément un problème. Je suis grosse, c’est vrai, cela me pose certains soucis de santé que je dois régler, c’est une évidence. Mais j’accepte mon corps tel qu’il est, même s’il n’est pas joli, même s’il est disgracieux, même s’il devient douloureux.
J’accepte aussi mes débordements alimentaires pour ce qu’ils sont: des troubles. Pas un manque de volonté, pas la preuve que je suis une nulle, non, simplement des troubles que je dois traiter.
J’accepte de manger quand j’ai faim, quand j’en ai simplement envie, ou pour combler un manque, ou aussi par pulsion. C’est un fait, cela arrive, je ne peux pas nier ou contourner l’évidence. Mais je suis confiante quant à ma capacité à régler ces pulsions.

C’est assez étrange parce que je ne vais pas très bien, en ce moment. Je suis à fleur de peau, mélancolique, triste… Je suis en deuil, en réalité. Même si cela doit paraître un terme extrême à ceux qui vivent un véritable deuil, je crois néanmoins qu’il est approprié à mon cas. Ma mère n’est pas morte mais elle a quitté ma vie, cela m’apporte légitimement beaucoup de souffrance. Mais malgré cet état un peu difficile, je ne me suis jamais sentie aussi confiante en l’avenir. Je sais que je vais régler mes problèmes, je sais que je vais aller mieux, ce n’est qu’une question de temps, je sais qu’un jour, j’aurai pleinement confiance en moi et en ce que je suis. Et cela m’apporte un réconfort nouveau et une conscience de mon bonheur et de ma chance plus intense que jamais.

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