Et si les ados n’étaient pas des petits cons?

16 ans que je suis maman. grosso modo trois ans que j’ai une ado à la maison (si on se réfère aux « teen » anglo-saxons). Comme tous les parents, j’ai redouté cette période où ma petite fille deviendrait une « adolescente ». D’autant que la vision que l’on a de cette période est effrayante, nous promettant un monstre vociférant et remettant en cause toute autorité en puant des chaussettes et en ne se soulevant plus du canapé qu’en maugréant…
On a tous, je crois, en tête l’idée qu’un ado est juste un petit con propre à contester l’autorité, qu’elle vienne de ses parents, des profs ou de la police… Au mieux un velléitaire relou qui veut imposer ses idées en hurlant. Au pire une sorte de pachyderme neurasthénique qui ne fait que dormir, dans ses vêtements qu’il n’arrive pas à soulever jusqu’au linge sale.
Que de clichés, que de stéréotypes…

Ce que je redoutais le plus, en voyant ma fille avancer dans l’adolescence, c’est le feu intérieur qui emporte et brûle tout sur son passage. Je me souviens avec amertume de ma propre adolescence… Quand je suis passée de l’enfant docile à la jeune fille qui voulait (légitimement) tuer tous ceux qui lui avaient fait du mal. Cette période où je vivais mon mal-être comme une douleur physique ingérable, et qui a duré près de dix ans. C’est ce dont j’avais peur pour ma fille, que nos erreurs éducatives, que les blessures que nous lui avons infligées sans le vouloir, même si elles n’ont rien à voir avec ce que j’ai pu subir, ressortent à ce moment-là, et qu’elle en souffre autant que j’ai pu souffrir.

Et au fur et à mesure que Mouflette a grandi, ce n’est pas un dragon apathique que j’ai découvert, mais une jeune fille encore plus passionnante que durant ses jeunes années. Un être rempli de convictions, de principes moraux grandissant, un être en questionnement sur le sens de la vie, les valeurs à adopter, un être qui se cherche et qui panique parfois en se trouvant. Une jeune fille à la volonté hors du commun, qui se dépasse en sport, en musique, sans que l’on puisse lui imposer aucune contrainte, qu’elle ne supporte pas.

J’ai appris qu’un ado, si on le prend dans le bon sens, est une personne tout à fait agréable avec qui il fait bon discuter. Ma fille m’apprend plus que tout ce que je pourrai moi-même lui apporter. Elle a une vision de la vie neuve et belle, et elle me rappelle l’adolescente optimiste que j’aurais pu être si je n’avais pas été détruite avant.

Chaque jour est néanmoins un combat, parce que l’adolescence est une période très emportée. On ne sait pas si Mouflette s’est réveillée un bon jour ou non, et on ne le découvre qu’après qu’elle ait ouvert la bouche.
Bien sûr il y a des périodes désagréables, notre autorité est continuellement remise en question, et on est en droit de se demander si l’autorité a lieu d’être face à un enfant de 16 ans? Notre conclusion est « oui »… Oui parce que l’adolescent a, plus que jamais, besoin de limites, à respecter ou à transgresser, mais des limites fermes pour avoir un cocon rassurant qui ne bouge pas trop, alors que son être tout entier est en évolution fulgurante.
Un adolescent a besoin de limites mais également de dialogue, afin de comprendre ces limites et de les accepter (rien ne l’empêchera de les transgresser tout de même, mais cela fait partie de son apprentissage). Un adolescent a plus que jamais besoin de respect, de bienveillance et d’amour. Et même d’affection, de gros câlins, de petits mots doux.

D’après la petite expérience que j’en ai, l’adolescent n’est jamais qu’un enfant qui a grandi et un adulte en devenir. Son sens critique s’est affiné et il ne se gêne pas pour exprimer son avis. Le rôle des parents est de l’entendre, de débattre, d’expliquer. Le drame pour les parents est que leur enfant n’embrassera pas nécessairement leur point de vue, et il a parfois raison. L’idée est de laisser le dialogue et l’esprit ouverts, parce que l’adolescent a beaucoup à nous apprendre.
Mon adolescente a de nombreux centres d’intérêts qu’elle envisage avec passion. Elle s’intéresse à l’art, à la politique, aux questions de société, à la mécanique du corps humain… Et elle pose des tas de questions, elle lit, elle cherche par tous les moyens à s’informer sur ces sujets qui la motivent. Elle est volatile, pendant 3 semaines, ça va être la politique, et ensuite, ce sera autre chose, mais j’admire cette propension qu’elle a à s’enflammer pour ces sujets. Elle est altruiste, serviable, dans ses bons jours. Elle alterne entre compassion pour nous qui devons nous occuper de plein d’enfants et période où elle en a ras le bol et nous renvoie à notre responsabilité d’en avoir fait « trop ». Elle est tout sauf feignante. Elle ne s’affale jamais dans le canapé et va préférer courir des semi-marathon au moindre rayon de soleil… Elle est surprenante et fascinante.

 

Du petit échantillon d’adolescents que j’ai autour de moi (qui se résume à ma fille et les quelques amis que j’ai pu rencontrer), je vois des jeunes passionnés, qui se lèvent le samedi matin pour aller courir, faire de l’aviron ou du violon, je vois des jeunes qui ont des idées, qui sont idéalistes, qui ne comprennent pas l’inertie des adultes (et sur ce point, je suis encore une adolescente moi-même). Je vois des jeunes investis, qui ne rêvent que de prendre leur vie à bras le corps pour faire changer le monde.
Ma question, en les voyant, n’est pas de me dire que « jeunesse se passe » ou de me demander comment on peut avoir un tel degré d’optimisme, mais plutôt par quel drame la plupart des adultes perdent leurs illusions pour s’éloigner autant de l’adolescent idéaliste qu’ils ont été?

Je n’affirmerai pas que l’adolescence est une période facile. Mais de ce que j’en constate, devenir parent est difficile, quelque soit l’âge de l’enfant… Bébé, ils nous empêchent de dormir, c’est très dur. A trois ans, ils expriment avec force et fracas leur besoin d’autonomie, c’est très dur. A 7 ans, ils sont râleurs et rancuniers, c’est très dur. A l’adolescence, ils sont pénibles et dangereux, c’est très dur également.
Le plus difficile à gérer pour les parents est la peur de l’avenir… Quand on a un enfant de 16 ans, se posent les questions de l’orientation, des études, du métier vers lequel ils souhaitent s’orienter, etc, etc… Quel adulte deviendra mon enfant? Si on se pose parfois la question quand ils sont petits, cela devient très concret et angoissant quand ils sont à la frontière de la majorité. Ils remettent également en question ce que nous sommes devenus, et ce n’est pas toujours facile à vivre quand on est soi-même déçu de ce que l’on est.

Néanmoins, cette période est riche en émotions et en découvertes. Etre parent d’un adolescent est redoutablement douloureux, parfois (surtout quand on a un modèle lisse en apparence mais rempli d’aspérités), il ne se passe pas un jour sans que l’on se demande si on aiguille notre enfant vers la bonne direction, si on est suffisamment respectueux, aimant, bienveillant, si on lui laisse assez de liberté ou si on lui en laisse trop… Et plus l’enfant grandi, plus ces questions grossissent, car les enjeux sont de plus en plus importants.

Je sais bien que ce n’est pas avec un simple billet de maman « qui n’y connait rien » que je vais casser le cliché de « l’ado revêche ». D’autant que parfois, l’ado rentre parfaitement dans le stéréotype, même l’espace de quelques heures, même s’il est aux antipodes des clichés tout le reste du temps. Mais je voulais donner ma vision de cette période délicate que nous vivons avec notre fille aînée depuis plusieurs années.
Et s’il m’arrive d’avoir envie de l’envoyer en Inde quelques semaines pour ne plus avoir à me coltiner sa mauvaise humeur (la réciproque doit être vraie cela dit), elle n’est pas une source d’extrêmes difficultés, pas plus qu’elle ne témoigne une ingratitude débordante ni une feignasserie crasse. Elle est encore une sorte de brouillon de l’adulte qu’elle est en train de devenir, et c’est bien plus dur à vivre pour elle que pour nous. Les nerfs à vif et les émotions à fleur de peau, c’est elle qui les vit, et elle qui se prend en pleine poire nos maladresses de parent.
L’adolescence reste un tourbillon, mais essentiellement pour celui qui le vit et qui, de ce fait, nécessite plus d’attention, de compréhension et d’amour qu’à n’importe quelle autre période de sa vie.

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30 Discussions on
“Et si les ados n’étaient pas des petits cons?”
  • Eh bien, Mouflette a tout de même l’air d’être une superbe ado !
    Cette période me fait très peur. Bon, j’ai encore le temps de voir venir les choses, ma grande n’a que 7ans (quoique, je suis en permanence en train de dire que le temps passe trop vite).
    La seule référence que j’ai de l’adolescence, c’est la mienne, mon adolescence et par dessus tout, ma crise d’adolescence.
    Forcément j’imagine que tout les ados en devenir deviendront de véritables furies, irrespectueuses et d’une nonchalance à toute épreuve. Et, au vu du caractère infecte de ma fille en ce moment, j’ai bien peur qu’on soit dans une sacrée m**** !
    J’ai tellement peur qu’elle reproduise mes erreurs… et elles sont nombreuses. Je mentais, je séchais les cours (mon bulletin scolaire était d’ailleurs catastrophique) et, à mon plus grand regret, j’ai fugué. Je n’en suis pas fière du tout, je n’aime pas en parler (par honte sans doute).
    Au delà des actes, c’est aussi ce mal-être permanent de l’adolescence qui m’angoisse. J’ai tellement détesté cette période, tellement honte de la personne que j’étais que je refuse que mes enfants passent par-là.
    Mais je sais aussi que malgré mes efforts, cette période est totalement incertaine et imprévisible. Alors… advienne que pourra !

    • Je comprends… Je n’ai pas été une ado très contestataire, mais j’ai énormément souffert. Et j’avais surtout peur de cela pour ma fille, qu’elle souffre, que ce soit ingérable pour elle.
      C’est très difficile quand on est parent de voir son enfant se comporter de manière totalement anarchique, sans le moindre contrôle sur lui. Quand un bébé de 3 ans fait une crise, on peut le contenir, l’apaiser, l’isoler… Avec un ado, cela devient physiquement impossible, c’est la différence fondamentale. Mais au fond, ce sont toujours des gros bébés qui ont besoin de nous pour les aimer. Je crois que cela durera toute leur vie d’ailleurs!

  • Magnifique article, encore une fois… J’espère tant réussir à traverser ces étapes comme tu le fais, accompagner mes filles vers ce cheminement identitaire, sans alourdir leur route par mes propres maladresses et échecs passés…

  • Merci beaucoup pour ce billet si intéressant et il faut l’avouer quand même rassurant.
    Maman d’une petite fille de 3 ans, j’ai de la marge avant qu’elle ne devienne « ado » … et pourtant je suis déjà terrifiée par cette période qui arrivera tôt ou tard (on peut pas passer de 12 à 20 ans d’un coup de baguette magique ?)
    Alors de lire que l’on ne vit pas complètement l’enfer sur terre et que oui c’est une période difficile mais la rebellion des 3 ans l’est surement autant peut être même plus (aller faire comprendre à une enfant de 3 que non on ne peut pas aller à la crèche en chaussettes c’est aussi un challenge) et bien ça fait du bien.
    En fait je me demande si ce n’est pas plutôt la peur de la voir grandir si vite qui me terrifie … Merci encore

    • Je ne sais pas si c’est pareil, mais c’est le cheminement normal de l’enfant… Ce n’est pas facile à vivre pour les parents, mais aucune phase ne l’est, donc bon… Les voir grandir est parfois terrifiant en revanche, je confirme! 🙂

  • Le Grand, du haut de ses 10 ans même pas et demi, change beaucoup en ce moment : il s’intéresse à l’actualité, à la vie des adultes et a très peur pour son avenir. A moi de le rassurer et de profiter de nos conversations sur tout et n’importe quoi : je profite de notre complicité.

  • mais oui les ados nous réservent plein de bonnes surprises aussi.
    Cela fait vraiment plusieurs fois que je me dit en voyant ses photos que ta fille porte les cheveux courts à merveille.
    Cela change de toutes les ados qui ont sensiblement la même coupe.

  • Je te rejoins sur le fait qu’ils peuvent avoir des phases où ils sont adorables et d’autres horribles mais le petit de 6 ans n’est pas mieux en ce moment.
    Ce qui me chagrine le plus est qu’avec T-Biscuit tout est nul mais je crois que cela n’est pas spécialement dû à son statut d’ado. Son caractère est ainsi.
    Les débuts de l’adolescence ne sont pas simples pour mes enfants, surtout quand ils voient autour d’eux les autres de leur âge qui changent plus rapidement qu’eux. Sinon j’adore avoir des discussions avec eux.

  • C est bizarre comme j ai oublié si les années d adolescence de mes trois enfants ont été difficile….à part pour celui du milieu qui a toujours été difficile mais si gentil…
    Je pense qu à mon époque on se posait moins de questions,la vie etait plus facile(mes enfants ont 47,40 et 36 ans),je m en pose beaucoup plus maintenant et quand ma fille se demande si elle aura UN enfant ,je comprends ses craintes…
    Pour te rassurer ,je peux te dire que nos enfants restent NOS enfants toute notre vie et que petit, petits soucis mais grand(meme adulte),grands soucis ,Alors t as pas fini de t en faire et de te demander si tu as fait des erreurs dans ton éducation,moi je cherche tous les jours ce que j ai raté ou au contraire bien fait . Il faut vivre dans le moment présent mais à chaque coup dur je repars en arrière……
    Bon courage ,tu n es qu au début de ta vie de maman…
    Attention je ne regrette rien,j adore et ai toujours vécu que pour mes enfants

  • Je trouve ce billet génial 🙂
    Je ne fais pas partie de ceux qui ont une vision négative des adolescents, bien au contraire. J’ai hâte que mes petits y soient tout en savourant leurs âges actuels mais ce que tu décris de Mouflette, c’est l’image que je me fais des adolescents en fait. Sauf à être abimés, comme toi, comme moi, mais dans ce cas ce qui m’inquiéterait ne serait pas tant la rébellion que mon impuissance à apaiser leurs souffrances intérieures. J’espère qu’on échappera à ça.
    Toute la dernière partie de ton billet, sur leurs idéaux, leur énergie, leur envie de construire m’a bouleversée. C’est ce vers quoi j’essaie de retourner depuis quelques années depuis l’après-Toulouse mais… pourquoi grandit-on avec cette idée qu’il va falloir s’éteindre, se ranger, souffler la flamme ? Pourquoi ? C’est tellement dommage ! On devrait nous enseigner que même adultes, la vie s’invente et se réinvente et que la joie demeure, putain.

    • Nous avons ce point commun tu sais. Je me réveille d’une longue période assez douloureuse, et j’aspire comme toi à retrouver et donner vie à mes idéaux d’antan. Je me surprends à avoir enfin un projet de vie, à raviver les idéaux qui ont été étouffés dans l’oeuf à l’âge de Mouflette.
      Et je suis persuadée que sa force de vie, son énergie, ses beaux idéaux, m’aident énormément à grandir et à prendre le chemin de l’accomplissement.
      Je craignais cette période de la vie de ma fille, et comme tu le dis, c’est surtout ce feu intérieur douloureux que je ne peux pas éteindre chez elle qui est difficile à gérer, ce sentiment d’impuissance face au tourbillon dévorant qu’elle vit, la voir souffrir certains jours et ne pas pouvoir faire autre chose que lui rappeler mon amour et mon soutien, tout en devant la regarder gérer seule (et ma foi, elle se débrouille étonnamment bien…). Mais au final, cette période est extrêmement enrichissante pour moi. Elle me bouscule, elle me secoue, mais elle me donne envie de vivre pleinement. J’essaye aussi de lui apprendre qu’il n’y a pas d’âge pour être heureux et s’accomplir, que rien ne sera jamais figé pour elle.

  • J’ai entendu une interview où les ados étaient évoqués comme des génies. Et c’est tellement vrai.
    Winnicot (pédiatre, psychiatre) du début du XXè siècle dit que les ados permettent de faire évoluer une société.

    Avant d’avoir des enfants je me disais que mes ados feraient forcément de pires bêtises. J’ai eu une adolescence douloureuses et longue. Puis dans le cadre de mon travail j’étais en contact avec des ados et il me semblait que ceux qui étaient en difficulté étaient livrés à eux même (affectivement).

    Malgré les portes qui claques et les élans de révolte de mon ado, j’essaie de rester disponible, à l’écoute, de l’encourager. De passer du temps avec lui, de le sortir du contexte de la rebellion, de le rassurer.

    • Voilà, pareil. On ne se comprend pas toujours, mais c’est essentiel pour moi qu’elle sache que je suis là, que je l’aime, qu’elle peut venir me parler quand elle en a besoin (ce dont elle abuse un peu, il me reste peu de temps à consacrer à mes trois autres enfants… :p)
      Je crois également que c’est à cet âge que les jeunes ont les idées révolutionnaires, l’utopie ET l’énergie. Ce qui nous fait cruellement défaut ensuite…

  • Je suis subjuguée toujours plus par ton recul, et ta sagesse. Ton regard sur l’adolescence est magnifique. Tu y vois le chaos responsable d’une renaissance, la tornade qui casse pour mieux réparer quand d’autres ne perçoivent que les cris, l’esprit de contradiction, les odeurs, les vagabondages et la paresse. Je te trouve tellement généreuse dans ta façon de décrire l’adolescence. La manière dont tu parles de ta fille, c’est très joli aussi. Merci aussi de parler des limites plus que nécessaires, encore une fois, analyse très juste. Des limites bien solides. Après c’est à l’enfant de choisir si oui ou non, il les transgresse. Et qu’il apprenne de facto de ses erreurs ou de ses succès.

  • Titre ma foi très accrocheur ! 😀

    L’adolescence, c’est clairement un cap à franchir, tous les parents en sont conscients, du moins je l’espère :p
    Et de toute façon, même en ayant eu une éducation stable et respectable, l’ado peut vraiment avoir des agissements à l’opposé de ce que l’on a essayé d’inculquer auparavant. Bref, période très critique…

    PS : quelques articles à lire ici si cela vous intéresse : https://www.alloparentsbobo.be/education/ 🙂

  • Ah, ça fait plaisir de lire un article sur les ados qui ne soit pas à charge, ou nostalgique d’une enfance « facile et agréable » révolue.

    Constat partagé ici, et merci pour le témoignage.

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