Porter plainte

Cela fait des années que j’écris et réécris cet article, dans ma tête ou dans les brouillons de mon blog. Je l’ai écris et jeté une bonne vingtaine de fois, sans jamais réussir à le terminer. A voir si cette fois sera différente.
Je parle parfois de mon vécu sur mon blog. Je ne vais pas mentir, ça me coûte à chaque fois. Je ne m’en rends pas toujours compte sur le coup, mais j’ai remarqué récemment qu’après chaque article de ce type, j’étais épuisée, comme abattue, pendant plusieurs jours ensuite. Je n’ai fait le rapprochement qu’il y a très peu de temps. Je ne dis pas ça pour qu’on me remercie de fournir l’effort ni pour qu’on me plaigne, loin de là, mais simplement parce que ce phénomène a quelque chose de fascinant. Je peux écrire sur mon histoire (en parler reste très compliqué), sans verser une seule larme, avec détachement même… Mais le malaise me rattrape physiquement les jours qui suivent…

Bref, j’ai une histoire judiciaire un peu singulière. Déjà parce qu’en tant que victime d’abus sexuel, d’inceste à fortiori, porter plainte reste exceptionnel (les statistiques s’accordent sur le chiffre de 11% de victimes portant plainte contre leurs agresseurs…).
Ensuite, parce que si j’ai porté plainte à l’âge adulte, mon agresseur principal avait déjà été jugé et mollement condamné lorsque j’étais enfant. Et il m’a fallu redoubler d’efforts pour ne pas rentrer en confrontation avec le principe Non bis in idem (en droit, personne ne peut être jugé deux fois pour les mêmes faits).

Je souhaite revenir aujourd’hui sur ce parcours judiciaire parce que, aussi douloureux a t’il pu être pour moi et mes proches, il m’a aidé à dans le processus de guérison. En me lançant dans cette procédure, je ne pensais pas qu’elle durerait si longtemps ni qu’elle serait si atrocement difficile, mais si c’était à refaire, étant donné les bénéfices à long terme, je le referais (non sans hésiter, hein, parce qu’on peut assimiler ça à un parcours du combattant tout de même…)

Pour revenir brièvement sur la genèse de cette procédure, le mari de ma mère a abusé de moi à partir de mes 7 ans, durant 5 ans. J’ai parlé à ma mère quand j’avais 12 ans (les abus -sexuels du moins- ont alors immédiatement cessé) et celle-ci m’a emmené chez une gynécologue qui a fait un signalement afin de prévenir les autorités que j’étais victime d’abus.
De là, un procureur s’est saisi de l’affaire et a estimé que mon beau-père devait être jugé. Jusque là, tout va bien.
Ce qu’il s’est passé ensuite relève encore du mystère pour moi, et comme j’étais encore très jeune lors de ce simulacre de procès, je n’ai pas encore les tenants et aboutissants pour comprendre avec exactitude ce qu’il s’est alors passé. Tout ce qu’il en reste pour moi, c’est le sentiment d’avoir non seulement été sacrifiée par mon agresseur et ma mère mais également par la justice et toutes les institutions en charge de moi, de près ou de loin.
Déjà, alors que j’étais à priori en contact d’un dangereux criminel (autant que l’on puisse imaginer un violeur pédophile comme dangereux et criminel…), à aucun moment je n’ai été séparée de ma famille. Malgré l’évidente gravité des faits, personne n’a semblé penser qu’il serait peut-être de bon ton de me mettre en sécurité.
Durant l’instruction de l’affaire, j’ai été amenée à voir différentes personnes. Je me suis rendue à la gendarmerie afin qu’ils prennent ma « déposition » (je suppose). J’ai vu un psychiatre censé déterminer l’étendue des conséquences et mon degré de mise en danger. J’ai vu un autre gynécologue qui devait faire un examen confirmant ou infirmant le diagnostic du médecin précédent.

J’avais 12 ans, j’avais tout dévoilé à ma mère parce que j’avais confiance en elle, je pensais naïvement qu’elle saurait me protéger, et bien évidemment, j’ai fait absolument tout ce que l’on m’a dit de faire, y compris mentir, revenir sur mes révélations, biaiser l’expertise gynécologique et psychiatrique (on sous-estime tellement la force d’un enfant quand il s’agit de conserver l’amour de ses parents, tellement plus puissante que la force de sa volonté de survivre…)
C’est à ce moment, je crois, que je suis rentrée dans une sorte d’état dissociatif. Alors que j’avais parlé dans l’espoir d’être mise à l’abri, voyant que je pouvais manifestement me brosser, mon esprit à adopté la marche à suivre que l’on m’indiquait comme étant la bonne.
C’est là que j’en veux à la justice et à sa méconnaissance totale du sujet. Après le signalement, et voyant que ma mère ne quittait pas son mari, j’aurais dû être immédiatement placée, afin, justement, d’éviter ce qui s’est passé par la suite.
Si ce que j’ai vécu pendant les années d’abus était évidemment un enfer absolu, ce qui s’est passé ensuite, et cela même si les abus ont cessé, était de l’ordre de la torture morale. J’ai vécu un calvaire. Et là encore, je ne dis pas cela pour qu’on me plaigne, j’ai grandi depuis, je suis une adulte aujourd’hui, capable de digérer tout cela. Mais à l’époque, j’avais 12 ans, j’étais encore une petite fille, j’étais incapable de me défendre, j’étais totalement vulnérable et on a profité de ma faiblesse, encore et encore. Je le dis parce que j’aimerais que la société comprenne qu’un enfant de 12 ans est encore un ENFANT et que c’est lui qu’il faut protéger, pas l’agresseur, pas sa mère, mais l’enfant… Qu’il ait 5, 8, 12 ou 16 ans, c’est le mineur, à fortiori victime, qu’il faut protéger. Sinon, il est condamné.

Paradoxalement, ce vécu judiciaire, à peu près tous les enfants victimes d’inceste ayant fait l’objet d’un signalement (c’est à dire une infime minorité) ont vécu le même. La justice, du moins à l’époque (j’espère que cela a changé depuis mais bizarrement j’ai un doute), les institutions ne sont pas formées à l’inceste. Et à l’époque, la règle était la fameuse « cohésion familiale ». On ne sépare pas un enfant de sa famille, la famille, valeur supérieure, on n’enlève un enfant à sa famille que s’il est en grave danger (alors, on sait que les abus sexuels sont très graves, mais visiblement, ils ne représentent pas un danger suffisant…) Je crois que la société nourri encore trop de stéréotypes sur « l’agresseur type ». On imagine une espèce de malade, assoiffée de sexe, incapable de contenir ses pulsions. Tout ce que n’était pas mon beau-père. Il était un homme important, il dirigeait une usine, il avait fait des études correctes, savait parler posément, tenait des propos cohérents et intelligents, de l’extérieur, il devait même sembler sympathique, avenant et coopératif. De l’intérieur, et cela ajoute au drame, il savait également se montrer agréable, gentil et affectueux par moments. Petite, je l’aimais profondément, comme une petite fille aime un père, après je me suis mise à le haïr et le vouloir mort, mais c’est un autre débat. C’est un homme qui avait une vie parfaitement normale, en façade. Il avait réussi, il avait une jolie maison, il offrait une existence aisée à sa femme et sa belle-fille, il avait des amis, une vie sociale acceptable, il était un patron respecté dans son milieu, il avait de belles voitures. Les auteurs d’inceste sont des gens comme les autres, dans la vie sociale. C’est seulement au sein du foyer qu’ils se révèlent.

Bref, je digresse énormément…
Pour en revenir au procès. Mon beau-père avait un avocat, moi non. C’est le procureur qui s’est saisi de mon affaire, c’est lui qui me défendait au travers de la « partie civile ». Personne ne s’est porté partie civile pour moi et, étant mineure (et surtout totalement ignorante de la procédure) je ne me suis pas portée partie civile toute seule, hein, cela va de soi. Mon beau-père avait un avocat, donc, et je l’ai rencontré une fois. Je ne me souviens absolument plus de ce qu’il m’a dit, je sais juste que j’ai promis de dire très exactement certaines choses et que j’ai eu droit à une glace en sortant. Et je me souviens que j’étais tellement heureuse avec ma putain de glace. Ou comment acheter le silence d’un gosse. Paye lui une glace, promets lui que tu l’aimes et il fera ce que tu veux ce petit con.

Re bref. Il était donc acté que je devais dire certaines choses et ne surtout pas en dire d’autres. Grosso modo, on m’a bien fait comprendre que je devais minimiser les actes au maximum, même si ça allait complètement à l’encontre de l’expertise gynécologique génératrice du signalement.
Là où j’ai franchement joué de malchance, et où mes agresseurs ont eu un putain de bol, c’est que j’avais déjà été victime auparavant (ma vie, ce long fleuve tranquille…), un de mes grand-oncles (l’oncle de ma mère) a également abusé de moi de mes 4 ans jusqu’à mes 8 ans, mais ce n’était « que » des attouchements (je ne minimise aucunement les gestes, attouchement ou viol, honnêtement, c’est kiff kiff niveau des conséquences psychologiques… Le seul truc c’est qu’il ne m’a jamais pénétré, donc concrètement, ce n’est pas lui qui était à l’origine de la rupture de mon hymen, pour rentrer dans les détails sordides mais précis)
J’ai donc fait une déposition mensongère à la gendarmerie, j’ai ensuite menti au psychiatre et j’ai faussé l’examen gynécologique qui a suivi en disant « aïe » tout de suite (à l’époque, l’examen consistait à faire gonfler un ballonnet dans le vagin de la victime. Je passe outre le côté terrifiant d’un tel examen pour une gamine de 12 ans, victime d’abus sexuels qui plus est -ou comment ajouter un peu d’huile sur le traumatisme- mais disons que niveau fiabilité, j’espère qu’on a inventé mieux depuis…). Vous vous demandez peut-être comment une gamine de 12 ans a fait pour duper tous ces professionnels? Moi je me demande surtout comment des professionnels n’ont pas cherché plus loin face à une gamine de 12 ans visiblement terrorisée. Je crois que les professionnels, aussi experts se revendiquent-ils, sont aussi experts que moi la reine d’Angleterre. J’ai minimisé les faits, ils m’ont cru, par paresse, lâcheté, méconnaissance? Je ne le saurais jamais. Mais là encore, je sais que je ne suis pas la seule, je sais combien il est facile de faire mentir un enfant pour qu’il protège ses parents, je sais la culpabilité d’avoir révélé les faits, la culpabilité d’être celle qui risque de faire exploser l’équilibre familial, la volonté farouche et désespérée de garder leur amour, quitte à se sacrifier. Minimiser, je le faisais déjà dans ma tête depuis des années « c’est normal, ce n’est pas très grave » alors convaincre un enfant de revenir sur ses révélations, c’est on ne peut plus facile. Ce qui est injuste, c’est que les soi-disant experts ne sont pas au courant, alors ils ne grattent pas… Ils n’essayent pas de voir la détresse derrière le discours lissé, ils prennent pour argent comptant ce qu’une enfant leur dit, sans essayer de comprendre pourquoi elle disait bien plus 3 mois avant. Ou comment abandonner la victime et la sacrifier chaque fois un peu plus.

Je ne sais pas de quoi ça a l’air vu de l’extérieur, est-ce qu’on se dit en me lisant « ohalala, elle n’a pas eu de chance » ou « mais qu’est ce qu’elle raconte comme salades celle-là? » ou « Bah, c’est normal tout ça! », mais en tant que victime, ayant côtoyé d’autres victimes, ayant lu un nombre considérables de témoignages et d’enquêtes sur le sujet, je sais que mon cas est banal. Singulier parce que, de toutes les victimes, une petite minorité seulement voit son histoire passer devant la justice… Mais banal parce que, justement, toutes les personnes ayant dû faire face à une procédure durant l’enfance se sont retrouvées dans des cas de figure tel que le mien. C’est peut-être pour cela que je raconte mon histoire avec aussi peu de pudeur, pour informer, pour montrer qu’après les abus, une autre forme de maltraitance prend place. Etre victime, c’est être condamné par la société toute entière. Je prends conscience en l’écrivant qu’il faut une force quasi surhumaine pour sortir d’une telle enfance. Et pourtant, là encore, je ne suis pas un cas isolé… On s’en sort. On déploie ce qu’il faut pour avancer. Mais on part avec un handicap invisible et pourtant accablant.

Quoi qu’il en soit, au terme d’une procédure de deux ans, et malgré mes efforts pour minimiser au maximum les faits, mon beau-père a été condamné pour attentat à la pudeur, à 4 mois de prison avec sursis et une amende symbolique. Il a été condamné, finalement assez sévèrement au regard de la suite, pour les actes minimisés dont j’ai parlé aux experts. C’est important pour la suite parce que c’était très précis, deux attouchements à des dates proches, sans violence, sans surprise, patati patata (la loi a heureusement un peu évolué depuis).
Le procès a eu lieu en huis clos étant donné la nature de l’affaire. Je n’étais pas présente, je n’avais ni avocat ni membre de la famille pour me représenter (l’avocat de mon beau-père était aussi celui de ma mère), je n’ai pas le souvenir d’avoir un jour vu un juge ou un procureur (mais j’ai vu beaucoup de gens sans toutefois comprendre de qui il s’agissait, donc il est tout à fait possible que je les ai vu sans en avoir pris conscience)

J’avais 14 ans quand il a été condamné. J’avais 15 ans quand ma mère m’a dit « viens, on va vivre ailleurs ». J’avais 17 ans quand elle est retournée vivre avec lui (elle ne l’avait jamais quitté, elle partait le rejoindre 3 jours par semaines). J’avais 23 ans quand j’ai décidé de porter plainte, malgré les tentatives de ma mère de m’en dissuader, malgré le fait que je le voyais toujours (là encore, le mécanisme est compliqué à expliquer, mais il était comme mon père, la justice avait décidé qu’il n’était pas dangereux, qui était-je, moi, pour décider qu’il l’était? Alors, avec toute la vigilance dont je pouvais faire preuve vis à vis de ma fille, je continuais à le voir pour, essentiellement, « ne pas lui faire de peine ». Je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu m’imposer un tel calvaire pendant tant d’années, mais je sais que les mécanismes psychiques de protection mentale de la victime sont dénués de sens logique.
J’étais prudente et il me le reprochait. Typique de la manipulation perverse de ces gens qui veulent faire croire (et y arrivent évidemment) qu’ils n’ont rien à se reprocher mais que la victime, si.
Un jour, devant ma fille de trois ans 1/2, il m’a agressé. Il a été pris d’une brutale crise de colère et m’a mis un coup de tête en m’insultant et en me promettant de me tuer. Il m’a poursuivi dans toute la maison, je me suis défendue avec une chaise, ma toute petite fille hurlant à mes côtés.
Je suis montée dans ma voiture avec ma fille à l’arrière et je suis allée à la gendarmerie. Ils m’ont raccompagné chez ma mère (j’étais en week-end chez eux, je venais de déménager à Toulouse, ils habitaient en Charente), mon grand-père (qui vivait avec eux à l’époque) et ma mère m’ont dissuadé de porter plainte pour coups et blessures parce que « ça arrive de se mettre en colère ».
Je suis repartie le lendemain pour Toulouse. C’est difficilement explicable sans tomber dans le mélodrame, mais j’ai passé la nuit à craindre qu’il ne vienne nous tuer, ma fille et moi. Encore une fois, je me demande ce qui m’a empêché de prendre ma voiture sur le champ pour rentrer chez moi… Il est évident qu’il n’aurait pas été hyper prudent de prendre la route dans mon état de nervosité mais bon, rester là, ce n’était pas des plus malins. Mais la « raison » prend le pas sur la peur… J’avais peur, mais je me pensais irrationnelle… Après tout, il n’avait rien fait de grave, ok, il m’a frappé devant ma fille, mais ça peut arriver à tout le monde…

Je suis rentrée chez moi et j’ai entamé une thérapie avec un psychiatre (que je vois toujours aujourd’hui, après une pause de trois ans). J’étais en première année de licence (qui correspond au L3 aujourd’hui). Je vivais dans une nouvelle ville, loin d’eux. J’ai décidé de porter plainte quelques mois après le début de ma thérapie.
Cette agression a, je pense, eu un effet « déclencheur ». Je me suis retrouvée dans un état post-traumatique et sa violence a subitement fait ressortir toute la colère, la peur, les angoisses, la honte, la culpabilité, la haine, le dégoût, tout est ressorti. Une sorte de flot d’émotions absolument incontrôlable.
Je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer, je passais mes journées à dormir et mes nuits à écumer les forums de victimes pour tenter de comprendre. J’ai longtemps cru que j’étais tombée dans une forme très grave de dépression, mais je crois aujourd’hui (et mon psychiatre me le serinait à l’époque) que mon état était simplement normal, une réaction saine de mon corps et de mon esprit pour évacuer tout ce qui devait l’être.
J’ai néanmoins souffert le martyr. Ce qui me rongeait silencieusement (et qui me faisait souffrir tout autant mais de manière moins « totale ») est sorti d’un coup, comme une jambe qu’on ampute à vif. La douleur semble absolument insurmontable, mais elle est nécessaire pour guérir sainement.

J’ai porté plainte en 2004. Ce qui m’a marqué, c’est ma peur panique qu’il décède, alors que j’avais tant voulu sa mort les années précédentes… Quand j’ai porté plainte, j’étais animée d’une envie farouche qu’il paye, qu’il soit condamné, qu’il aille en prison et qu’il y reste jusqu’à la fin de ses jours. S’il était mort à ce moment là, il m’aurait enlevé tous mes espoirs d’alors (que j’ai largement revu à la baisse ensuite).
J’avais 23 ans quand j’ai porté plainte. A l’époque, la prescription était de 3 ans pour les délits sexuels et de 10 ans pour viol. Un délai qui court à partir de la majorité de la victime. Trop tard pour dénoncer les attouchements, donc. Aujourd’hui, la loi a changé et la prescription est de 10 ans pour les délits sexuels et de 20 ans pour les viols. C’est mieux. Mais l’idéal serait l’absence de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs, car nombre de victimes se « réveille » plus de 20 ans après les faits. Je suis moi-même sortie du déni à 23 ans, soit plus de dix ans après les derniers faits… Mais j’ai eu la chance d’être encore dans le délai de prescription.
Ce que j’appelle « déni » est un mécanisme psychique permettant à la victime de se protéger contre ce qu’elle vit. Chez certains, le déni va jusqu’à l’oubli total des faits. Cela ne veut pas dire qu’ils ne souffrent pas de ce qu’ils ont vécu, mais ils ont oublié et ne savent donc pas l’origine de leur profond mal-être. Les souvenirs peuvent revenir brutalement suite à un choc ou petit à petit au terme d’une thérapie.
Le déni, chez moi, a pris une forme moins extrême. Je n’ai jamais oublié les faits, au contraire, ils me hantaient quotidiennement. Mais je niais leur gravité et la responsabilité de leurs auteurs. Le déni a pris chez moi la forme de l’endossement total de la responsabilité de ce qu’il m’était arrivé et par la minimisation de la gravité des abus. J’étais un monstre, voilà pourquoi plusieurs hommes avaient abusé de moi, je ne méritais que ça, et puis, de toute manière, ce qu’ils m’avaient fait n’était pas bien grave, il ne fallait rien exagérer, j’étais vraiment bien faible d’en souffrir autant, la cause de ma douleur avoir une autre source.
Réaliser brutalement la vérité, remettre la culpabilité sur les auteurs, réaliser la gravité de ce que j’ai vécu, cela a été difficile à surmonter. J’ai pris 30 kilos en 6 mois, je faisais un bond de trois mètres quand un bruit résonnait dans la rue, j’avais peur de tout et de tout le monde, j’étais effrayée, complètement paniquée, incapable de m’occuper de moi-même, à peine capable de m’occuper de ma fille, je réduisais au minimum les sorties extérieures, j’avais l’impression de devenir folle, que j’allais sans doute mourir de douleur, mais avec le recul, je sais aujourd’hui que j’étais simplement dans la première étape me menant à la guérison.
Je ne sais pas comment (à l’époque, je m’en voulais d’avoir échoué, mais aujourd’hui je réalise que purée, j’ai fait preuve d’une sacrée volonté) j’ai obtenu ma Licence en deux ans.
J’ai pris beaucoup de temps pour expliquer mon état à ma fille. Elle n’avait que 3 ans à l’époque, mais je voulais qu’elle sache qu’elle n’était pas responsable de mon état. Alors je lui ai expliqué, avec des mots simples, ma douleur, les méchants qui m’avaient fait du mal, ma plainte, les docteurs, ma volonté de m’en sortir, ma promesse d’aller mieux aussi vite que possible. J’ai essayé de rester la meilleure mère possible au vu des circonstances. Mii est venu habiter avec nous peu de temps après, il a pris mon relai, il a été un soutien inestimable pour moi malgré son impuissance face à mon état.

Ma plainte a été classée sans suite.
Je portais plainte trop longtemps après, la procureur n’avait rien de concret, elle ne pouvait pas se saisir de l’affaire.
A ce stade, porter plainte et le voir jugé était d’une importance capitale. Pour une victime, reconnaître qu’elle est victime est un point fondamental pour avancer vers la guérison. Et la justice est une passerelle afin de voir reconnue publiquement le statut de coupable de l’agresseur et donc, de non-responsabilité de ce qu’elle a vécu pour la victime.
Je me suis donc constituée partie civile afin d’obliger un juge d’instruction à instruire mon affaire.
Et je me suis également constituée partie civile pour la procédure ayant eu lieu 10 ans avant.
C’est à dire, concrètement, que j’avais une procédure pénale pour viol et une procédure civile afin d’obtenir des dommages et intérêts pour l’affaire jugée 10 ans avant.
Il va de soi que, contrairement à ce qui m’a été reproché, l’argent n’était pas ma motivation… Mais avec cette seconde procédure, j’ai eu le sentiment de reprendre la main sur quelque chose qui m’avait totalement échappé quand j’étais enfant.
La reprise de contrôle est primordiale chez une victime d’abus. J’ai été privée de mon corps, d’une certaine manière. On m’a enlevé tout contrôle sur mon propre corps, mon propre esprit et ce, durant des années.
Reprendre ce contrôle, même de manière symbolique, a été très important afin de me sentir peu à peu en phase avec moi-même, afin de m’autoriser peu à peu à prendre des décisions pour moi, à faire les bons choix pour moi, à exister, en quelque sorte.
Porter plainte et aller au bout de la procédure a aussi été une manière de confronter mon agresseur, de vaincre ma peur d’enfant et de me prouver que j’étais devenue adulte, que je ne risquais plus rien, qu’il ne pouvait plus me faire de mal, mais que j’étais capable, moi, de l’obliger à répondre de ses actes.
Là aussi, cela a été fondateur dans mon processus de guérison.
C’est terriblement difficile et éprouvant de se retrouver face à celui qui nous a fait tant de mal, alors qu’on a identifié le mal qu’il nous a fait. Mais c’est salutaire.

Mes deux plaintes ont été instruites. La première avait de gros risques de se transformer en non-lieu, mais par chance, le juge a décidé d’aller jusqu’au procès.
Je me suis constituée partie civile en 2005. Les procès ont eu lieu en 2012.
Il y a eu une confrontation en 2010. Je m’en souviens très bien, d’une parce que c’était particulièrement marquant comme épreuve, ensuite parce que MissCouette avait 4 mois, c’était la première fois que je me séparais d’elle et j’avais été obligée de tirer mon lait dans les toilettes du tribunal de La Rochelle et de le jeter, ce qui avait ajouté à mon désespoir de me trouver là.
C’était la première fois que je le voyais depuis 6 ans. Je l’ai vu arriver sur le trottoir d’en face et j’ai frôlé la crise de panique. Cet homme, qui me paraissait si immense, énorme, puissant et terrifiant lorsque j’étais enfant, m’apparaissait vieux, toujours imposant mais il n’était plus si inquiétant. Pourtant, je n’ai pas voulu qu’il s’approche de moi.
La confrontation avait pour but de permettre au juge d’éclaircir quelques points. Je suis entrée en premier, suivie de mon avocate, puis son avocate et enfin, lui.
Je me sentais forte et hyper vulnérable à la fois. Je me savais dans mon droit, je me savais victime, je le savais coupable. Néanmoins, 6 ans après mon dépôt de plainte et après autant d’années de thérapie, un juge me demandait de fouiller dans les pires souvenirs de ma vie, ceux-là même que j’avais passé tant de temps à ranger dans un tiroir fermé à double-tour. J’ai trouvé l’épreuve cruelle autant qu’inefficace. J’avais porté plainte 6 ans plus tôt, prête à déballer tous les détails les plus sordides de mon vécu. On m’appelait 6 ans après, faisant de ma guérison en cours un inconvénient. J’ai trouvé ce système injuste et tellement défavorable à la victime.
J’ai parlé, j’ai répondu aux questions avec sincérité, exprimant le manque de souvenirs et tous mes efforts pour oublier. Il a parlé, il a dit des atrocités dont je ne le savais même pas capable, mais il a néanmoins gagné. Mon manque de preuves, mon incapacité à remettre certains faits dans leur exact contexte, le temps a joué en ma défaveur, pour le procès pénal comme pour le civil. Car au civil, on m’a demandé de faire état des préjudices à l’instant T. On ne m’a pas demandé ce que m’a coûté la guérison, ni les épreuves passées, ni les difficultés traversées. On a simplement constaté ma jolie petite vie à l’instant T: un mari, deux petites filles, un diplôme, une vie confortable, de quoi pouvais-je bien avoir à me plaindre? Oubliées les années de thérapie, la longue procédure, les états dépressifs, les envies de mourir, les kilos comme carapace, les troubles alimentaires, les difficultés de concentration, les cauchemars, la peur panique des hommes et les efforts que j’ai du fournir pour cesser de les craindre, la sexualité longtemps bancale, les marques à vie sur le corps et dans l’esprit.

Il a avoué tout ce qui était prescrit. « Aveu » convient mal, disons plutôt qu’il s’est vanté de tout ce qu’il a pu me faire avec un dédain insolent. Je l’avais cherché, « vous savez comment sont les femmes, monsieur le juge » et pis c’était il y a longtemps, j’en voulais à son argent « monsieur le juge, vous qui êtes intelligent, vous comprenez bien cela ».
J’ai hurlé en silence le dégoût qu’il m’inspirait. J’ai pleuré, ma voix a vrillé, mais je suis restée aussi digne que possible. J’ai dit la vérité, même si elle était à mon désavantage. Je n’ai pas inventé des souvenirs que je n’avais plus. J’ai seulement fait état de ce dont je me souvenais. J’ai dit tout ce que j’avais à dire, toute ma rancoeur, toute ma tristesse, tous mes efforts pour calmer ma colère et ma haine. J’ai dit le viol. Il a nié le viol. Parce que tout ce qu’il m’avait fait relevait de la normalité, dans son esprit, mais violeur « ha non monsieur le juge, ça non, je ne suis pas un monstre! »

Deux ans après, DEUX ANS, je recevais les décisions de justice. Une somme symbolique pour les dommages et intérêts. Deux ans d’emprisonnement avec sursis pour le viol, requalifié en agression sexuelle sur mineur par personne ayant autorité (de ce fait, il a été jugé au tribunal correctionnel et non aux assises). J’ai vérifié la peine aujourd’hui même. Je me suis rendue compte que je n’avais jamais lu le jugement jusqu’au bout, et j’étais persuadée jusqu’à cette après-midi qu’il n’avait été condamné qu’à 2 mois de prison avec sursis (parce qu’il est fait mention de « 2 mois » dans le texte et de « 2 ans » ensuite, j’avoue que c’est un peu flou. 2 ans, c’est mieux, c’est moins symbolique. Même si le sursis fait qu’il ne purgera jamais sa peine, quoi qu’il en soit.

J’ai été soulagée. Que ce long parcours du combattant (8 ans entre ma plainte et le jugement…) soit enfin terminé. Que malgré tout, il soit condamné. D’avoir enfin entre les mains un papier me permettant de tourner la page.
Mon avocat m’a conseillé de faire appel, le jugement étant ridiculement indulgent. J’ai refusé. Je ne me voyais pas partir pour 3 ou 4 ans de procédure en plus, pour quoi? Pour qu’il passe effectivement 6 mois en prison? Pour qu’il soit condamné à me verser une somme plus conséquente?
8 ans après, je ne nourrissais plus aucun sentiment de haine ni plus aucun désir de vengeance.
J’étais lessivée de toute cette affaire, je voulais tourner la page, avancer, avoir toute cette histoire derrière moi.
Néanmoins, j’ai encore un noeud dans la gorge en pensant à cette condamnation. Il m’a volé mon enfance, il m’a pris mes plus jolies années, il a sali mes souvenirs, il a ravagé la petite fille que j’étais, il a réduit à néant mon innocence, il a violé mon petit corps, il a tué une partie de moi, il m’a amputé de ce que j’avais de plus précieux. Mais il ne sera jamais puni pour ça.
Je garde rancoeur et colère face à ce système protégeant les agresseurs et condamnant encore un peu plus les victimes à se taire.

Qui est capable d’attendre 8 ans pour se reconstruire? Qui peut patiemment attendre 8 ans sans aucune certitude d’une issue positive? Je l’ai fait et comme je le disais plus haut, je suis contente de l’avoir fait, cela m’a permis d’avancer, de tourner définitivement cette page, de grandir et de me sentir beaucoup plus forte. Si c’était à refaire, étant donné la difficulté et la longueur, les accusations plus que la prise en charge de mon état émotionnel, je crois que j’y réfléchirais très longtemps avant de me décider.
J’ai souvent eu envie de tout arrêter, de suspendre la procédure, de dire fuck à tout ça. Mais j’ai tenu bon, encouragé par mon mari, mon soutien le plus précieux, par mon avocate, mon psychiatre, quelques amies et mon oncle.

Ce billet est beaucoup trop long et part dans tous les sens.
Je voulais expliquer pourquoi porter plainte peut être une clé pour guérir, et je suis convaincue que c’en est une, mais après la rédaction de ce billet et tous les souvenirs douloureux que cela fait remonter, je ne sais pas si j’ai envie de convaincre quiconque de se lancer là-dedans.
Non parce que je pense que ça ne sert à rien, je suis convaincue du contraire. Mais parce que c’est beaucoup trop long… J’ai passé 8 ans entre parenthèse, avec cette affaire planant sans arrêt au dessus de moi, avec ce sentiment d’être l’otage de mon passé. J’ai avancé pendant ce temps-là, ma vie n’est pas restée en stand-by, je me suis mariée, j’ai eu un bébé, j’ai obtenu mon master 1 (en 4 ans, et même si je crois toujours me trouver de bonnes excuses et que je me suis longtemps voulu d’avoir été si lente, je trouve avec le recul que j’ai fait preuve d’un opiniâtreté courageuse pour continuer des études malgré une procédure judiciaire en parallèle), cela ne m’a pas empêché d’être heureuse. Mais une partie de moi était bloquée là-dedans.
Et si 2 ou 3 ans, c’est long mais cela reste acceptable, 8 ans, c’est inhumain. Depuis, la justice a évolué, semble t’il, et les délais pour une procédure sont beaucoup plus court (en théorie du moins, j’ignore ce que donne la pratique)

Néanmoins, je suis fière de l’avoir fait. Fière parce qu’il faut beaucoup de courage pour porter plainte et pour confronter son agresseur. Il en faut aussi énormément pour affronter le mur de la justice qui n’en a véritablement que le nom. Parce que mon procès a peut-être permis à d’autres victimes de le confronter également, qui sait. Parce que je peux me dire que je l’ai fait, j’ai grimpé mon Everest à moi, j’ai affronté le pire et je suis encore debout, j’ai donné ma part pour faire avancer la justice, même si elle ne me l’a pas très bien rendu, je peux penser à la petite fille que j’étais et lui dire « c’est bon, quelqu’un s’est occupé de toi, tu vois, je suis là pour te protéger, tu n’es pas abandonnée, tu m’as moi ».
Je peux regarder en arrière sans regret et aller de l’avant. Je sais que ce que j’ai fait pour moi, je serai demain capable de le faire pour mes enfants s’ils en ont besoin.
Cette épreuve m’a rendu plus forte, je suis une survivante, je suis une guerrière.
Une guerrière fatiguée, éreintée, encore douloureuse, mais je sais que j’ai ce capital au fond de moi.
Ils ne m’ont pas tué, je les ai vaincu, les démons de mon enfance.

J’ai enlevé une à une les épines qui m’empêchaient de vivre. La dernière, avec beaucoup de difficulté, a cédé il y a quelques mois. Celle sans qui rien ne serait arrivé. Celle qui n’a pas su m’aimer ni me protéger, celle qui m’a sacrifié. La complice du pire.

Désormais, je suis libre.
(Et si j’ai réussi, enfin, à écrire cet article jusqu’au bout, dans la sueur et les larmes -oui j’en rajoute un peu- c’est peut-être que je suis prête à me libérer définitivement de tout cela et à enfin me consacrer à trouver ma voie)
(Je me suis relue et je me trouve très prétentieuse par moment, mais je pense chacun des mots écrits dans ce billet. Oui, j’ai fait preuve de courage, le nier, ce serait nier le courage dont font preuve toutes les victimes dans mon cas, je m’y refuse.
Je ne déborde pas de confiance en moi, pas encore, mais quand je regarde mon parcours aujourd’hui, je suis forcée d’admettre que je suis admirative et je m’emploie à faire taire la petite voix qui ne cesse de me dire que je suis une ratée. Je ne suis pas une ratée, je suis une personne qui a dû franchir des montagnes avant de se retrouver sur le même chemin que tout le monde… Il est de ce fait assez normal que j’y sois arrivée avec du retard.)

Sans titre 10

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous aimerez aussi :

74 Commentaires sur
“Porter plainte”
  • bonjour,
    c’est certainement l’un des textes les plus forts qu’il m’ait été donnés de lire. par tes mots, par ton histoire, par ton courage, ta force…
    pardon de ne pas trouver les mots pour te dire combien je t’admire, combien ton combat est exemplaire, combien le récit de ton expérience est incroyable d’analyses, de reculs, d’intelligence de situation…. qui contrastent avec l’horreur, le sordide des faits.
    pardon je ne suis pas claire mais je suis chamboulée, estomaquée par le récit et les faits et ta force.

    je te souhaite une belle vie.

  • Bonjour. J’ai commencer à lire puis j’ai arrêté. Je suis de tout coeur avec vous. J’ai subi des attouchements sexuel à l’âge de 9 ans, ça a durée 3 nuits d’affilée. C’est quelque chose qui reste gravé en nous. Ça m’arrive d’y penser parce que j’ai des enfants, dont une fille de 9 ans. On me dit que je suis une maman trop protectrice, j’ai tellement peur que ça leur arrive. Dans mon entourage ils m’ont aidé à surmonter cette épreuve mais pas assez. Mon père ne sais jamais impliqués. Ma mère avait une réaction qui pour moi n’était pas tout à fait ce que je pensais qu’elle devait être. Bon courage

    • <3
      Voir ma fille grandir a été une épreuve pour moi. Chaque étape de sa vie me renvoyait à mon enfance et aux horreurs que j’ai vécu.
      C’est aussi ce qui m’a permis d’avancer et de me battre. Aujourd’hui elle a 16 ans, et je me suis revue à son âge, et j’ai pris les dernières décisions en rapport à ma vie passée. Une sorte de « boucle bouclée » en somme.
      Beaucoup de courage à vous, je sais combien il est dur de se reconstruire, combien cela prend du temps de tout déconstruire auparavant.

  • Je ne suis même pas sûre que le mot courage soit assez fort pour décrire ta force. Mon cœur se serre de savoir que tu as autant souffert mais en même je dois avouer que j’ai envie de dire « je suis fière de toi ». En tous cas tu peux être fière de toi. Il y a quelques temps tu nous faisais part de ton « impasse » professionnelle (excuse moi pour le mot, il est très maladroit). Et si justement c’était ça ton futur métier : sensibiliser, former les professionnels, faire des conférences, écrire des articles dans des revues spécialisées, bref faire avancer la prise en charge de la parole d’enfants victimes d’abus sexuels. Tu connais le droit en plus, ça ne peut qu’être un atout. Enfin voilà c’est une idée comme ça, je comprendrais très bien qu’elle tombe à côté de la plaque ^_^. Je te souhaite encore du courage pour affronter ces prochains jours, car j’imagine que tu vas être épuisée.

    • Ce n’est pas du tout à côté de la plaque… Je prends conscience de pas mal de choses ces derniers temps, notamment mon immense besoin de justice, mon parcours singulier et ma faculté à avoir pris du recul face à tout ça.
      J’ai des projets désormais. A long terme. Mais j’ai des projets qui vont passer par une reprise d’études. J’espère seulement que je vais pouvoir les mettre en oeuvre, petit à petit. :-)
      Je me suis longtemps pensé incapable de m’investir dans ce sujet, trop douloureux et sensible. Et j’ai eu raison de me préserver. Mais maintenant je me sens prête. :-)

  • Oh que oui tu peux être fière de toi,tu as fait preuve d’un courage immense!!Tu es quelqu’un de fort même si on a essayé de te briser.
    Par rapport à ton article sur l’inceste,je pense que ta mère a vraiment un rôle (si tu me permets) car entre ton grand oncle et ton beau-père (qu’elle ne quitte pas),c’est incroyable.Peut-être qu’elle même a subi des abus?J’avais gardé en tête qu’elle l’avait quitté rapidement après tes aveux.J’ai tellement de colère face à ceux qui se taisent…tu sais,malheureusement rien n’a changé,on minimise pour pouvoir mieux dormir la nuit et voilà l’enfant se reconstruira…pfff,les complices devraient être condamnés aussi.Je t’embrasse bien fort <3

    • J’ai réalisé seulement récemment le rôle crucial de ma mère dans mon histoire. Je ne sais pas ce qu’elle a vécu et je suis encore trop en colère pour m’y intéresser (si cela m’intéresse un jour), mais j’ai compris à quel point elle a eu un rôle central et cruel. Je n’étais pas capable de le voir avant, je comprends pourquoi (c’est ma mère, j’ai passé ma vie entière à la protéger et à chercher en vain son amour), je le sais aujourd’hui et ma décision de couper les ponts est irrévocable.
      Je suis tellement désolée que les choses n’avancent pas, bien que pas très étonnée. Je connais ton combat. Dis toi au moins une chose, votre soutien, le fait que vous vous battiez pour elle, cela permettra à votre fille de se reconstruire, de savoir qu’elle peut compter sur vous. Elle a vécu un drame et en gardera probablement des séquelles, mais mais elle ne sera pas brisée, elle partira avec les mêmes chances que les autres, j’en suis convaincue.
      De plus, elle est très intelligente, elle saura analyser son vécu, et dans son malheur, elle a la chance de ne pas avoir en plus à surmonter l’abandon de ses parents face à ce drame. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, là tout de suite, mais c’est précieux, ce que vous offrez à votre fille.
      <3

  • Ouah que dire ?
    De l’émotion, de la colère, de la compassion, voilà ce que ton billet m’a fait ressentir, oui tu as été courageuse et forte, tu t’es reconstruite avec du temps beaucoup de temps mais tu as réussi et tu as la tête haute, j’admire ta ténacité et ton « je lache rien » bravo a toi et a tes soutiens qui t’ont permis d’aller au bout

    • Merci Aurélia, je n’ai pas beaucoup de qualité mais c’est vrai que le côté « je lâche rien » me caractérise pas mal, même si au quotidien ce n’est pas facile à vivre pour tout le monde! ^^

  • pfiou… j’ai la gorge et le coeur serrés d’avoir lu ton calvaire. Ne doute jamais de ton courage.
    Je te fais juste un câlin, là, comme ça, sans rien dire, juste pour te dire que je partage un peu ta peine.
    Je t’embrasse

  • C’est un témoignage bouleversant de sincérité, je ne sais pas comment exprimer mon horreur par rapport à tout ce qui t’es arrivé mais aussi mon admiration pour ton courage. Non seulement tu as surmonté des épreuves qui anéantiraient la plupart d’entre nous mais tu es parvenue à te construire sur le plan personnel et professionnel. J’ai remarqué que tu parles relativement peu de ta fille dans ton témoignage, sans doute pour la préserver car elle n’a pas besoin que quelqu’un lui rappelle ce qui s’est passé. Elle a vraiment besoin de sa maman et tout ce que tu fais pour aller de mieux en mieux lui fait du bien à elle aussi. Ton beau-père est un monstre et tôt ou tard, il aura ce qu’il mérite.

    Prenez bien soin de vous. On ne se connait pas mais à cet instant toute mon affection va vers vous.

    • Merci Damien :) Ma fille sait ce qu’il s’est passé, elle a vécu la procédure avec moi, même si j’ai essayé de la préserver au maximum. J’ai eu à coeur de lui expliquer, simplement, parce que je sais à quel point les secrets de famille peuvent être destructeurs même pour ceux qui ne sont à priori pas concernés.
      Je crois aussi que ce parcours, même difficile, a été important pour que je puisse veiller correctement sur elle est ses frère et soeurs. :-)

  • Chère Aurore, il y a un mot qui me vient en te lisant: respect. Respect pour ton courage, ta force, ta resilience. Je suis en admiration absolue devant les montagnes que tu as soulevées. Et je ne crois pas me tromper en disant que tu l’as fait non seulement pour toi mais aussi pour tes filles…
    J’ai moi l’immense chance de n’avoir jamais subi d’abus, d’avoir eu une merveilleuse enfance. Je suis maman de 2 petites filles et je suis tenaillée d’angoisse à l’idée de ce qui pourrait leur arriver. Quand je mesure la vulnérabilité d’un bébé, d’un enfant, la confiance qu’ils placent en leur parent, en l’adulte, je mesure aussi à quel point il est facile pour un adulte maltraitant de faire souffrir un enfant et cette pensée me rend malade. Malade que cela arrive tous les jours à d’autres enfants, que cela puisse arriver à mes filles.
    Je m’incline devant ton courage, et j’aimerais te connaître pour te serrer dans mes bras.
    Continue ton chemin sur la voie de la guérison.

    • Merci beaucoup Co. Tu as raison, j’ai mené ce combat en partie pour ma fille aînée (et ensuite pour la seconde) et elle m’a donné envie de me battre pour la toute petite fille que j’ai été. Un besoin immense de mettre un peu de justice dans nos vies, lui montrer à elle que je pouvais être un roc, me le prouver à moi aussi, qui doute encore tellement en mes capacités de mère… C’est difficile à expliquer (surtout à 23h ^^), mais il y a eu de l’envie de guérir, pour elle, de l’envie de me montrer que j’étais capable de me battre, si un jour il lui arrivait quelque chose de grave. C’est un peu extrême mais ça a été une sorte de rite initiatique pour moi, quelque chose de fondateur. J’en suis fière, mais je suis également soulagée.
      Si cela peut te rassurer pour tes filles, quoi qu’il leur arrive, si tu es là pour elles, pour les protéger, les soutenir, les accompagner, les consoler, rien ne pourra les briser. Ca ne les empêchera pas de souffrir, bien sûr, mais l’amour des parents, le cocon protecteur qu’ils peuvent apporter, je suis convaincue que cela peut sauver un enfant d’à peu près tout. Avoir conscience de leur vulnérabilité et avoir profondément envie de les protéger, je le ressens tellement aussi…

    • Ce commentaire resume completement ce que je pense!

      Je te lis depuis longtemps deja, mais c’est la premiere fois que j’ecris (prends la peine d’ecrire) un commentaire ici. Je ne suis pas sure d’apporter quoi que ce soit de plus que tous ces commentaires qui expriment si bien ce qu’on peut ressentir a la lecture de cet article. Mais je vais quand meme essayer de m’exprimer aussi.

      Je suis epouvantee par toutes les horreurs qui te sont arrivees (en ce inclus le parcours judiciaire!!), je suis admirative de ta force et ton courage et surtout je suis reconnaissante du fait que tu temoignes et informes les gens comme moi qui ont eu l’extreme chance d’avoir une enfance heureuse et qui ont des enfants, cela permet d’etre plus vigilant encore. Et puis je suis certaine que cela aide aussi les autres personnes qui ont eu la malchance et la douleur d’avoir un parcours similaire au tien.

      Bref, tu as mille fois raison d’etre fiere de toi, et je suis certaine que ton homme et tes enfants le sont aussi!

      <3

  • Bienvenu au club, moi cela c’est passe de mes 18 mois à 8 ans et cetait l’amant de ma mere adoptive d’u moins qui l’est devenu, il est vrai qu’on se separe de ces gens la en prenant conscience du mal qu’ils nous ont fait,

    moi cela m’a ouvert des canaux mediumniques, ressentis etccc je suis desormais therapeute psychophonologue art therapeute, mais travaille en hypnose transhyponse etcc sur des cas lourds pour les avoirs vecus car en prime de cela j’etais battue et bien j’ai fait un grand travail de guerison et je vais bien meme sans jamais avoir été reconnue ni avoir ete au tribunal

    voila ce qui ne nous tue pas nous rend plus forte

    bizz et bonne journée et au plaisir

    • Il y a peu, j’aurais répondu que non, ce qui ne nous tue pas nous affaibli. Mais je commence à comprendre le sens de cette phrase… Je ne me sens plus vulnérable, je me sens forte d’avoir survécu. :-)
      Bravo à vous :)

  • Que la justice peut être imparfaite en France… Ton histoire est édifiante et effrayante… comme tu le dis, j’espère que cela a un peu Évolué… je te l’ai déjà dit mais je te trouve d’un courage et d’une intelligence hors norme ! Malgré toutes les horreurs que tu as vécu, je trouve que tu as un recul étonnant sur ton histoire et sur toi même ! Tu es une femme admirable dans tous les sens du terme, je n’ai pas vécu un 100eme de ce que tu as subi et je suis bien loin de prendre autant de recul que toi ! Je te souhaite de continuer sur la voie que tu te traces en ce moment, de te reconstruire petit à petit entourée de la magnifique famille que tu as fondé ! Je manque un peu de mots face à ce texte si profond, touchant et bouleversant…

    Bonne soirée

    Virginie

  • Quel parcours du combattant ! Je ne suis malheureusement pas sûre que les choses aient tant changé que ça. J’avais vu un reportage sur la petite Marina, maltraitée physiquement par ses parents. Les services sociaux, la police avaient tous commis des erreurs énormes dont un interrogatoire avec un policier pas du tout formé. Là aussi l’aspect « j’aime mes parents et je ferai tout pour les protéger » avait complètement été mis de côté. Dans ton cas effectivement c’est totalement fou de ne pas t’avoir sorti de ta famille pour te protéger, mais aussi pour éviter que l’on te pousse à te contredire.
    Bravo d’avoir témoigné. Puisse ce texte donner le courage de porter plainte aux victimes qui n’y arrivent pas.
    Keep going <3

  • Quel émouvant récit ! Tes mots raisonnent encore en moi « tu m’as moi ! » Tellement puissant pour exprimer la reconstruction de l’enfant à travers le regard et la bienveillance de l’adulte. Dans ma courte carrière de maîtresse j’ai déjà été confrontée à 3 cas. J’ai l’impression que les enfants sont aujourd’hui mieux protégés mais il y a encore des exceptions inacceptables. Quelle force tu as de lever ce tabou. Tu peux être fière de toi !

  • Quel courage, quelle force. Je ne sais que dire d’autre, vous devez absolument être fière de vous comme c’est écrit parce que c’est ce que vous meritez pour tout ce que vous avez reussi a surmonter mais surtout à construire par la suite.

  •  » une guerrière fatiguée , éreintée , encore douloureuse… » En relisant ton texte c ce qui me parle le + . Je suis loin , très loin de la construction , de la vie ou de l’envie , mais je suis au moins ça . J’espère trouver un Mii pour m’épauler 😉
    Re-bisous à toi .

  • Bonsoir
    Bravo pour ton acrticle. Ca m a vraiment beaucoup remué.

    J ai vécu l abus de mes 5 ans jusqu a mes 9 ans. Je l ai avoué a mes parents a mes 12 ans. mes parents ont ete formidables. Ils m ont crus. Mais aucune plainte n a ete depose.

    J allais bien. En tout cas pas si mal. Des hauts des bas. Avec de l aide. Je suis devenue maman a 2 reprises. On me demandait si j etais decu de ne pas avoir de fille. Oh non ! J etais si heureuse que la chaire de ma chaire ne connaittrait pas  » cela » ! Un garcon ne se fait pas abuse non ?

    Et puis mon fils de 5 ans a change. Je le trouvait autrement, agressif. A cran. Je me suis mise a « surveiller ». Un apres midi d automne, a un pique nique, instinctivement j ai senti. Je n ai pas trouve mon fils de suite mais « j ai su ». Un jeune que je n avais jamais senti. Je pensajs etre mechante. Voir le mal partout… Mon instinct ne m avait pas trompe.
    Cela avait dure 5 mois.

    Avec mon mari nous avons porte plainte

    En Suisse la systeme est certainement different…

    Interrogatoire de 6 heures… Prise en charge pas l Assiciation des victimes (une assistante sociale qui aiguille. Aide etc)

    Mon fils a ete interroge 1h30 par une « grosse salope » (pardon c est mon coeur de maman qui parle) m a dit que je voyais le mal partout, que je m etais trompe et elle conseillait de me faire soigne…….

    A la maison mon fils avait qu une envie, jouer. Il m a avoue que ca lui avait ete egal, qu il n avait de toute facon rien dit…..
    Mais il vidait des flacons de gel douche. N allait pas. Jusqu a ce qu il m avoue avoir subit des geste vraiment affreux. Mon tout petit amour de 5 ans. Il ne parlais qu a moi. Je savais ce qu il avait vecu. Je culpabilisait. L horreur.

    J ai fait une decompensation. Physiquement bien pire que de le mettre au monde durant 22h sans peri.

    J avais tellement plus de force fasse a cette justice si dur. Que j souhaitais n avoir rien decouvert…

    Bien entoure, on est remonte.
    Un pas apres l autre.

    Entre temps, ayant evoque devant un policier mon abus, les actes etant commis d office et sans prescription en Suisse. J ai du aller moi aussi devant la justice. Au final cela a ete liberatoire (mais je n ai pas depose plainte. Pour moi mon histoire etait classee).

    On en a vu de toutes les couleurs
    On s est battu
    Mais on a eu un proces. Un jugement. Il a ete reconnu coupable.

    Demain mon fils a 7 ans. J ai peur pour lui. Mais il va bien. Cela fait partie de sa vie. Il en parler librement (je surprend parfois des conversation avec son petit frere de 4 ans). Il a ete remarcablement suivi par un pedopsy, son pediatre aussi a ete parfait. La maitresse etc.
    Il sait que ca n a pas ete sans consequence pour celui qui lui a fait ca.
    On a jamais victimiser notre bonhomme. Nous ne lui en parlons pas,seul lui le fait si il en a envie. Il sait qu a la cave il y a un gros dossier. On a mene la bataille pour lui
    Mais c est son histoire. Si il veut il pourra la lire.

    Je sens qu il a grandit bien trop vite. Pour des choses il est si sensible
    Le fait que j ai ete malade (suite a mon petage de plomb) les a beaucoup marque.
    Mais il n empeche c est un garcon super chiant quand il rale, pas toujours applique. Rieur et plein d humour. Je crois qu il est bien. On a fait et on ne ferra jamais de difference. On l a aide tout ce qu on peut.
    On a aussi amene son petit frere chez le pedopsy. Bien que tres jeune il a ete perturbe.

    Son papa, mon mari, a ete formidable. Il a tout gere. Il a ete a la hauteur. D ailleurs peu apres il a fait un ulcere. A force de tout garder en lui…

    Aujourd hui on va bien. Merci pour ton temoignage. Ca fait mal de lire… Je ne comprends pas les parents qui aides pas leur enfant. Meme si j ai enormement de culpabilite de n avoir pas vu plus tot.

    Tu es une guerriere. Tu t es battu /te bas. Bravo. Lache rien. Tu vas y arriver.

    Bon courage et a bientot…

    • Tu n’as aucune culpabilité à avoir. Tu as vu mais surtout tu as fait, vous avez fait, tout le nécessaire pour mettre votre enfant à l’abri et voir condamné son agresseur. Je suis soulagée de lire que le système n’est pas le même partout et qu’en Suisse ce genre d’abus est mieux pris en charge. Avec association de victimes, suivi psy etc. C’est important de se savoir entouré, de savoir que l’on n’est pas seul.
      Ton petit garçon grandira comme les autres, avec une blessures en plus, mais les enfants ont une capacité de résilience étonnante quand ils sont entourés d’amour et de protection. Ne culpabilise de rien (même si je sais à quel point c’est dur), tu as fait tout ce que tu as pu et tu l’as bien fait.

  • Coucou,
    j’ai lu, tout lu, et re lu ……J’avais 10/11 ans , je n’oublierai jamais…
    J’ai mis 30 ans à en parler à mes parents malgré la mort de mon agresseur….
    Là, j’ai 51 ans, mariée 2 fois et 2 enfants un petit fils de 7 ans …. Bref je veux et vais faire court et te lire encore et encore et encore, te dire MERCI !
    Merci de d’en parler, merci de partager, merci de m’émouvoir, merci d’écrire sans filtre, merci pour tout…
    Je te souhaite tout le bonheur et bien plus encore… Merci.

  • Ton combat a été légitime et bien plus même. Je pense aussi que porter plainte (sans grand espoir d’une condamnation à la hauteur des faits) est une étape cruciale pour aller sur la voie de la guérison.
    Je n’ai pas connu d’abus mais je suis une maman très protectrice et qui angoisse souvent à l’idée qu’on touche, qu’on fasse du mal physiquement ou moralement à mes 2 filles. Je suis très sensible et ne supporte pas qu’on abuse de la confiance des enfants.
    Ils sont si fragiles et si influençables.
    Je suis désolée de lire que ta maman ne t’a pas soutenu, n’a rien fait pour t’écarter à tout jamais de ce monstre.
    Aujourd’hui tu as gagné ce combat et tu as réussi à faire ta vie et a apprivoisé ce drame mais surtout il n’a pas pris le dessus sur ta vie.
    Je te souhaite de continuer à profiter des petits bonheurs de la vie.
    Bien amicalement
    Marion

  • Bravo c’est important de témoigner. Quelle force et quel courage! J’admire ta détermination et je comptends tout à fait la part d’une condamnation dans ton processus de guérison. J’ai du mal à imaginer que tu n’es pas la seule victime de tels abus, qu’il y a tant de petites victimes qui souffrent en silence ou/et n’obtiennent pas le support dont elles ont besoin. Lots of love xx

  • Ton témoignage me remue à différents égards.

    D’abord, parce que ma cousine a subi des attouchements de la part de son frère. Elle s’en est souvenue 8 ans après, brutalement. Elle m’a tout raconté. Elle a tout raconté à ses parents, aux miens, aux autres membres de la famille, mais personne n’a rien fait. Parce que son frère est « handicapé » (il comprend cependant parfaitement les choses de la vie …). Elle ne guérit pas, et notre silence à tous me ronge et me bouffe. Alors elle, je n’imagine même pas. Je ne sais pas quoi faire pour elle. Ai-je le droit de porter plainte à sa place ? Je crois que non … A part lui donner tout mon soutien, je ne vois pas quoi faire d’autre …

    Ensuite, parce que j’ai moi-même été victime de viol. Viols conjugaux. J’étais sous emprise, je faisais tout ce qu’il me disait, sous la contrainte, mais rien ne s’est jamais passé avec violence. Alors … Considérer que ce sont des abus ? Difficile.
    Depuis 5 ans, j’avais atrocement mal au dos, et à la nuque. Il y a quelques semaines, quand j’ai enfin réussi à déblayer ça et à me l’avouer, à moi, et à en parler à mon mari, les douleurs ont miraculeusement disparu.

    Depuis, je ne sais. Porter plainte, ou pas ? Pour des faits qui remontent à 5 ans maintenant, pour lesquels je n’ai aucune preuve, à part mes réactions post-traumatiques et mes propres souvenirs. Lui, il nierait tout en bloc, parce que j’étais majeure, sa copine, et que je n’ai jamais dit non … Et je crois qu’il gagnerait. J’aurais même du mal à prouver l’emprise, la violence conjugale, le harcèlement et tout le reste.

    Je n’ai pas besoin de justice pour moi. Ma peine a été reconnue au grand jour, j’ai été reconnue comme victime, grâce à un texte que j’ai publié sur le sujet, qui a remporté un concours. Bref, ça a été ma libération. Mais je culpabilise pour les autres, pour les suivantes. Je sais qu’il y en aura. Mais faire quoi ?

    Ton parcours prouve la difficulté de la chose. Et maintenant que j’ai fait tout ce travail de guérison, me replonger là-dedans, la perspective de le revoir, de confronter les témoignages, la douleur pour mes proches … Je ne le supporterai pas. Je ne veux plus replonger dans ces souvenirs là.

    Moi aussi, je veux le voir mort. Mais sans haine. Simplement, si un jour j’apprends sa mort, je serai immensément soulagée. Ce sera la preuve qu’il ne pourra plus jamais revenir dans ma vie. Je n’aurais plus rien craindre.

    Merci pour ton partage. Merci beaucoup.

    • Je comprends tellement…
      Je rappellerais que chaque personne est différente et que, même quand il s’agit de porter plainte, il n’y a pas de généralités… Ce qui m’a aidé n’aidera pas tout le monde. Je te souhaite beaucoup de courage!

  • Quand je lis ça je reste sans voix. Un adulte doit aider un enfant à se construire et le guider face à la vie. Qu des personnes osent violer et/ou abuser d’enfants (pour les adultes aussi) c’est juste épouventable. Un viol= un vol d’une partie de la personne.
    En tout cas je vois que tu poursuis ta vie avec bienveillance envers toi et c’est rassurant.
    Mon commentaire me parait maladroit et pas très clair mais je te souhaite du bonheur dans ta vie.
    Bises

  • Bouleversant…. je suis sans mots face à ce récit. .. juste, je te dis bravo ! Je t’admire au plus haut point pour ce que tu as eu le courage de faire et pour ton intelligence et ton analyse des choses. Je pense à cette petite fille que tu étais… elle doit être fière de toi, de ce qu’elle est devenue, malgré les monstres. ..
    Merci et belle vie, de tout coeur ! !!

  • J’imagine tout le courage qu’il t’a fallu pour traverser ces années et les différentes procédures tout en t’occupant de tes enfants donc bravo d’en être là c’est déjà pas mal!
    J’espère que tu as coupé les ponts depuis avec cette partie de ta « famille »

  • Tu as un tel courage pour poser tout cela, je comprends que ça puise toute ton énergie et en même temps ca doit être tellement libérateur. Ton histoire est en effet singulière, et pourtant ce fameux schéma était trop courant, malgré un signalement d’enfant, une plainte, des preuves, un placement même, finalement l’adulte responsable n’était pas puni, ni déchu de son autorité parentale… c’est injuste, et ca laisse beaucoup trop de séquelles. Il faut le transformer en force, et s’entourer de bienveillance, comme tu le fais !

    • Oui, c’est libérateur, tu as raison, ça m’a fait du bien de l’écrire (même si ça m’a vidée!! ^^)
      Le transformer en force, je n’y croyais pas, et cela prend du temps, mais je crois aujourd’hui que c’est exactement ce qu’il faut faire! :-)

  • C’est terriblement long et éprouvant de devoir justifier le statut de victime.
    Je crois que pour boucler la boucle, j’aurais aussi poursuivi la compagne pour non assistance à personne en danger.
    Repentie ou endossant le rôle de mère incompatible avec celui du profil toxique (la bonne blague) : tolérance zéro, lien du sang qu’importe. La perversion c’est d’entretenir l’idée d’avoir été aussi victime, de demander pardon, de faire le dos rond pour maintenir le lien dans l’espoir d’en avoir un sain, ou pour les petits-enfants. Ou comment manipuler à vie. Mais c’est si répandu comme schéma. On reste l’enfant qui veut bien faire.

    • Ce serait aujourd’hui, je porterais plainte également contre elle. Mais à l’époque, je n’avais qu’elle, elle m’a fait croire qu’elle tait aussi victime que moi et j’ai eu pitié d’elle, et je l’ai crue surtout. Aujourd’hui je sais qu’elle m’a manipulé et je m’en veux de m’être laissée faire, mais je sais qu’on a rarement le choix.

  • Je suis partie de l’article sur un sac à langer parfait , passée dans le à propos pour rencontrer votre article. il est déconcertant de simplicité, épuré de drames, compréhensible par n’importe qui et criant de vérité. Bien sûre que vous êtes une guerrière, courageuse et téméraire. J’ai aimé cet article qui va résonner en moi et me servir pour d’autres choses. Merci et belle journée. Emilie.

  • Bonjour,
    Je viens de lire votre article et j’en ai encore des frissons… tellement de similitude avec ce que je vis actuellement….
    la chose que je vais retenir est le apres, être soulagé , etre fiere de soi …
    Merci de vous avoir ouverte sur « votre Everest » cela me donne du courage pour les prochains mois ( je vais rester optimiste!!)

    Celine

    • Bon courage pour ce chemin. Je vous souhaite qu’il soit plus court que le mien (la Loi ayant changé depuis, les délais sont normalement plus courts). Au bout du compte, quel que soit le verdict, la procédure, ou plutôt le fait d’avoir su affronter ainsi son vécu, est salvateur. Je vous le souhaite de tout coeur.

  • Bonjour Aurore,
    Je suis triste et effarée de voir que votre mère ne vous a pas protégée, chose que je ne connais que trop bien pour l’avoir vécu aussi.
    Le problème, c’est que nous nous construisons sur les bases que nous donnent nos parents, et en particulier nos mères et je comprends votre besoin de protéger votre fille de tout çà, de toute cette horreur.
    Ecrire, c’est se purger sur le papier ! Il ne reste plus qu’à se remettre le mieux possible ensuite et continuer à avancer, toujours, encore…
    Des milliers de douces pensées.
    Carole

  • Je suis impressionnéee par ta force et ton courage ! Je trouve que tu as subi une double (voire triple, quadruple… multiple) peine. La douleur de subir les atrocités physiques et morales de ton beau-père, d’une part, puis les affres et les lenteurs de la justice, d’autre part.
    Tu ne mentionnes pas ici l’histoire avec le père de ta fille ainée, mais je l’ai en tête et je me dis que tu es formidablement forte d’avoir pu te sortir de tout ça, la tête haute! Et d’avoir construit cette belle famille vivante et heureuse aujourd’hui.
    Oui tu peux être fière et non ce n’est pas « mal » d’être fière de soi (dit la fille élevée dans la morale judéo-chrétienne et qui, justement, a très honte de dire quand elle est fière d’elle). Je suis admirative et te souhaite de trouver l’apaisement et le bonheur que tu mérites! Avec des <3 <3 <3 !

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.


neuf − = six