Vaincre la culpabilité qui se faufile partout…

La décision de reprendre mes études s’est imposée à moi il y a quelques mois. Alors que j’avais fait une croix sur mes projets il y a plusieurs années, le sujet est revenu sur le tapis en début d’année et l’envie n’a fait que grandir depuis.
J’ai pris la décision en sachant que de nombreux obstacles se dresseraient sur ma route. Qu’ils soient d’ordre matériel, météorologique, psychologiques, émotionnels, etc, etc…

Pour le moment, le plus gros obstacle est la culpabilité.
Elle s’insinue un peu partout, à chaque moment, sans prévenir, comme une ennemie de longue date tapie dans l’ombre qui attend son heure pour ressurgir en traître.

La culpabilité de ne pas être une assez bonne mère, la culpabilité d’être trop égoïste, la culpabilité de ne pas être une assez bonne amie, une assez bonne femme, une assez bonne amante, la culpabilité d’être une usurpatrice, la culpabilité de ne pas mériter mon choix, la culpabilité de mon passé étudiant désastreux, la culpabilité, la culpabilité, la culpabilité…
La question n’est pas de savoir pourquoi je culpabilise (sans doute parce que j’ai 30 ans de pratique et je suis devenue très douée pour ça) mais plutôt comment détricoter chaque source de culpabilité afin de ne pas laisser cette dernière entraver mes chances de réussir.

Je me suis engagée dans un projet exigeant qui va me demander de la rigueur, du temps et une bonne dose de confiance en moi (ce dont je suis pour le moment peu pourvue, mais je gagne du terrain!), je ne peux pas me permettre de laisser la culpabilité s’insinuer et me faire perdre mes moyens.

Pourquoi devrais-je culpabiliser d’être une mauvaise mère?

Je ne bats pas mes enfants, je ne les abandonne pas, je suis toujours là pour eux, même si, c’est vrai, je suis beaucoup moins disponible qu’auparavant. J’imagine assez mal des enfants reprocher à leur mère d’avoir décider de s’épanouir professionnellement. Objectivement, même si ma reprise d’études a un impact manifeste sur la vie de mes enfants, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il s’y habituent et que cela devienne leur nouvelle norme.
J’ai obtenu du bac jusqu’au master1 en étant mère et je n’ai jamais entendu Mouflette se plaindre de mon manque de temps à cette époque. Pourquoi les choses seraient-elles différentes pour ses cadets? Avoir une mère active n’a jamais fait de mal à aucun enfant. (Même si la société et notre éducation essayent souvent de nous faire croire le contraire)

Pourquoi devrais-je culpabiliser d’être une usurpatrice?
Oui, j’ai 36 ans et la place de la majorité des gens de mon âge n’est pas sur les bancs de la fac. Mais et alors? Je fais du mal à qui? Est-ce que j’ai volé ma place? Est-ce que ma présence empêche quelqu’un de plus valeureux que moi de tenter sa chance? Absolument pas. Et puis qui a dit qu’il fallait être jeune pour faire des études? On évolue, on change, on a envie de se réorienter, on a envie d’apprendre, de comprendre… Et dans les amphis, même si la majorité a la vingtaine, on trouve quelques têtes plus âgées, bien plus qu’il y a dix ans!

Pourquoi culpabiliser d’être une mauvaise amie, une mauvaise femme, une mauvaise épouse?
Je cherche encore… Ma reprise d’études a un impact non négligeable sur mon époux, c’est évident… Il doit faire une croix sur un confort acquis pendant plusieurs années. Mais qu’en serait-il si j’avais toujours été salariée? J’ai bien le droit de mener ma vie comme je l’entends et s’il s’épanouit professionnellement, pourquoi ne pourrais-je pas aspirer moi aussi à une carrière? D’autant que j’ai la chance d’avoir un mari qui me soutient dans mon entreprise et qui a foi en mes capacités de réussite…

Pourquoi culpabiliser de ce parcours étudiant peu valorisant?
Ce qui est fait est fait. Oui, mon parcours est apocalyptique mais j’ai fait comme j’ai pu, avec les moyens que j’avais à ma disposition au moment T. Oui, j’ai une licence AES et seulement un master1 en Droit. Oui, mes chances de réussir sont, à ce propos, très faibles. Je n’ai eu d’excellentes notes que lorsque je me donnais à fond, ce qui n’est pas arrivé très souvent… Le reste du temps, j’en foutais le moins possible et j’avais des résultats en conséquence: très ric-rac. J’ai analysé tout cela, je ne me suis pas cherché d’excuses mais je me suis accordé l’indulgence que je méritais. Bordel, sommes-nous nombreux à mener en parallèle une maternité, l’éducation d’un enfant, un combat contre les conséquences d’une enfance désastreuse et un procès pénal? Au regard de mon histoire, de la manière dont je me suis battue pour avancer tout en menant mes études (mal, très mal, certes) et ma vie familiale, je n’ai pas le droit de m’en vouloir ni de dénigrer mon parcours. Même si j’avais eu une vie sans accroc, la persévérance dont j’ai fait preuve dans les études est louable. Je n’ai jamais abandonné. Je dois apprendre à voir mes atouts et à faire de mes échecs des expériences enrichissantes.

Pourquoi, enfin, culpabiliser d’être égoïste?
Oui, je le suis, c’est indéniable. Mon choix est l’un des plus égoïste que j’ai pris jusqu’à maintenant. Et alors? Est-ce nécessairement négatif d’être égoïste? Si je vois à court terme, oui, en effet, mon choix a un impact sur ma famille pour aucune retombée positive pour elle (si ce n’est la satisfaction d’avoir une épouse/mère heureuse et épanouie, ce qui n’est pas négligeable), mais à long terme, potentiellement, cela pourrait s’avérer « payant »! Alors entendons-nous bien, même si je réussis l’examen et que je prête serment deux ans après, la richesse et la gloire ne seront jamais au rendez-vous… Mais bon, les retombées positives ne sont pas forcément d’ordre matériel! Et puis ça ferait un lieu de stage tout trouvé pour ma nombreuse marmaille, ils me remercieront plus tard! ^^

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Au fond, je constate que la culpabilité est avant tout une manière de me maintenir dans ma zone de confort: « oh non malheureuse, ne change pas ta vie, ça va être compliqué! Regarde toute cette culpabilité que je t’envoie pour que tu restes bien au chaud! »
Y céder me rendrait malheureuse mais serait beaucoup plus facile en ce sens que le changement a toujours un côté un peu compliqué, on se jette dans l’inconnu, ça fait peur… Ce que l’on connaît n’est peut-être pas très réjouissant mais ça a le mérite d’être familier. Il se trouve en plus que mon quotidien n’avait rien de « pas réjouissant » et quitter un confort très agréable pour sauter dans l’inconnu, cela a un côté encore plus angoissant! Paradoxalement, c’est justement ce quotidien confortable et rassurant qui me permet de me lancer sans prendre de risque.
Bref, vaincre cette culpabilité qui n’a pas lieu d’être est essentiel! J’ai pris un engagement, je dois m’y tenir et culpabiliser n’est jamais qu’une façon de me trouver des excuses pour cesser d’avancer. Je m’y refuse. Alors hop hop hop, on balaye toutes ces pensées oppressantes et on continue d’avancer!!

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17 Commentaires sur
“Vaincre la culpabilité qui se faufile partout…”
  • ha cette foutue culpabilité!
    C’est fou comme c’est très féminin quand même.
    Un mec qui reprendrait ses études à 36 ans pour devenir avocat, tout le monde y verrait de l’ambition, la volonté de faire le mieux pour sa famille (y compris au niveau financier).
    Une femme? culpabilise malheureuse car tu délaisses ton foyer !
    Est-ce un choix égoïste? je ne suis pas sûre. Un choix personnel qui implique des changements pour tous, certainement. Mais un choix qui ne peut qu’être bénéfique à tout le monde aussi.
    Alors vit sans culpabiliser!

    • Les réactions face à ma reprise d’études sont globalement très positives. On m’encourage, on m’admire… Ce qui est féminin, à mon sens, c’est le poids des principes moraux séculaires qui nous invectivent de rester dans un rôle bien précis. Mais les gens évoluent plus vite que notre culpabilité je crois! 😉
      On ne peut pas nier que la société nous incombe un rôle. Et on l’investit, d’une certaine manière, sinon on ne culpabiliserait pas plus que les hommes.
      BRef, c’est sûr qu’un homme et une femme ne culpabiliseront pas sur les mêmes choses, mais je ne sais pas si les hommes sont exemptés de culpabilité pour autant.
      Merci pour tes encouragements! :-)

  • Ah la culpabilité, une compagne de vie pour moi aussi… celle qui m’empêche pour l’instant de vraiment me lancer dans un projet de reconversion… Bon, j’avoue j’aime aussi avoir la possibilité de m’occuper de mes enfants, de passer du temps avec eux. Et avoir du temps pour moi depuis leur scolarisation…
    Mais si ton choix parait peut être égoiste aux yeux de certains (il y en a à part toi ???!), en réalité, avoir une maman qui s’épanouit et s’assume est le plus beau cadeau et le plus bel exemple à leur donner… Tu leur montres que tout est possible, que « Qui ne tente rien, n’a rien ! »…

    Profite, sans culpabilité ! tu aimes tes enfants, c’est indéniable

    Virginie

    • J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à être là pour mes enfants, mais j’ai eu une sorte de « déclic »… Maintenant ils sont un peu plus grands (c’est relatif mais bon), ils ont moins besoin de moi que je n’ai besoin de tenter ma chance à cet examen. J’ai pesé les pour et les contres. Et voilà! :-)
      Il y a quelques années, ce n’était pas le moment parce que j’avais besoin de me consacrer à mes bébés. Aujourd’hui, je me sens « mûre » sur bien des points. J’aurais pu attendre un an que Pépin soit à l’école, mais là c’était au delà de mes forces… Quand je prends une décision c’est difficile de freiner la machine! ^^
      Merci beaucoup Virginie, je te souhaite de réaliser également tes souhaits, au moment venu, quand tu te sentiras prête et que l’envie dépassera tout le reste! Se précipiter ne sert à rien de toutes façons! :-)

  • Tu as oh combien raison sur tous les points. Ton parcours n’en a que plus de force, et j’avoue que ça force l’admiration de constater que tu arrives à mener un tel projet à terme en occupant tant de casquettes différentes. Et l’épanouissement de soi est une base, qui rejaillit sur tout le reste, ses enfants, son couple, sa vie en générale, alors surtout, pas de culpabilité! Ou alors tu la chasses d’un grand coup de pied.

  • Est ce possible de ne jamais culpabiliser ? j’essaie mais je n’y arrive pas toujours… en ce moment c’est sur le mode « je rentre trop tard du bureau, je vois à peine ma fille alors qu’elle aurait besoin de moi en sortant du collège et elle se débrouille seule… » et pourtant c’est un choix commun d’avoir acheté une qualité de vie loin du bureau mais voilà, la culpabilité vient s’inviter sans frapper aux portes, la chienne !
    cette décision que tu as prise est vraiment courageuse et j’espère vraiment que tu n’écouteras aucune petite voix qui te ferait renoncer !!

    • Je crois que la culpabilité ne s’en va jamais vraiment… Mais ce qui est bien c’est de savoir la raisonner, voir le rai et le faux dans l’idée culpabilisante et savoir aussi la faire taire quand elle n’a rien à faire là…
      Merci pour ton soutien! C’est vrai qu’il y a des avantages et des inconvénients dans toute situation, vous vivez plus loin mais vous avez une meilleure qualité de vie, on ne peut pas tout avoir. L’important c’est que ce choix soit le bon pour vous! C’est chouette une maison en région parisienne, c’est un luxe!! :-)

  • Je trouve au contraire que continuer tes études est dans la suite logique, et qu’après tu exerceras l’activité qui en découle.
    Et c’est un très bel exemple pour tes enfants que leur montrer que tu vas jusqu’au bout des choses.
    Tu n’as pas à culpabiliser d’être un modèle de persévérance.
    La flexibilité de ton activité te permettait de profiter d’eux et de leur être disponible, mais ça c’est jusqu’à présent.
    Tu peux compenser avec une aide-ménagère, la livraison des courses, une nounou, et ton temps libre sera optimisé.
    Tu vas y arriver haut la main !

  • Je me reconnais bien dans tes mots. Je ne connais que trop bien cette culpabilité qui s’infiltre partout, quoi qu’on fasse… Je trouve que c’est une très bonne idée de mettre tout par écrit, tu peux comme ça fixer tes arguments pour mieux t’en assurer !
    Je te l’ai déjà dit, mais je trouve que tu as pris une super décision. Je pense que quoi qu’il se passe, tu auras beaucoup appris, en Droit mais aussi sur toi-même !
    Je te cite une phrase d’un ami que j’aime beaucoup : « une bonne décision est une décision que l’on rend bonne ». A toi de jouer !

    • Merci beaucoup! J4aime cette situation! Et je suis déjà convaincue d’avoir fait le bon choix, ça me rend heureuse d’avoir repris, quoi qu’il arrive, ça ne sera pas une année perdue, loin de là (j’espère quand même réussir évidemment! ^^)

  • Long article sur la culpabilité…juste parce que tu reprends tes études ? Really ? On est en 2017 ou 60 en arrière ?
    La vie de famille peut se concilier avec plein de trucs…et même un vrai travail….si, si, je t’assure.
    Bon courage pour la suite…

  • Comme je te comprends. Je suis actuellement dans une configuration similaire.
    J’ai attaqué une prepa (payante bien sûr) pour préparer l’examen d’entrée à l’école d’auxiliaire de puériculture. C’est un projet qui me tiens à coeur depuis des années. J’ai enfin réussi à sauter le pas et me lancer à 28 ans avec 2 enfants.
    Si je suis prise, en septembre 2018 je rentrerai à l’école pour 10 mois.
    En soit c’est court tout ça (comparé à des études de droit) c’est égoïste mais ça fait tellement du bien de faire ce que l’on a envie
    Je te souhaite de réussir, et suis de tout coeur avec toi

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