Le Brio [Critique ciné]

Une copine m’a parlé de ce film qui « devrait me plaire vu le sujet ». Quelques jours après, sur la page Facebook du concours d’éloquence de ma fac (auquel je ne suis pas inscrite) proposant de gagner des places pour l’avant-première à Toulouse. J’ai participé et j’ai gagné une place (j’ai beaucoup de chance aux concours, d’une manière générale, c’est pour cela que je ne participe habituellement jamais, pour laisser une chance aux autres! ^^) Bref, voici mon avis sur ce film de Yvan Attal avec Camélia Jordana et Daniel Auteuil.

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Le pitch:
Neila Sallah est étudiante en première année de droit à Assas. Dès le premier jour, premier cours, elle arrive avec quelques minutes de retard.
Pierre Mazart est professeur et quand il voit une élève maghrébine arriver en retard, il l’invective devant tout l’amphi en tenant des propos très limites, pouvant être associés à une forme de racisme. Il est tenu d’assister à un conseil de discipline suite à de nombreuses plaintes d’élèves à son encontre.
Afin de sauver son cas, Pierre Mazart doit former Neila Sallah afin qu’elle puisse participer au concours d’éloquence national auquel Assas participe. Sans se douter des intentions de son professeur, cette dernière accepte.

Mon avis:
C’est un film « mi-figue, mi-raisin ». Il se veut un peu subversif mais est plutôt consensuel. Il essaye de se tenir loin des clichés ce qu’il parvient à moitié. Il se veut subtil avec ses grosses ficelles mais fait preuve de beaucoup de délicatesse malgré les ressorts cousus de fil blanc.

Nous avons passé un agréable moment, les acteurs sont convaincants (même si Daniel Auteuil, comme à son habitude, surjoue…)(même si Camélia Jordana est un peu trop neutre pour son rôle), la mise en scène est jolie. Le réalisateur brosse une image des cités loin des clichés habituels. On est face à un endroit paisible, où vivent des jeunes gens certes un peu paumés mais en quête d’authenticité. Ces jeunes là ne dealent pas, ne brûlent pas de voiture et n’agressent personne. Ils cherchent un avenir, qui en passant son permis de conduire pour devenir chauffeur Uber, qui en buchant son droit pour devenir avocate. Des jeunes qui se retrouvent entre copains pour jouer au Loup Garou (le jeu de cartes) et dont le principal talent est le bagou dont ils font preuve pour se vanner les uns les autres.
La façon dont la cité (Evry si je ne dis pas de bêtise) est filmée donne envie d’y habiter. Peut-être une image un peu trop lisse. Mais au moins une image alternative bousculant les codes de genre.

En revanche, la société huppée ne passe pas outre les clichés. Le jeune premier, forcément de droite, forcément un peu raciste, se sentant privilégié. Le prof de droit, pompeux pour accueillir son doyen mais irrespectueux vis à vis de ses étudiants. L’université remplie de jeunes « tête à claques ». On n’est pas loin du manichéisme standard.

Le tout manque de subtilité, les plans floutés pour évoquer la colère et l’incompréhension, ceux qui soulignent la différence de niveau social entre le milieu d’origine de Neila et le standing des concours qu’elle passe. Mais cela reste infiniment délicat car très bien filmé, tout en finesse. Le décalage entre le propos un peu grossier et la caméra sensible est parfois dérangeant car on est un peu déçu par certaines scènes qui auraient pu nous transporter avec un peu plus d’audace.

Cela résume assez bien le film selon moi. Délicat mais manquant d’audace. Aucun risque n’est pris. Le sujet se veut subversif (un prof à priori raciste qui prend sous son aile une jeune maghrébine des quartiers défavorisés) mais le message reste hyper consensuel « Arrêtez de jouer les victimes et prenez votre vie en main! »… Percutant, isn’t it?

Le film est souvent amusant (mais jamais hilarant), en revanche, il lui manque un supplément d’âme: l’émotion, tout simplement.
Je croit qu’il aurait mériter durer une petite vingtaine de minutes de plus afin d’épanouir certaines scènes comme le premier passage au concours d’éloquence qui reste un moment gênant tant pour l’actrice que pour le spectateur « mais où donc veulent-ils aller avec ça??? » On a bien compris que cela aurait été trop simple de faire réussir ce premier passage à la jeune étudiante, mais on reste coi de la voir perdre ses mots, elle ayant pourtant le verbe facile et haut-perché!
Des facilités scénaristiques qui laissent sur notre faim, c’est un peu dommage.

En tant qu’étudiante en droit, c’est amusant de voir un univers si familier ainsi retranscrit avec beaucoup de romantisme dans un joli film.
Même s’il reste trop gentillet à mon goût (mais c’est le propre des films grand public, non?) c’est un film que nous avons pris plaisir à voir. Un bon moment que l’on ne voit pas passer. Pas un film inoubliable mais néanmoins un film très sympathique!

Au cinéma mercredi prochain!

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8 Commentaires sur
“Le Brio [Critique ciné]”
  • Tu trouves que DANIEL AUTEUIL SURJOUE ????? Dans ce film peut-être mais d’une manière, je le trouve tellement juste et bon…. C’est l’un de mes acteurs phares. Il est merveilleux. Mon film préféré est justement La Fille sur le Pont où il tient le premier rôle masculin aux côtés de Vanessa Paradis.

    En tout cas, ta critique m’a convaincue de ne pas aller voir le film. ^^ Les films bienpensants qui vendent de la politique et du « stop le racisme, aimons nous les uns les autres » bourrés de clichés et suffisamment réalistes pour cliver les communautés d’autant plus : ça me gave !

  • Merci pour cette critique du film -que je n’ai pas vu- par un œil averti !

    J’avais un petit a priori face à la bande annonce et le coté hyper sexiste du  » mec (blanc hétéro csp+) qui va aider la fille (rebeu, de banlieue mais belle hein…) » Du coup, tu confirmes cet apriori…

    Et sinon, je me sens moins seule, c’est la première fois que je « croise » quelqu’un qui n’aime pas le jeu de Daniel Auteuil !!! <3

  • Pas sûr qu’il y ait des profs rebeu à Assas ;^)
    Et d’ailleurs, ce qui me dérange un peu, c’est que cela se passe à Assas. C’est clairement cliché (même si c’est un peu vrai, comme tous les clichés). J’avoue, je n’ai pas vu le film, mais ce que tu en dis me semble logique pour ce genre de film à grand spectacle. En plus, tu as pu juger de l’intérieur.

    • Oui oui complètement, Assas c’est LE cliché niveau Droit!!
      Pour moi qui le vis de l’intérieur, justement, j’ai trouvé le film d’autant plus cliché qu’à Toulouse comme à Poitiers on a des profs maghrébins, noirs, blancs et des étudiants maghrébins, noirs, blancs… Le mélange n’a jamais choqué personne et quand on voit la liste des admissibles au CRFPA on retrouve cette mixité sociale dans les noms de famille, preuve que personne n’a besoin qu’un prof blanc méprisant et de droite le prenne sous son aile! :p

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