La thérapie par le Droit

Mon parcours étudiant est un peu sinueux. Je veux devenir avocate depuis que j’ai 8 ans mais lorsque j’ai eu mon bac en poche, j’ai globalement tout fait pour contourner le Droit pénal. Si bien que je suis arrivée en master sans avoir jamais effleuré la matière. Ni Droit pénal, ni procédure pénale…
Ce n’était pas un secret, je ne voulais pas faire de Droit pénal, me jugeant trop fragile pour évoquer des sujets qui auraient vraiment pu m’atteindre et me rendre littéralement malade.

Pourtant, je veux devenir avocate depuis toujours pour défendre des victimes telles que moi. Et même si je ne souhaite pas devenir une avocate pénaliste à proprement parler (bien que je pense indispensable, pour moi, un passage par les commissions d’office afin de considérer à la fois la dureté et l’humanité de la profession), ilsemble difficile d’aborder de tels desseins sans passer par la case « Droit pénal ».

C’est donc tête baissée et non sans appréhension que j’ai scruté les emplois du temps du premier semestre afin d’assister à tous les cours de droit pénal que je pourrais trouver. Et pour faire les choses jusqu’au bout, j’ai choisi le droit pénal comme option pour mon examen.

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Les premiers cours ont été très douloureux. J’ai en quelque sorte revécu mon procès d’un bout à l’autre, et j’ai terminé quelques cours en larmes tant cela a été éprouvant.
Néanmoins, cela a également eu pour effet de « panser mes blessures », d’une certaine façon. Revoir chaque étape d’un procès, le fonctionnement du droit pénal, son articulation autour des droits fondamentaux du prévenu et la quasi totale absence de la victime au sein du procès m’a permis de comprendre ce qui m’avait échappé jusque là. Cela m’a également permis de ne plus me sentir victime du système mais au contraire d’être reconnaissante envers ceux qui ont su m’écouter.

Cette matière que j’ai fui durant toutes ces années et que je craignais tant se révèle cruciale pour avoir les dernières clés me permettant de lire mon histoire avec beaucoup plus de sérénité.
Je suis désormais en paix avec ce procès que j’ai si mal vécu. Il a pour moi été un traumatisme de plus (indispensable et néanmoins très bénéfique, mais traumatisant à bien des égards) et j’ai aujourd’hui la grille de lecture me permettant de comprendre et de cesser de souffrir.

Cela me conforte également dans l’idée que la justice est une épreuve pour les victimes. Une épreuve quasiment indispensable à la plupart d’entre elles, mais qui reste douloureuse car inexpliquée.
Je pense aujourd’hui que si j’avais été correctement accompagnée dans ma démarche, si on m’avait expliqué chaque étape du procès, mon rôle dans le procès civil et son absence dans le procès pénal, j’aurais peut-être un peu mieux vécu les choses.
Pourtant, mon avocate était une femme charmante et très à l’écoute, mais ce qui lui semblait évident ne l’était pas pour moi et je n’ai pas su poser les bonnes questions à l’époque. Je n’ai rien à lui reprocher à elle qui m’a vraiment accompagnée comme elle a pu. C’est plutôt une réflexion générale sur l’accompagnement des victimes dans de pareilles circonstances qu’il me semble indispensable d’améliorer.

Etudier ce droit m’a non seulement guérie (et en cela, quelque soit l’issue de l’examen, j’aurais eu mille fois raison de reprendre ces études!) mais m’a confortée dans mon envie de devenir avocate. Mon rêve est de travailler au sein d’une association de victimes afin de les aider dans leur cheminement juridique. On verra bien si cela se concrétise un jour, je sais que c’est très utopique, mais me rapprocher de mon objectif, même de façon encore très lointaine, est une véritable source de bonheur pour moi.
Si j’arrive à mes fins, j’aurais su faire d’un drame quelque chose de positif et utile. C’est vraiment très motivant.

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8 Commentaires sur
“La thérapie par le Droit”
  • Je pense qu’on ne choisit jamais un métier par hasard d’une manière générale…

    Je trouve ton billet magnifique et plein d’espoir pour les victimes.

    Affronter ses démons est souvent bien douloureux mais permet ensuite de se reconstruire…
    C’est comme un bout de verre planté dans le bras: la douleur est terrible quand on l’enlève mais c’est ce qui permet ensuite la cicatrisation. Voilà pour l’image qui me venait à l’esprit…

    Que ton projet se concrétise ou non, que cela prenne du temps ou non, c’est de toute façon un magnifique exemple de résilience. Tu as trouvé ton chemin pour cela, juste bravo!

    Et aux victimes qui tardent à trouver le leur ou qui doutent: il n’est jamais trop tard. Sachant que l’on fait avant tout du mieux qu’on peut et comme on peut quand on est victime justement!

    • Merci beaucoup Emeline.
      Je me suis longtemps demandé « mais pourquoi avocat? Pourquoi pas procureur ou juge? » mais j’ai trouvé ma réponse au fil des cours… 😉
      J’espère quand même très fortement atteindre mon objectif, je me sentirais ainsi vraiment utile.

  • Bonjour,
    Je lis très souvent votre blog et je crois que c’est la première fois que je vous adresse un commentaire.
    Je suis très touchée par votre vision du droit.
    J’ai été choquée d’entendre à la radio à l’occasion d’un procès qui se tient actuellement qu’il devenait très difficile pour les victime de trouver de bons avocats pénalistes. Ceux-ci préfèrent défendre les accusés.
    A une moindre échelle c’est ce que je vis en tant que victime.
    Il m’a été tellement difficile de « recruter » un bon pénaliste.
    Je sais qu’il est bon, mais je souffre de son « silence » de son absence d’explication (ou si peu).
    Paradoxalement le fait d’avoir été en audition assistée m’a permis de l’avoir à mes côtés pendant 5 h (hum j’ai payé le prix !) : c’est à cette occasion qu’il a réellement compris les détails de l’affaire que je n’avais jamais eu l’occasion de lui raconter par le menu pendant nos entretiens (qui ne dépassent rarement la 1/2 h).
    C’est très difficile pour le justiciable de comprendre le déroulement de la Justice, au civil comme au pénal.
    La lenteur de la justice augmente la frustration.
    Votre projet est tellement nécessaire.
    Je vous souhaite bon succès dans vos études
    (PS : personnellement je suis épatée par la capacité de synthèse et de mémoire de mes avocats – sachant que je ne suis qu’un minuscule dossier dans des centaines d’autres…)

    • Merci beaucoup Fanchette pour ce message qui me va droit au coeur.
      J’ai conscience de la naïveté de mon souhait, mais il faut quelques idéalistes, alors pourquoi pas moi! :-)
      J’ai eu la chance d’avoir une avocate très empathique, néanmoins, je n’ai pas compris grand chose à la procédure… Elle me disait toujours « vous êtes étudiante en droit, vous savez! » Sauf que bon, j’ai fait du droit public et international, c’est elle qui aurait dû savoir que je n’y connaissais rien en pénal! ^^
      Mais je suis persuadée que cette procédure peut être un vrai bénéfice pour les victimes si un avocat les accompagne, leur explique, les informe des délais, des lois, même sans entrer dans les détails…
      Comme un médecin qui va expliquer le traitement qu’il donne, la maladie, les conséquences. Il me semble indispensable de comprendre un procès, une plainte, une constitution de partie civile.
      Je pense en revanche qu’il vaut mieux faire appel à un avocat mixte, quand on est victime, qui saura mener à bien la procédure civile (la partie la plus importante pour la victime) tout en accompagnant et expliquant la procédure pénale.
      C’est pour ça que je souhaite un jour me rapprocher d’une association, afin de maîtriser parfaitement la problématique aussi…
      Bref, on verra. J’espère vraiment y parvenir. :-)
      Je vous souhaite du courage pour la procédure, je sais à quel point c’est long, difficile, décourageant, frustrant, angoissant… Toutes mes pensées.

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