Les écrits, check! [Semaine 53 à l’IEJ]

L’année dernière, quasiment jour pour jour, je rentrais à la fac de droit pour m’incruster aux cours des L2 et des M1 (en droit des contrats, droit pénal général, droit pénal spécial, droit pénal du travail et droit pénal international… Mais pas en procédure pénale parce que les cours ne commencent qu’au second semestre…)
J’étais motivée comme jamais auparavant, mais je gardais un doute profond: « suis-je capable d’aller jusqu’au bout? » « Vais-je abandonner au bout de 6 semaines? 3 mois? » « Vais-je tenir la distance? » « Vais-je réussir à me confronter à un potentiel échec en allant jusqu’au bout? »

53 semaines plus tard, je peux le dire: JE L’AI FAIT!!

Non seulement j’ai tenu toute l’année sans jamais envisager l’abandon, mais j’ai réussi à bosser régulièrement chaque jour de chaque semaine. Je me suis impressionnée par mon sérieux et ma ténacité, dont je ne me savais pas capable.
Lundi, à 13 heures, j’étais assise dans un amphi avec environ 300 autres étudiants pour passer l’examen de ma vie. Et j’y suis allée tous les jours suivants jusqu’à la fin.

Je me suis confrontée à l’échec, la peur au ventre. Cette année, si j’échoue, je ne pourrai pas dire « ho mais je n’ai rien foutu, c’est normal! ». . Je ne pourrai me retrancher derrière aucune excuse, parce que j’ai absolument tout donné, du début à la fin. Je me suis investie cette année comme je me suis rarement investie auparavant, et je sais que si échec il y a, il sera d’autant plus difficile à digérer.

D’un autre côté, il y a la satisfaction et la fierté d’être allée au bout d’un rêve et d’avoir tout fait pour le rendre possible. Et rien ni personne ne pourra m’enlever la découverte de cette nouvelle partie de moi-même!

Sans titre 1

Pour faire un petit résumé, les épreuves écrites ont été pour moi un fiasco…

La note de synthèse, sujet « Consentir au traitement de ses données personnelles par les réseaux sociaux » m’a donné envie de mourir sur place, littéralement. Déjà, le sujet ne m’a pas mise en confiance. J’avais déjà planché sur ce thème pendant la prépa estivale et j’avais baclé le truc, endormie sur les documents soporifiques… (j’avais eu 6, ma pire note de NDS).
Il a fallu gérer le stress occasionné par ce sujet honnis… J’ai regardé les docs: 21 docs pour 31 pages « Oh chouette, plein de petits documents » me suis-je alors dit.
J’ai commencé la lecture en me fixant d’avoir terminé au bout de 2 heures grand max. La lecture m’a rassurée, les docs étaient très simples à lire et à comprendre et j’ai tout bouclé en 1h50. Easy.
Toute bien lancée, j’ai commencé à me dire « ouais, ça va le faire! » Et puis j’ai relu le sujet et j’ai réalisé « mais merde, ils sont où les docs sur les RS?? Mais c’est quoi ce sujet qui n’a presque aucun rapport avec les docs?? »
J’ai commencé à penser à mon intro « je vais mettre ça et ça et ça aussi, ça va être bien! » « Ha, mince, si je mets tout ça mon intro fait 30 lignes, c’est mort, on va couper à la tronçonneuse… » Intro de 10 lignes avec 3 pauvres chiffres décevants…
Elaboration du plan difficile et douloureuse. A ce stade, je dois m’arrêter environ toutes les 3 minutes pour me dire « Allez Aurore, on ne lâche rien, on finit la copie, on ne fout pas en l’air 1 an de boulot pour une saleté de NDS, on avance, on arrête de réfléchir! »
4h55, ma copie est terminée et relue. Je ne suis que déception et frustration…
Je sors au bord des larmes, le CRFPA, ça ne sera pas pour moi cette année. (La NDS a un coeff 3 alors que les autres épreuves ont un coeff 2, autant dire qu’il ne vaut mieux pas trop se rater)

Le lendemain, je reviens un peu moins déconfite. Après discussion avec les copines puis, un peu plus tard, un rapide passage sur les RS (ceux-là même), je réalise que tout le monde a ce sentiment d’échec. Ca me réconforte un peu.

Droit des obligations. Je m’attends au pire, un sujet full RGO (je vais arrêter les blagues sur ce truc là! ^^), un truc du genre de l’an dernier auquel je n’ai pas pipé un mot…
13h, je retourne le sujet, il est en français, je suis soulagée!
J’identifie les problématiques, je trouve ça plutôt accessible. Facile est loin d’être le terme, mais je suis déjà tellement contente de comprendre ce que je lis, je n’en demande pas plus!
Je pars sur le manquement à l’obligation précontractuelle d’information, je vais ensuite sur les vices du consentement et là, je commets une erreur que l’on ne doit JAMAIS faire: je doute. « Ha mais non, mais le gars veut sauver son contrat, ça va pas si je pars sur les vices du consentement, on va devoir l’annuler, abort, abort! »
Je fais donc un truc d’une extrême connerie, je vire trois pages de mon devoir pour recommencer sur une autre voie (je comprendrais ensuite l’ampleur de mon erreur, en réalité, le vice de consentement était envisageable et l’annulation du contrat faisait partie des « autres voies de droit » demandé par le client).
Bref, je continue, toute contente de moi, je sauve le contrat du client virtuel, je lui explique qu’il est con de signer des clauses extensives de force majeure, je lui explique qu’il est débile de garder des données confidentielles sur le cloud et je rends ma copie, plutôt TRES fière de moi (le droit des obligations n’est pas mon point fort, j’étais donc toute heureuse de rendre 10 pages!)
Je n’y pense plus, je me consacre à l’épreuve du lendemain, ma matière fétiche, celle à laquelle j’ai cartonné une bonne partie de l’été.

Droit pénal. Je m’attends là aussi à un sujet difficile et hors de ma portée. Des infractions du droit pénal des affaires auxquelles je ne comprends qu’un mot sur trois ou d’autres trucs difficiles…
Que nenni, le sujet est simple, ça pop partout dans ma tête: récidive, tentative, complicité de tentative, homicide involontaire, mise en danger d’autrui, excuse de minorité, immunité familiale… Je suis en feu!
Je commence mon plan avec le premier protagoniste. 6 pages plus tard, je réalise que ce crétin n’est que complice de l’infraction principale. J’aurais du parler des frères en premier pour donner une logique à mon devoir. Dans l’idéal, il faudrait que je recommence mais je dis « stop! On continue et on avance, on ne perd pas de temps! On va rendre une copie complète et imparfaite et tant pis! »
2h55 plus tard, je rends une copie de 17 pages. Je suis partie sur le vol en bande organisée à main armée. J’aurais dû aussi envisager l’extorsion mais cela ne m’a pas semblé pertinent, et puis bon, en 3 heures, 17 pages, c’est un record pour moi, je ne vois pas où je pouvais caser l’extorsion donc hein, bon…
Je rends ma copie en étant TRES contente de moi.
Trois minutes après, j’écoute les autres étudiants et je doute… Je me suis plantée sur le terme de la récidive, de toute évidence… J’aurais dû partir sur l’association de malfaiteurs plutôt que la bande organisée, merde… J’ai balayé l’excuse de minorité en quelques lignes, pas le temps, trop pressée de passer à la suite. Et puis 17 pages, est-ce bien sérieux? Mon correcteur va avoir envie de se pendre avec… Je vais perdre 3 points parce que j’ai écris trop vite, trop mal…

Quatrième jour, procédure pénale. Je n’en mène pas large. C’est LA matière dans laquelle je galère depuis le début. J’ai commencé l’année à 1,5/20, je n’ai jamais assisté à un cours magistral et tout au long de la prépa, cette matière m’a paru nébuleuse et inaccessible. J’ai réussi à comprendre un peu, à force d’acharnement, mais j’avais déjà trop à faire sur les autres matières, plus abordables, sur lesquelles je me suis concentrée.
J’appréhendais un sujet trop bateau auquel tout le monde comprendrait quelque chose sauf moi.
Au final, le sujet est mixte, un cadre d’enquête déjà défini, deux GAV, un secret de l’instruction violé que je n’identifie pas (du moins je n’arrive pas à en trouver le fondement).
Je suis néanmoins assez soulagée car je comprends le sujet, ce n’est pas du chinois. Je fais un plan,je commence à écrire, je focalise sur le temps. Cette dernière épreuve ne dure que deux heures mais le sujet en demande au moins trois. Je panique un peu mais j’essaye de rester focalisée. J’écris, j’écris, j’écris. 1h45, ma copie est terminée.
Je la relis, j’essaye de chercher vite fait de quoi la compléter, en vain…
Je suis à deux doigts de m’effondrer. J’ai raté cette épreuve, forcément. J’ai raté mon année, c’est sûr.

Je rends cette dernière copie encore plus déçue et frustrée que pour les précédentes.
On se félicite avec les copines, « putain les meufs, on l’a fait! On a passé le CRFPA! », on va boire un verre puis on va dîner. On rigole, ça fait du bien, on décompresse dans la bonne humeur. Quelle joie de partager ce moment après une année partagée autour d’un objectif commun.

Je rentre chez moi ensuite, je me couche et je m’effondre…
Je passe ensuite environ 24 heures à pleurer sans pouvoir m’arrêter. Je suis une vraie loque. En plus je suis malade comme un chien toute la nuit et toute la journée.
Avec un tout petit peu de recul, je trouve fascinante cette faculté du corps et de l’esprit de tenir, tenir, tenir et de tout lâcher d’un coup une fois le combat mené.

Une semaine après le début des épreuves, je suis absolument incapable d’évaluer les copies rendues. Sont-elles si catastrophiques ou est-ce le stress qui me fait voir tout en noir? Est-ce parce que mon niveau a progressé que, fatalement, je suis plus exigeante? Je l’ignore.
J’ai bien évidemment fait des calculs de probabilités « Et admettons que l’ai 12 à la NDS, je peux avoir 7 en oblig, si j’ai 14 en pénal, ça compensera un 6 en procédure… » « Non mais je n’aurai jamais 12 et 14, réveille toi! »
J’ai regardé mes copies de l’IEJ, mes notes n’étaient pas terribles mais mes copies étaient pires encore… J’ai progressé, peut-être que ça va le faire? Je regarde les copies de la prépa estivale et j’en conclus qu’ils m’ont surnoté.
On verra, je dois arrêter de réfléchir. Les copies sont rendues, mon sort est scellé. J’ai fait mon max, je suis allée au bout de mes capacités cette année et j’ai rendu les meilleures copies que j’étais capable de rendre à l’instant T.
Maintenant, c’est au correcteur de trancher. Peut-être que j’aurai un peu de chance, ou peut-être pas.

Résultats d’admissibilité le 22 octobre, j’ai le temps de mourir d’angoisse 20 fois, à ce rythme.
Je dois me préparer aux oraux, même si j’ai le sentiment d’avoir échoué, je ne suis pas la meilleure juge et je ne pardonnerai pas d’être admissible, aussi miraculeux cela puisse sembler, et d’échouer aux oraux faute d’avoir bossé.
Arrêter le petit vélo, fermer les yeux et foncer vers la deuxième étape. Au pire, je serai en vacances le 22 octobre et j’aurai un mois pour faire le deuil du CRFPA 2018 avant de me lancer à la quête du CRFPA 2019. Au mieux, je serai admissible et je serai bien contente d’avoir passé 6 semaines à bûcher pour être prête à en découdre pour les oraux!

Quoi qu’il en soit, I did it! J’ai passé l’examen d’entrée à l’école des avocats. Ce rêve de gamine est devenu très concret, l’espace de quelques jours. Rien que pour ça, rien que pour pouvoir regarder en arrière et dire à la petite fille que j’étais il y a 30 ans « Tu vois, tu l’as fait môme! T’es pas plus con qu’une autre! », ça valait le coup. Peu importe le résultat!

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