« L’heure des papas »

Mon billet sort avec quelques semaines de retard (le temps ma bonne dame, le temps qui court, court et nous rend sérieux), j’aurais dû l’écrire en même temps que les autres, à la rentrée, mais tant pis.
Vous avez sans doute, comme moi, vu fleurir cette illustration qui a pas mal tourné sur Facebook (je n’ai pas réussi à la retrouver mais elle est apparu au moins 20 fois dans mon fil d’actualité), décrivant les mamans d’élèves à la sortie de l’école. Celles à fuir, les chiantes, les populaires, les trop pressés, les fashion, tralali tralala…?? Un monceau de clichés négatifs…

La première fois, ça m’a agacé mais sans plus. La vingtième fois, j’ai commencé à avoir des envies de meurtre.
Non contente de se fader la sortie d’école, la mère se doit en plus d’être irréprochable si elle ne veut pas prendre le risque d’être jugée par ses paires (et encore, elle sera alors la « mère parfaite » tant décriée…)
En gros, quoi qu’elle fasse, la mère aura toujours tort.

Moi je m’en fous, la sortie d’école, je n’y suis quasiment jamais. En effet, comme « j’ai de la chance », c’est moi qui emmène nos enfants à l’école et leur père qui va les rechercher (comme ça il rentre à l’heure pour préparer le repas)(je ne suis plus à une provocation près!). Je ne me sens pas spécialement visée dans la mesure où il n’y a jamais la catégorie « mère absente » dans tous ces petits tableaux pénibles.

Alors c’est rigolo tout ça, mais cela m’a agacé pour plusieurs raisons:
– Sous couvert d’être gentillet, on pointe encore et toujours les mères du doigts.
– On ne parle jamais des pères, JA-MAIS! Comme si eux-même étaient absolument inexistants du paysage scolaire. Ou pire, comme si eux ne présentaient aucun défaut visible qui permettrait de brosser un tableau cynique.
– Ces portraits, a priori inoffensifs, ne sont qu’une succession de poncifs corrosifs concernant les femmes et plus particulièrement les mères.

Vous allez me répondre « mais c’est de l’humour! ». Certes. C’est toujours chouette de rire un bon coup, et on ne devrait pas se censurer, je suis d’accord. Si j’avais vu fleurir ce genre de trucs pour les mères ET pour les pères, ça m’aurait gonflé parce que ce n’est pas mon genre d’humour mais bon, ça ne m’aurait pas profondément agacée comme c’est le cas ici.
Ce qui me gène, ce n’est pas tant les portraits caricaturaux au possible que le fait que TOUS, sans exception (ou alors les autres m’ont échappés??) traitent exclusivement des mères…

Alors je suis sans doute une privilégiée, je dois vivre dans une ville particulièrement précurseure en matière d’égalité « femme-homme », ou peut-être que je me pointe à l’école aux bonnes heures, je ne sais pas…
Mais moi, quand je vais à l’école, j’y vois des mamans, certes, mais aussi des papas, plein!
Quand j’accompagne mes enfants en sortie scolaire (ce qui n’arrive presque jamais, j’avoue), il y a des mamans accompagnatrices et des papas accompagnateurs.
Quand je vais aux réunions du CA de l’école, il y a un nombre assez équilibré d’hommes et de femmes.
Quand je vais assister au spectacle de fin d’année, j’y vois des yeux embués d’émotion paternelle autant que maternelle.
Bref, certes nos enfants fréquentent une école un peu particulière et cela rend peut-être mon expérience biaisée, mais mon vécu est celui-ci depuis quelques années. Cela étant, c’était exactement la même chose à la crèche qui était, elle, tout ce qu’il y a de plus classique.

De ce fait, je me questionne sur l’intérêt de brosser encore et toujours les portraits des mères plutôt que des pères? Dans la mesure où les deux semblent aussi investis aujourd’hui dans la scolarité de leurs enfants…?

Je n’ai pas les qualités d’observation me permettant de faire un portrait détaillé des pères. En revanche, j’ai envie de brosser un portrait sociologique de l’image des pères que renvoie notre société dans les médias, les films, les séries, les publicités…
Qui explique sans doute en partie pourquoi il est si difficile aux mentalités d’aller aussi vite que les changements des moeurs.

Le père « sévère »

Le « pater familias », celui qui hausse la voix quand il faut et sait se faire respecter. Celui que l’on craint sans même avoir besoin de le croiser. Celui qui passe ses journées à travailler pour gagner le pain quotidien et qui n’entend pas se laisser emmerder par les enfants, laissant à sa femme le soin de s’en occuper. Son rôle se limite donc à gueuler de temps en temps (quand le bruit l’empêche de lire son journal devant sa chopine de bière).

Le père « irresponsable »

Celui-ci semble un peu plus sympathique de prime abord. Il adore ses enfants mais ne sait pas s’en occuper. Sa femme refuse tous ses déplacements professionnels parce qu’il serait fichu de nourrir leur marmaille exclusivement de plats préparés Picard et de bonbons Haribo.
Il essaye de s’investir autant qu’il peut mais ce n’est pas évident. Sa femme est obligée de lui préparer les piles de vêtements afin qu’il puisse emmener ses enfants à l’école avec une tenue adaptée le lendemain matin. Sinon il serait fichu de les laisser en pyjama, de leur mettre un maillot de bain en plein hiver ou des collants en été.
Il est gentil mais il est un peu con quoi.

Le père « poule »

Le papa poule a l’adoration des mamans. Qu’il est mignon à couver ses enfants!! Il a tendance à couver un peu plus ses filles de monde terrible. Il sait ce qu’est un homme, lui, et il ne voudrait pas que ses petites chéries tombent dans les griffes d’un de ses congénères.
Il intervient souvent plus tard dans l’imaginaire collectif. C’est celui qui va se faire un sang d’encore quand sa fille ira à sa première boum ou encore celui qui sera suspicieux envers les petits copains de celle-ci.

Le père « super-héros »

Celui-ci a du bol, le simple fait de s’occuper de ses enfants comme une mère le ferait lui donne immédiatement droit au statut de demi-dieu. Il ne fait que sa part du job mais il est gratifié des regards admirateurs de toutes les femmes alentours.
Il emmène sa fille à la danse? « Oh mais c’est trop trop mignon! » (faudrait pas qu’il emmène son fils par contre sinon ce serait louche). Il assiste à une réunion de rentrée? « Hanlala, quel papa investit! »
Légèrement crispant pour les mères normalement constituées qui voient clair dans son jeu « mec, fais pas le héros, t’es juste un parent normal! ».

Sans ti5tre 1

Le père « démissionnaire »

Ce dernier modèle sur-représenté consiste en un père absent, tout simplement.
Soit c’est l’homme coureur de jupon qui apprend sa paternité quand une jeune fille se présente devant lui pour lui dire « ha, maman avait raison! ». Ou alors c’est celui qui a déserté la partie quand il a compris que les choses devenaient trop compliquées à gérer.

Entendons nous bien, je ne suis pas en train de dire que ces types de pères n’existent pas (j’ai une petite expérience du dernier modèle), les stéréotypes trouvent souvent leur fondement dans une certaine réalité.
Je voulais juste apporter ma petite pierre à l’édifice pour tenter de rééquilibrer un peu les choses!

J’entends souvent dire « les femmes sont les pires entre elles ». Je ne crois pas. Je pense que tout le monde est pire avec les femmes et que c’est entretenu tacitement et massivement.
Je ne sais pas si les choses avanceraient mieux si on se mettait à juger les hommes avec autant de sévérité.
Quoi qu’il en soit, quitte à voir ces petites blagounettes chiantes à propos des parents, j’aimerais bien, l’année prochaine, en voir autant sur le compte des pères que sur celui des mères.

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15 Commentaires sur
“« L’heure des papas »”
  • je ne peux qu’acquiescer à ton propos, voire applaudir des deux mains!
    c’est agaçant cette perception des pères par la société!
    rien que le terme « papa poule » est problématique en soit car il souligne qu’un papa qui s’occupe de ses enfants aurait un comportement féminin…

    quant aux papas à la danse : j’ai été choquée récemment quand j’ai réalisé qu’alors que les mamans squattent les vestiaires avec leur progénitures, beaucoup de papas, restent à l’extérieur des vestiaires, comme si un papa qui va aider son gamin à mettre son collant de danse (et c’est pas facile pour tout le monde) serait forcément suspect! Non mais zut quoi!

    • Grave pour « papa poule », je n’avais même pas fait le rapprochement!

      Pour les papas à la danse, c’est drôle parce qu’au premier cours de danse de ma cadette, il y avait un papa qui aidait sa fille à se changer. On était donc tous les deux dans le vestiaire avec nos deux filles. Et je ne me suis fait aucune remarque spéciale jusqu’à ce que les autres parents arrivent : que des mères…
      C’est à ce moment que je me suis dit « hé ben, il est bien seul le pauvre homme! »
      Il n’y avait qu’un petit garçon pour le cours avec une 15aine de petites filles aussi (les mentalités commencent à changer quand même, ce qui est rassurant!)

  • MERCI pour cet article! Je me sens moins seule. Moi aussi j’ai été choquée par ces portraits de maman. Je ne me suis reconnue dans aucun, mais j’ai l’habitude. Et la stigmatisation, c’est pas mon truc. En tous cas, c’est pas ça qui va faire progresser l’égalité.

  • Je suis instit en région parisienne et le matin, il y a à peu près autant de pères que de mères qui emmènent les enfants à l’école (faut dire elle est sur le trajet du métro, ok je sors). Et j’ai déjà rencontré un papa très très casse pied, un qui m’a parlé de son enfant pendant au moins 10 minutes avant que je puisse lui dire que son enfant n’était plus dans ma classe… Le père divorcé qui vient chercher son fils quand il y pense et à chaque fois c’est la mère qui doit quitter son boulot en urgence pour venir chercher le môme… bref, il y a des pères qui assurent et d’autres pas . Ca ne m’a pas fait rire non plus.

    • Désolée mais le père qui te parle de son enfant qui n’est plus dans ta classe, ça m’a fait rire! ^^
      On est bien d’accord. Et à l’inverse, il y a aussi des mères qui n’assurent pas une cacahuètes…
      On en parle simplement beaucoup moins.

  • Mes enfants sont dans une école publique, et c’est plutôt 2/3 de femmes pour 1/3 d’homme (et oui, j’ai pas écrit papa ou maman parce qu’il y a aussi nounou, grand frère et grands parents à la sortie des classes).

    J’ai pas croisé cette infographie (en même temps je fais beaucoup de tri dans ce que j’affiche, et les site de « même » qui me déplaisent je les ai blacklisté), et probablement mon mari non plus…
    Car ces petites phrases « maman qui fait tout » et de « papa super héros » lui courent sur le haricots. « tu as de la chance d’avoir un mari qui t’aide », « c’est chouettes les papas qui s’investissent ». Il est ravi qu’on reconnaisse son talent en cuisine, que les enfants sautent de joie quand il prépare un pique avec eux (pendant que je travaille), mais c’est aussi normal, et pour lui et pour moi, que nous fassions chacun notre part, au regard de nos moyens (qui varient selon les périodes d’ailleurs).

    Malheureusement les clichés n’évoluent pas vite. Mais on les auras à l’usure!

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