Au secours, ma fille fait de la danse!

Quand j’étais petite, j’avais une certaine aversion pour les trucs « de fille ». Je ne voulais pas être une fille « nunuche », je ne voulais pas donner d’importance à mon apparence, je ne voulais pas passer des heures à attendre qu’un garçon m’appelle (ce qui ne m’empêchait pas de le faire du reste) et je voulais me démarquer en adoptant un maximum de caractéristiques « de garçon ».

Quand j’ai su que j’attendais une fille, je me suis rassurée en me disant que, comme moi, elle n’était pas obligée d’être une « vraie fille ». Et effectivement, Mouflette est l’incarnation du « garçon manqué » (oui je déteste cette expression moi aussi). Elle n’a jamais voulu jouer à la poupée, grimpait aux arbres, était très turbulente, bruyante, encombrante…
Elle ne rentrait pas du tout dans la case « gentille petite fille ». Et elle se démarque encore à ce niveau-là, jeune fille musclée comme une armoire à glace, préférant le skate aux escarpins, etc, etc.

J’ai donc échappé au cliché « ma fille fait de la danse » assez brillamment.
Jusqu’à cette année.
Noisette est une petite fille qui ne rentre pas spécialement dans les clichés de la « petite fille modèle » (elle est turbulente, bruyante et encombrante, elle aussi! ^^), en revanche, elle s’est prise de passion pour la danse l’année dernière en regardant Ballerina et ce que j’ai cru être une brève passade s’est transformé en objectif de vie. Noisette n’a jamais arrêté de nourrir son désir d’être danseuse, elle essayait de faire le grand écart dans le salon, nous faisait régulièrement des petits pas chaloupés ou des sauts sur pointes (je n’ai aucune idée du jargon, mais je la trouve néanmoins plutôt douée pour son jeune âge!)

C’est donc naturellement que nous l’avons inscrite à un cours de danse en septembre dernier.
Et je n’ai jamais vu une petite fille aussi ravie et souriante à la sortie d’un cours de danse! C’est bien simple, on croirait qu’elle a mangé un cintre!

Sans dan4

Je fais comme si cela me posait un souci mais en réalité, cela ne m’en pose aucun.
J’ai grandi depuis mes 20 ans.
J’ai compris que tout ce rejet des attributs « féminins » cachait en réalité une intériorisation assez pernicieuse du sexisme ordinaire. Je ne voulais pas être « une fille » parce que les filles, c’est nul. Je ne voulais pas que ma fille soit trop efféminée car ce n’est pas comme ça que l’on réussit dans la vie (ce n’est pas faux, mais ce n’est pas le féminin le problème).

Aujourd’hui, j’envisage la danse comme une activité non genrée. Ce n’est pas parce qu’une immense majorité des élèves sont des filles (exclusivement en ce qui concerne le cours de Noisette) que c’est un sport « de fille ».
Et je refuse bien évidemment d’influencer ma petite fille à faire telle ou telle activité parce que ça « casse les clichés ».
Je pense que l’on peut être une fille qui fait de la danse et contribuer à casser les clichés.

Depuis quelques semaines, j’ai à coeur de montrer à Noisette que la danse peut être exercée par les garçons comme les filles. Je lui explique que c’est une activité très exigeante, mêlant une dynamique artistique à une grande maîtrise de ses capacités physiques.
Il suffit de regarder un corps de danseur ou de danseuse pour voir qu’ils sont extrêmement musclés, souples, forts.
Je découvre une activité qui m’était toujours passée au dessus et je suis bluffée par la technique et la force incroyable que cela nécessite. Et j’avoue ne pas bien comprendre comment cette activité peut être associée à une fragilité de ceux qui l’exercent… Une activité permettant à ce point de dégager des émotions avec son corps ne pourrait donc pas être considérée comme puissante? Tout simplement parce que c’est joli et gracieux? C’est un peu dommage, non?

Le propos de ce billet était surtout d’inciter à stopper les clichés, quels qu’ils soient (c’est un travail que j’ai dû faire et qui n’est pas facile, j’en conviens). Si on laisse nos enfants choisir leurs passions, je suis certaine qu’il y aura autant de petits garçons que de petites filles aux cours de danse, d’ici quelques années! Autant de garçons et de filles sur les terrains de foot (que j’en sois préservée, par pitié!). autant de filles que de garçons aux échecs, au basson, en cours de cuisine, à la peinture, à l’escrime, au rugby, etc, etc…
D’ailleurs il y a plus de filles dans les sports généralement assimilés aux garçons (le rejet de la féminité…) mais très peu de garçons dans les activités généralement dévolues aux filles (danse en premier lieu).

L’enjeu est donc de revaloriser les activités, loisirs, métiers, caractéristiques habituellement attribués aux filles afin que les garçons puissent se les approprier et que certaines filles ne les fuient pas.

Pour le moment, Pépin souhaite également faire de la danse. J’ignore si c’est pour faire comme sa soeur (il veut tout faire comme sa soeur, ce que je trouve adorable et un peu flippant parfois!) ou si c’est une envie propre. Quoi qu’il en soit, s’il perdure en ce sens, on l’inscrira l’année prochaine à la danse et je ne me dirais pas « youpi, on casse les clichés » mais « youpi, notre petit garçon fait une activité dans laquelle il est heureux! »
De la même manière que voir ma petite Noisette à la danse me comble de joie parce qu’elle est si heureuse et épanouie qu’il est bien difficile de ne pas sourire avec elle!
On verra bien si elle continue en grandissant (après tout, elle n’a que 4 ans, elle fera peut-être du handball dans 3 ans!) mais en attendant, la voir si épanouie et rayonnante est un vrai bonheur! 🙂

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16 Discussions on
“Au secours, ma fille fait de la danse!”
  • Mes deux filles font de la danse.
    Fleur parce que quand nous nous sommes intéressés à l’inscrire au sport, elle avait 4 ans, le choix dans la commune était soit danse, soit judo. Elle avait vu la fille de la nounou faire de la danse, elle a voulu essayer la danse. ça lui plait donc elle continue.
    Rose parce que après 1 an de handball, elle a demandé à faire de la danse comme sa sœur, et ça semble lui plaire.
    Cèdre fera bien ce qui lui plait (il a quelques années pour décider) (enfin je croit que s’il faisait du foot, j’écrirais « au secours mon fils fait du foot » ;))

    j’ai été très triste une année de voir un petit garçon arriver à son premier cours de danse sous les quolibets de sa grand-mère (« haha regarde, il n’y a que des filles. Tu vois que c’est pas un sport de garçon. »). Il n’est pas venu au 2ème cours…et je ne suis pas certaine que ce soit parce que l’activité ne lui a pas plu. Dommage

  • Mon LutinCoquin est encore un peu jeune, mais il passe tellement ses journées à danser qu’on pense l’y inscrire l’an prochain . Et j’ai été contente d’apprendre que dans mon petit bled de campagne, il y avait 3 garçons au cours de dans, dont un des camarades de classe de LutinCoquin que j’espère retrouver l’an prochain
    (Ps: moi, je suis encore plus extrême que toi, je prie pour qu’aucun de mes enfants ne choisissent un sport collectif )

    • Ha oui, 3 petits garçons d’un même village, dis donc, c’est super!
      Dans le cours de Noisette, il y en avait un au début, mais il venait tout juste d’emménager en France, il venait de Corée et ne comprenait rien malheureusement. Du coup il n’est pas revenu le cours suivant…

  • Ici, c’est Paul qui fait de la danse depuis 4 ans. Et 3 ans de gym auparavant. Il a appris à répondre aux moqueries -que serait Casse Noisette sans un danseur enfin? – mais la plupart des copains sont assez admiratifs quand ils le voient au spectacle de fin d’année (jusqu’alors il a toujours été la vedette car le plus investi des 2 garçons)
    Le début d’année a été dur, car nous avons proposé de l’inscrire au conservatoire, mais les 4 jours de cours par semaine ont eu raison de la bonne volonté de tout le monde. On a eu peur que cet « échec » soit douloureux, mais on a trouvé une nouvelle école qui a des horaires beaucoup plus raisonnables pour un garçon de 10 ans, et il s’éclate totalement en contemporain et désormais en hip hop.
    Tant pis si on est au pays du rugby, on assume à 100% cette passion aussi sportive qu’artistique qui va bien au delà des clichés!

  • quand j’étais petite (toujours aujourd’hui d’ailleurs ) je voulais faire de la batterie ! mais ma mère m’a inscrite à la danse classique, avec les filles en tutu rose… J’ai été au premier cours et j’y suis jamais retournée ! je n’aimais pas la rigueur du cours

  • Ce qui est chouette, comme tu le dis, c’est surtout quand ils trouvent une activité qui leur convient, au delà des clichés. Avec mes deux « grands » (les seuls à faire des activités extra scolaires pour le moment), je trouve difficile de leur faire envisager des activités au delà des ultra basiques « danse/judo/foot ». J’y arrive tout doucement, mais c’est un travail de fond… 😉

    Et j’ai souris quand tu décris ton cheminement vis à vis de ce qui est « féminin ». Je ne suis pas très portée sur certains trucs « de fille » (les vêtements, maquillage etc.) par contre je suis très attachées à certains autres (les discussions dans la cuisine « entre filles », les comédies romantiques, les copinEs…). Peut-être le résultat de ma famille « de fille » ? Mais cela m’a appris à être féministe autrement.
    Enfin, cela n’a plus beaucoup de rapport avec cet article, mais ça m’a fait pensé à des échanges que nous avons eu à propos des garçons 😉

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