Frénésie de lectures

Enfant, je lisais à peu près tout ce qui me passait sous le nez. Du paquet de céréales, de la bouteille de lait, des J’aime lire à la bibliothèque en passant par Hemingway et la bibliothèque rose. Rien ne me faisait peur, rien n’arrêtait ma passion de la lecture, rien ne tarissait ce besoin sans fond que j’avais de lire, lire, lire…

J’ai grandi, j’ai pris un malin plaisir à éviter les lectures imposées au collège puis au lycée. Je m’amusais parfois à lire les trois premières pages et les trois dernières et cela me suffisait parfois pour avoir une note très correcte aux interrogations… Et je lisais des livres qui n’étaient pas du tout à lire dans le programme. Toujours tout ce qui me tombait sous la main, de la bluette pénible à lire au chef-d’œuvre classique. J’avais tout de même un mépris assez particulier pour les histoires d’amour que je jugeais souvent bien trop surfaites… Pourtant, les deux livres qui m’ont le plus marqués à cette époque sont Tristant et Iseult (la version de l’inconnu, pas celle de Béroul qui m’a profondément déçue)(la seule lecture de Troisième que j’ai lue) et Roméo et Juliette, livre qui a été donnée en punition à l’une de mes camarades de classe et qui a piqué ma curiosité « est-il si affreux pour constituer une punition? ». Ces deux livres d’amour tristes et impossibles, dont les personnages sont complètement enflammés, passionnés, irraisonnés, m’ont beaucoup parlé et j’ai placé mon curseur de notation des autres histoires d’amour sur ces deux bouquins (autant dire que peu ont réussi le test…)

J’ai grandi encore, je suis devenue maman, j’ai repris mes études et j’ai eu moins le temps, beaucoup moins le temps de lire… Ce que je voyais, enfant, telle une passion comme une autre est devenu une passion dévorante incompatible avec ma vie… Je me contentais donc de lire mon quota pendant les vacances d’été où j’enchainais vingt-cinq livres en deux mois.

Je suis devenue maman une deuxième fois, puis une troisième et une quatrième et fût un temps ou je n’étais même plus sûre de savoir encore lire tant la lecture avait déserté ma vie. J’étais occupée à autre chose, passionnée par mes bébés et je satisfaisais mon besoin de mots en tenant ce blog assidûment (un peu trop diront certains). Bref, la lecture a cessé de faire partie intégrante de ma vie… Plus assez de temps, plus vraiment l’envie… Et cette conscience d’être incapable de faire les choses à moitié: j’ai un tempérament addictif. Cela n’était pas un problème quand j’étais plus jeune car je n’avais pas grand chose d’autre à faire (enfin en théorie j’aurais dû travailler pour être une collégienne ou lycéenne sérieuse mais je m’en foutais ce qui fait qu’en pratique je n’avais rien à faire!) Mais à la tête d’une tribu de quatre enfants et d’un job freelance, aussi élastique soit-il, mon temps est devenu une denrée rare et je ne pouvais plus me permettre de me lancer à coeur perdue dans la lecture des Rougon-Macquart… En tout cas, me trouvais-je cette excuse. Parce que quand il s’agissait de s’enfiler l’intégrale de « The good wife » sur Netflix en un mois, le temps, je l’avais!

Bref, une semaine de vacances chez mon oncle, celui-ci m’expliquait qu’il s’était lancé le défi de lire un livre par jour pendant une semaine « et pas des petits en plus! » et il était à une quarantaine de livres lus depuis le début de l’année (à Pâques donc). A ce stade, j’avais oublié que je savais lire, que c’était un vrai plaisir pour moi. Et je l’ai envié. Comme j’aimerais, moi aussi, avoir le temps de me cultiver ainsi! Il m’a alors amené une pile de cinq livres, très courts (150 pages max) et m’a donné les cinq jours de vacances chez lui pour les lire. Ce que j’ai fait: un par jour. Et la soif de lecture a été ravivée aussitôt. Non seulement je savais lire, relativement vite, mais le plaisir était intact, vif, brûlant…

En rentrant chez nous le week-end, j’ai terminé le livre en cours depuis deux mois le samedi (Vipère au poing, j’ai détesté, la lecture m’a été particulièrement fastidieuse…) puis, le dimanche, j’ai lu le dernier roman que Virginie Grimaldi m’avait envoyé (le sien donc).

La semaine suivante j’avais beaucoup de travail et Pépin avait attrapé la varicelle, j’ai dû mettre en sourdine ma boulimie… Qui s’est révéillée de plus belle le week-end suivant, j’ai commencé Martin Eden en livre audio sur la route de Carcassone (où j’ai passé le week-end avec Noisette) et j’ai passé le mardi suivant à le finir (il restait 10 heures de lecture que j’ai écouté en 7h en accélérant un peu la voix…). Et j’ai enchaîné les lectures, y passant mes journées (ou presque). Aujourd’hui, j’en suis à 13 livres en 18 jours… (dont 5 jours de pause donc) Et j’écris cet article pour faire autre chose (Noisette est à la maison avec une gastro, je m’interdis de finir le Kundera commencé hier, je deviendrais irritable…)

Bref, c’est courant, je crois, cette façon de plonger dans un livre et d’être incapable d’en sortir. Je suppose que c’est pour cette raison que beaucoup de gens ne lisent pas, parce que c’est une activité trop dévorante, cela ouvre sur de magnifiques textes, histoires, récits, mais cela enferme un peu dans une vie reculée du monde… Ou alors je fais une crise de boulimie de lecture pour compenser toutes ces années de manque? Je m’imaginais, le soir, tranquillement installée dans mon fauteuil préféré, un livre à la main, pendant que mon chéri regarderait un énième reportage douteux sur les machines-outils… Mais si je commence un livre, je n’arrive à m’arrêter qu’au prix d’efforts qui me mettent de très mauvaise humeur… Seul le livre compte, savoir la suite, le terminer et en commencer un nouveau!

J’aimerais, parfois, grandir un peu. Je viens d’avoir trente-huit ans (38 ans!!!) et mon esprit garde l’immaturité d’un enfant de six ans, réfractaire à la frustration, capable de se raisonner au prix d’une motivation qui finit toujours par faire défaut… J’aimerais bien, simplement, mûrir un peu…

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2 Discussions on
“Frénésie de lectures”
  • Commentaire court. Tu m’as donné envie de lire 😁
    Ici défi 1 livre par mois. Avec bébé c’est déjà difficile.
    Mais comme tu le dis, on trouve le temps pour autre chose, pourquoi pas pour lire?

    • Avec bébé, tu as les livres audio! J’ai découvert ça il y a 2 ou 3 ans… J’aurais adoré connaitre alors que j’allaitais encore (cette période où l’on est clouée dans un fauteuil 15 heures par jour! ^^

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