Le harcèlement des jeunes, parlons-en!

Enfant, j’étais une petite fille timorée et effacée. Je n’avais pas d’amis dans mon école et y aller relevait souvent du calvaire car j’étais la cible de moqueries diverses. Au collège, les choses se sont un peu améliorées et je me suis fait quelques copines (celles qui étaient un peu mises à l’écart, comme moi), jusqu’à ce que je déménage en quatrième pour être propulsée dans un collège de campagne où je n’étais clairement pas la bienvenue.

A cette époque, je voyais bien que le traitement qui m’était réservé différait de celui que mes camarades recevaient les uns des autres mais je n’avais pas de mot pour qualifier le petit enfer quotidien que je vivais. Je n’avais pas les codes pour m’intégrer, je ne savais pas comment me faire apprécier et j’agissais toujours un peu à côté de la plaque dans l’espoir de gagner une amitié, en vain. Cette époque a été très difficile à vivre mais j’ai mis très longtemps à comprendre que j’étais en réalité victime de harcèlement scolaire, expression qui est venue qualifier ce phénomène il y a quelques années seulement.

Ma vie sociale a longtemps été faite de doutes « ces gens m’aiment t’ils? Sont-ils gentils avec moi pour pouvoir mieux se moquer dans quelques heures? Leur amitié est-elle sincère? » et cela ne fait finalement qu’une toute petite dizaine d’année que j’avance sereinement dans ce domaine. Les stigmates marquent donc longtemps.

A cette époque, néanmoins, j’avais la « chance » que les moqueries qui avaient lieux au collège s’arrêtent aux portes de celui-ci. D’autres humiliations prenaient le pas à la maison mais je ne crois pas que ce soit le cas de la majorité des victimes de harcèlement (du moins je l’espère) (bien qu’à mon sens, être victime de maltraitance n’aide pas à appréhender les liens sociaux) et quoi qu’il en soit, je pouvais me cloîtrer dans ma chambre pour avoir un peu de répit. Je n’avais pas de téléphone, ni Facebook, ni What’s app, ni aucun réseau social pour me faire chahuter une fois sortie de l’établissement scolaire.

Or, aujourd’hui, c’est ce que vivent les jeunes victimes… Elles sont non seulement en proie aux moqueries, quolibets et humiliations au sein de l’école mais elles ne trouvent aucun abri une fois rentrées chez elles, car le harcèlement continue sur internet et les réseaux sociaux, ne leur laissant pas de répit. En cela, le harcèlement scolaire est pire aujourd’hui qu’hier car aucune barrière ne permet à l’enfant ou l’adolescent de souffler un peu.

En association avec la HEYME (la première mutuelle dédiée aux jeunes), Auféminin a lancé les « Learning days », une journée dédiée à l’information sur le cyberharcèlement afin de comprendre le phénomène et avoir des pistes pour permettre de l’endiguer. Vous pouvez retrouver la vidéo très intéressante de l’événement sur le compte Facebook de MummyChamallow.

On parle d’1 jeune sur 10 victime de harcèlement scolaire, un chiffre vertigineux. Pire, 1 jeune sur 2 déclare avoir déjà subi des violences verbales. Des chiffres qui mettent à mal l’image d’une jeunesse facile et sans ennui… On entend parfois « Ha bon, on a des problèmes à 15 ans? » comme si les malheurs et le stress ne pouvaient toucher que les adultes, ce qui empêche sans doute une prise en charge correcte de ces jeunes en souffrance à qui l’on peut facilement rétorquer que « ce n’est pas si grave » au prétexte qu’ils ne connaissent pas de problèmes de couple, professionnels ou d’argent.

Ayant connu des difficultés plus jeune, j’ai bien entendu eu peur que mes enfants soient également victimes de traitements illégitimes et j’essaye d’être la plus attentive possible. Toutefois, je crois qu’en l’absence d’une connaissance solide su sujet, il est impossible de détecter seul le moindre signe tant les enfants et adolescents savent cacher leur malaise. J’ai appris assez récemment que Mouflette avait eu quelques périodes difficiles au collège alors qu’elle ne nous en avait jamais parlé sur l’instant. Elle m’a d’ailleurs dit récemment: « Il faudra vraiment bien surveiller MissCouette quand elle rentrera en sixième, c’est une période trop difficile, le collège, je veux être là pour elle. » Ce qui est adorable mais aussi un peu inquiétant. Je suis, pour ma part, passée à côté de son mal être à cette époque. Et je me sens démunie pour accompagner nos plus jeunes enfants dans ces périodes délicates…

J’ignore quelles sont les solutions pour permettre une prise en charge appropriée, tant des victimes que des harceleurs… Je crois que le tabou se lève peu à peu sur ce sujet d’importance et il faut continuer à libérer la parole de parts et d’autres. La conscience doit s’amplifier. Les conséquences peuvent être terribles sur le court terme (perte de confiance, chute des résultats scolaires, scarifications, mise en danger pouvant aller jusqu’au suicide) et le long terme, car le harcèlement est un traumatisme qui laisse des séquelles.

L’association Marion La Main Tendue donne des pistes de réflexion et un soutien aux victimes et à leurs proches. Dans un premier temps, l’essentiel est d’entendre celui qui s’exprime, accueillir sa parole sans la remettre en question, que l’on soit parent, professeur, ami ou autre. Il ne faut surtout jamais minimiser.


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