Mon Grand Oral [CRFPA 2019]

Cela fait un petit moment que je n’ai pas donné de nouvelles ici. Je n’ai pas eu le temps de revenir suite à mon admissibilité car j’ai été prise dans le tourbillon des oraux. Mais oui, j’ai été admissible, à 10 de moyenne, tout pile. Et j’ai passé les oraux. Les oraux du CRFPA sont désormais au nombre de deux (depuis la réforme de 2017): le « Grand Oral » et un oral de langue.

La joie intense de voir mon nom sur la liste des admissibles a vite laissé place à une angoisse profonde: celle de passer le Grand O. Entre les écrits et les résultats, j’ai bossé un peu, mais sans motivation… J’ai été bien inspirée pendant l’année de réviser à petites doses les libertés fondamentales (ce sur quoi porte le « GO »), ainsi, quand j’ai dû me plonger de manière très intensive dedans pendant trois semaines, la matière me semblait déjà un peu familière et la tâche m’a semblé moins monumentale.

Le GO est un oral « sans limite ». Il porte sur « les libertés fondamentales et la culture juridique ». Le candidat peut être interrogé sur TOUT, en gros. Il doit rapprocher toute question des libertés, mais on peut l’interroger sur n’importe quelle matière, droit du travail, droit des étrangers, droit pénal, procédure civile… Tout et n’importe quoi. Ce n’est pas un oral où il est attendu LA bonne réponse (personne ne peut tout savoir…) mais un raisonnement logique. On attend le candidat au tournant, en gros… Il a réussi les écrits, ok, mais est-il vraiment digne de devenir un avocat? Sait-il résister à la pression? Sait-il garder son calme même face à des questions sans réponse? Comment se comporte t’il? A t’on envie de le voir plaider bientôt? A t’on envie d’en faire un futur collaborateur? Bref, c’est plus une épreuve de « recrutement » qu’un véritable oral. Mais ça ne la rend pas moins angoissante pour autant.

J’ai passé deux semaines assez « relax ». A savoir que je révisais comme une dingue (selon ma perspective) sans trop réfléchir. J’ai eu la chance de trouver des copines de galère avec lesquelles m’entraîner (je remercie à ce titre Marie J, Gaëlle et Anne-Sophie! :-)). On se faisait passer des simulations d’oraux à tour de rôle. C’était vraiment très important, à mon sens, car cela nous a permis de gagner en confiance et surtout, acquérir quelques automatismes. Pour donner une idée, la première simulation de l’année (que j’avais faite à l’IEJ), mon exposé avait duré 4 minutes et je n’avais fait que lire mes brouillons comme un automate. Peu à peu, à force d’entraînement, j’ai réussi à dépasser les dix minutes (l’exposé doit durer max 15 minutes avec un idéal aux alentours de 12/14 minutes) et surtout, j’ai appris à improviser autour de bullet point (parce qu’il est absolument impossible de tout rédiger pendant l’heure de préparation précédent l’oral… Et de plus, ce n’est pas vraiment souhaitable d’avoir un candidat qui lit ses brouillons). Bref, ces entraînements ont été vraiment bénéfiques.

J’ai aussi vécu un entraînement « maxi bestof de luxe » avec une maman de l’école de mes enfants, avocate, qui, quand elle a su que j’étais admissible, m’a proposé une simulation. Je vais passer sur les détails, mais j’ai vécu une journée assez surréaliste, me retrouvant in fine devant ma copine avocate, une de ses consœurs et une magistrate appelée en renfort pour « faire plus vrai ». Magistrate qui avait assisté en tant que membre du jury aux grands oraux de l’an dernier. Bref, jury de luxe, à quelques jours de mon « vrai GO », qui m’a vraiment mise en confiance dans la mesure où j’ai été, semble t’il, assez brillante (la magistrate m’a mis 18 ^^).

Une semaine avant le GO, j’ai commencé à avoir de gros vertiges. Comme j’y suis parfois sujette, je me suis dit « oh non c’est pas le moment ». Mais j’ai vite réalisé qu’ils n’allaient pas me quitter avant le jour J, dans la mesure où ils étaient provoqués par mon stress particulièrement intense. J’ai dû composer avec l' »état de stress »: nausées, migraines, vertiges qui s’intensifiaient de jour en jour. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vécu un tel état auparavant…

La nuit précédente, je n’ai presque pas dormi. Comme bon nombre d’étudiants, je suppose. Mais le D-Day, j’étais tellement surexcitée que le manque de sommeil n’a vraiment pas été un problème.

Mouflette, qui voulait assister à mon « grand moment » m’a accompagnée. Elle est entrée dans la salle du grand oral, en tant que spectatrice (le GO est une épreuve publique dans la plupart des IEJ), pendant que j’allais piocher mon sujet. Elle m’a changé les idées jusqu’au moment T, elle m’a remontée à bloc « t’es la meilleure, tu vas tout déchirer! De toutes façons, cette année, c’est ton année!! ».

Détail anodin mais anecdotique, cette année, le président du jury est un professeur que j’ai eu en L3, mais surtout, le père de la meilleure amie de Mouflette pendant le primaire. Et évidemment, le hasard a fait que je devais passer devant le jury 1, donc devant lui. Il faut savoir qu’un étudiant n’a pas le droit de demander à un membre du jury de se déporter. Mais il l’a fait tout seul, ce que j’ai apprécié. Au début je trouvais amusant de passer devant quelqu’un que je connaissais, mais j’ai vraiment été soulagée quand j’ai su que je passais avec le Jury 2, composé de parfaits inconnus.

Bref, le jour J, je me dirige donc pour piocher mon sujet. Je m’étais conditionnée en mode « quel que soit le sujet, c’est le meilleur parce que c’est le mien ». Je me suis également persuadée que « de toute façon, cette année, c’est la mienne, ça va forcément bien se passer! » Je rentre et je pioche le sujet n°9. Je me dis « oh chouette, c’est le jour de naissance de Mouflette, ça va me porter chance! » Et je suis tombée sur un arrêt de cassation de la Cour de Cassation du 19 décembre 2018 sur, en gros, l’impartialité dans une affaire de succession.

Désolée, ça ne veut pas mettre l’image à l’endroit! ^^

J’étais tellement en mode « mon sujet c’est le meilleur » que je n’ai pas compris tout de suite que c’était un arrêt farfelu… Je l’ai lu trois fois avant de comprendre qu’il s’agissait d’impartialité… La préparation dure une heure et c’est vraiment très court, ce qui présente l’avantage d’annihiler toute angoisse: pas le temps de douter ou d’angoisser, on doit se focaliser sur le sujet et sortir un plan et un exposé qui doit permettre de parler un temps acceptable.

Arrivée devant le jury, un vent de panique m’a traversée… Mais, mes brouillons comme support sur la table, j’ai pu assez rapidement prendre le dessus et parler, il me semble, avec une relative aisance. N’ayant écrit que les titres et des idées, j’ai dû improviser, ce qui est le but de l’exercice. Je me suis embrouillée à un moment car j’avais recopié un article que je n’ai pas retrouvé sur mes brouillons (il y était hein, mais sur le moment, je ne l’ai pas vu) et j’ai « tenu » 12,30 minutes (ce qui est très acceptable, mais j’aurais pu gagner une minute de plus avec ce fichu article) . Bref, au niveau de l’exposé, j’étais plutôt contente de moi. Mon plan m’a paru correct (en gros I- L’impartialité, une composante essentielle du droit à un procès équitable A- L’impartialité, un droit garanti au niveau national et européen B- Les différents types d’impartialité II- L’impartialité dans la décision en présence A- Une décision déséquilibrée de la Cour d’Appel B- La solution retenue de la Cour de Cassation). J’ai regretté après coup de ne pas avoir suivi mon intuition qui me disait en substance « MAIS C’EST QUOI CET ARRÊT? », car du coup, j’ai un peu zappé la « valeur » du triptyque « sens-valeur-portée » d’un commentaire d’arrêt… Et les membres du jury m’ont interrogé sur ce point ensuite.

Le grand oral, c’est 1h de préparation, 15 minutes d’exposé et 30 minutes de questions de la part des membres du jury (constitué d’un universitaire, le président du jury, d’un magistrat et d’un avocat). Donc après mon exposé de 12,30 minutes, il me restait 32,30 minutes de questions.

La présidente du jury a commencé avec une question très spécifique sur un arrêt que j’avais évoqué dans mon exposé (arrêt que j’ai eu l’erreur de choisir au pif, parce qu’il illustrait bien mon propos, mais que j’ai à peine eu le temps de lire et dont je ne me souvenais même plus le nom ni la date), puis m’a demandé l’évolution jurisprudentielle de la CEDH à propos de l’impartialité. Et là, rien… Zéro tilt dans mon petit esprit de moineau, je ne faisais que répéter la question en espérant une idée brillante. Heureusement, le jury était très bienveillant et j’ai bien sentie que la présidente cherchait à me mettre sur une voie évidente, mais à ce moment précis, j’ai commencé à sombré et une grosse voix dans ma tête m’a hurlé « Tu es en train de foirer ton grand oral!! » J’ai pensé très vite à Mouflette derrière moi, venue admirer sa maman. J’ai eu une pensée furtive un peu con mais néanmoins salvatrice « nan mais c’est TON année bordel, trouves un truc à dire, n’importe quoi mais dis quelque chose! » Et alors je me suis mise à dire ce qui me venait par la tête… La présidente s’est mise à me poser des questions que je comprenais et j’ai pu tenter d’y répondre, même mal… Au moins, je parlais.

Ensuite, le magistrat m’a posé des questions pendant plus de vingt minutes. J’avais assisté à des grands oraux la semaine précédente et ce magistrat était présent. Une bénédiction car j’avais remarqué qu’il posait des questions très orientées, et souvent, la réponse se trouvait dans la question. Je ne pipais pas un mot de ce qu’il me demandait (enfin si, mais je n’avais pas la réponse) « Pensez-vous que le Conseil d’Etat garantisse une parfaite impartialité? » « Pensez-vous que le Conseil Constitutionnel, composé de et par des politiques, assure une garantie d’indépendance et d’impartialité? » Je ne me souviens pas de toutes les questions, mais elles étaient toutes de cet acabit. Je me suis rendue compte après coup que certaines de mes réponses étaient plutôt logiques (pour le conseil constit, j’ai répondu que dans la mesure où les sages, constitués de membres désignés par le président de la république, le président du sénat et celui de l’assemblée nationale ainsi que des anciens présidents de la république, devaient se prononcer sur la conformité d’une loi avec la Constitution et non sur les faits d’une espèce, l’impartialité n’était pas vraiment en jeu. Sur le coup, je me suis dit « tu dis vraiment n’importe quoi mais tu le dis avec aplomb, continue », mais à la réflexion, ça n’était pas stupide, c’était un point de vue qui se tenait).

J’ai quand même eu un gros moment que je peine à qualifier… Je me suis retrouvée en mode automatique… Je crois que face à un stress intense, l’esprit a plusieurs choix: fuir (inenvisageable ici ^^), entrer en dissociation et attendre que ça passe (ce que j’ai commencé à faire avant de me reprendre) ou se battre quitte à faire n’importe quoi (ce qui a, semble-t-il, été le choix final opéré). Je ne savais plus ce que je disais, je n’étais plus tellement capable de réfléchir, mais une sorte de force supérieure dans mon cerveau a agi à ma place. Par moment j’étais comme une spectatrice impuissante, en mode « mais t’es sûre de ce que tu dis là?? » mais en face, ça avait l’air assez convaincant.

Quoi qu’il en soit, je suis restée souriante et j’ai essayé de montré un semblant de confiance à mon auditoire. J’ai appliqué chaque conseil entendu auparavant: regarder chaque membre du jury, y compris ceux qui n’ont pas l’air réceptifs. L’avocate, au début, avait l’air un peu blasée, elle ne me regardait pas, ne semblait pas m’écouter non plus, mais à force de tourner la tête vers elle, autant que vers les autres, elle a levé la tête et s’est mise à me porter de l’attention et elle a même fini par devenir souriante. J’avais gardé en tête que les membres du jury sont là pour déstabiliser le candidat, ils pouvaient « jouer un jeu ». Cela m’a beaucoup aidé à ne pas totalement perdre pieds.

A la fin, l’avocate, justement, n’avais plus que deux minutes pour me poser des questions. Elle m’a interrogé sur l’indépendance de l’avocat, du statut salarié et du projet de statut-salarié de l’avocat en entreprise. Cela a pris 6 minutes, portant le temps total de mon GO à 49 minutes. Néanmoins, à part les 5 premières minutes de questions où j’ai vécu un moment de torture (parce que j’étais tétanisée, pas parce que le jury était désagréable), je n’ai pas vu le temps passer et je me suis dit que c’était bon signe. Si je n’ai pas vu le temps passer, c’est que je n’ai pas souffert outre mesure, et le jury s’est donc trouvé face à une candidate qui ne semblait pas être une plaie béante d’angoisse et de douleur. Enfin je suppose.

J’en suis tout de même ressortie en miettes… Et quand Mouflette m’a retrouvée, j’ai été plus que surprise qu’elle me prenne dans ses bras en me disant « tu as été géniale!!! ». J’avais très peur de l’avoir déçue, mais non, elle avait les larmes aux yeux tellement elle était fière de moi!

J’ai eu le sentiment de boucler une boucle. Mouflette a été mon moteur quand j’ai décidé de passer le bac. Elle était dans les bras de ma mère quand celle-ci a annoncé, devant les tableaux d’affichage de résultats du bac « Regarde, maman a réussi!! ». Elle m’a accompagné des cours en amphi quand sa crèche était en grève, j’ai passé un oral d’anglais avec elle sur les genoux, en L2, elle a été là à toutes les étapes. Et c’était pour moi une grande émotion de la savoir derrière moi pour ce grand oral, potentiellement le seul de ma vie. Si je réussis, ça sera encore une fois en partie grâce à elle et son soutien sans faille!

Une amie qui a également assisté à mon GO m’a dit que je ne m’en étais pas trop mal sortie et que j’aurais probablement la moyenne. J’avais assisté à son GO la semaine précédente et elle s’en était très bien sortie.

Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre les résultats. J’ai passé l’oral d’anglais ensuite, mais l’enjeu n’est pas vraiment le même. Le GO est coeff 4 et l’anglais coeff 1 (en gros, avec 10 de moyenne aux écrits, il me faut 12 au GO et 2 en anglais… Ou 11 et 6. Ou 13 et -2 ^^). Toutefois, je me suis également entraînée un peu pour l’anglais et mon exposé à duré 7,30 minutes (sur 10), ce qui est vraiment bien dans la mesure où l’on n’a que 15 minutes de préparation…

Suis-je confiante? Oui assez… A vrai dire, cette confiance me fait un peu peur car je risque de tomber de très haut en cas d’échec. Ce n’est pas dans la poche tant que mon nom ne sera pas sur la liste des admis! Mais je pense tout de même que ces oraux n’ont pas été une catastrophe. Il ne me semble pas avoir dit une grosse bêtise rédhibitoire, je pense avoir eu une attitude agréable et avenante, sans être familière… Bref, on verra.

Ce qui est certain, c’est que, quoi qu’il arrive, je suis fière du travail accompli, fière d’être allée au bout et tellement reconnaissante d’avoir eu ma chance. Le grand oral est un moment que j’ai espéré et craint tout à la fois. C’est le moment décisif qui fera de moi une élève-avocate ou une redoublante. J’ai encore du mal à réaliser que je l’ai passé, d’ailleurs. Je me sens dans un état un peu second depuis, comme si tout cela n’avait été qu’un rêve… Le retour à la « vie normale » après tous ces mois de travail acharné est un peu déstabilisant… Je crois en ma réussite, mais je n’arrive pas à croire que je suis à « ça » de réaliser un rêve que je nourris depuis près de 30 ans…

Résultats le 2 décembre.

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